Chez les Corvino le football se joue en famille
Dans les Vosges, il y a les grandes familles du sport. Comme un jeu des sept familles version ballon rond, la saga des Corvino s’écrit depuis plus de trente ans autour du SAS Épinal.
L’histoire débute au stade de la Colombière. En 1994, Antony arrive de région parisienne pour signer au club spinalien. La veille de son engagement, il assiste à un match en tribune. « Ma femme était assise devant moi, sans que je le sache encore », sourit-il aujourd’hui. Ma femme était assise devant moi, sans que je le sache encore », sourit-il aujourd’hui. Quelques jours plus tard, son entraîneur l’emmène au bar des Bons Enfants, repaire des supporters tenu par les parents de Sonia. « On s’est vus au stade pour la première fois. C’est une belle symbolique. Et c’est dans le bar de mes parents que l’on s’est vraiment rencontrés. Avec ce bar, j’ai toujours baigné dans le foot », confie-t-elle. Le décor est planté.
Quatre enfants naissent, dont trois garçons rapidement happés par le ballon rond. « Ils venaient me voir jouer depuis qu’ils étaient tout petits, forcément ça les a aidés à aimer le foot », raconte Antony, aujourd’hui entraîneur de la réserve du SAS Épinal (R2). Entre son activité professionnelle, les séances d’entraînement et les matchs du week-end, l’emploi du temps est chargé. Sonia, aide médico-psychologique, s’investit tout autant. Chez les Corvino, on s’organise surtout pour être présent au bord des terrains.
Milan, 19 ans, le fils cadet, a grandi dans les vestiaires. Longtemps mascotte du groupe senior, il lançait déjà les cris de guerre après les victoires, grimpant sur les tables sous l’ère Xavier Colin. Avant même d’avoir l’âge d’être licencié, il ré- clamait un maillot pour entrer en jeu lors des rencontres de ses frères, preuve d’une passion précoce. L’ascension s’est poursuivie : il y a un an, le défenseur tout juste majeur a disputé ses premières minutes en National 2, franchissant un cap symbolique.
Pour nous, le football, c’est plus qu’un sport. On est des passionnés
Autour de lui, la fratrie complète le tableau. Luca, 21 ans, formé au club, a toujours évolué à Épinal avant de rejoindre Raon-l’Étape cette saison, où il a notamment disputé un 32e de finale de Coupe de France face au Paris FC. Nicola, 24 ans, entraîne les U17 R1 du SAS, marchant dans les pas de son père après avoir lui aussi porté la tunique spinalienne. Leur petite sœur, tournée vers la danse, reste leur première supportrice et aide parfois son père à préparer les vestiaires les jours de match.
« Pour nous, le football, c’est plus qu’un sport. On est des passionnés », insiste Sonia. La semaine se construit autour des calendriers de chacun, quitte à enchaîner deux stades dans la même journée. À la maison, le ballon rond ne quitte jamais vraiment la table familiale. Entre un fils supporter du PSG, un de l’OM et un de l’OL, on imagine des soirées animées devant la télévision.
Au fond, plus qu’une passion, le football est devenu un lien. « Le SAS, c’est une vraie famille. J’y ai rencontré ma femme, j’y ai grandi comme joueur et comme homme », résume Antony. Chez les Corvino, le football se transmet, se partage et se vit ensemble.



De mascotte à la N2 : le parcours de Milan Corvino avec le SAS Épinal
Longtemps, Milan Corvino a vécu les matchs depuis le vestiaire. Pas sur le banc, encore moins sur la feuille de match. Non, dans un coin, à observer les grands, à écouter les consignes, à respirer l’atmosphère. Fils d’Antony, figure du club depuis 1994, le jeune homme a grandi dans le bruit des crampons sur le carrelage.
Petit, il lançait les cris de guerre après les victoires de l’équipe première sous l’ère Xavier Colin, grimpant sur la table du vestiaire. Bout-en-train assumé, il était déjà dans son élément. Et les anecdotes ne manquent pas. Avant même d’avoir l’âge d’être licencié, il réclamait un maillot pour entrer en jeu lors des rencontres de ses frères.
« Le jour de son anniversaire, en mars, il était allé voir l’entraîneur pour lui dire qu’il avait enfin l’âge de jouer », se souvient Sonia en souriant. « Mais comme la saison était déjà commencée, il a dû attendre la rentrée suivante pour prendre sa licence. Il avait râlé…(rires) mais ça montre à quel point il voulait déjà être sur le terrain. »
Les années passent, l’insouciance laisse place au travail. Direction le CREPS de Nancy, où il poursuit sa formation. L’exigence monte d’un cran, le rythme aussi. Milan progresse, apprend et s’endurcit. Mais lors de sa deuxième année au pôle, une grosse blessure vient freiner son élan. Handicapé pendant plusieurs mois, il doit subir une importante opération avec la pose d’une vis dans la cheville. Une épreuve qui gâche en grande partie sa saison, mais qui forge aussi son caractère. Malgré son jeune âge, Milan a déjà connu les hauts et les bas du football, y compris l’épreuve d’une grave blessure.
En mars 2025, le symbole devient réalité : il dispute ses premières minutes en National 2 face à Fleury. Quelques instants seulement, mais un cap franchi. « C’est une vraie fierté de le voir atteindre ce niveau », confie Antony. « Mais il ne serait pas là sans les éducateurs et les entraîneurs qui l’ont accompagné. Je pense notamment à Yannis Rouani et Nicolas Rabuel ainsi qu’à tous ceux qui lui ont fait confiance. Le mérite leur revient aussi. »
Désormais intégré au groupe, Milan partage le vestiaire avec des joueurs qu’il regardait évoluer quelques années plus tôt, comme Jérémy Colin ou Gaëtan Bussman. Du cri de guerre lancé sur une table aux premières minutes en N2, le parcours raconte une fidélité au club autant qu’un attachement familial profond. À la Colombière, l’histoire continue de s’écrire.