L’année où le Ballon d’Alsace a sauvé le Tour de France !
Le 17 juillet prochain, le Tour de France retrouvera le Ballon d’Alsace avant de poursuivre son passage dans le massif vosgien le lendemain avec l’étape reliant Mulhouse au Markstein Un retour qui rappelle qu’ici, dans les Vosges, s’est jouée une page essentielle de l’histoire de la Grande Boucle. Car en 1905, alors que le Tour cherchait encore son souffle, c’est au Ballon d’Alsace qu’il a trouvé une nouvelle dimension.
Une idée pour relancer le Tour
En 1905, personne n’imagine encore que le Tour de France deviendra l’un des événements sportifs les plus suivis de la planète. Deux ans seulement après sa création, la course d’Henri Desgrange est encore en construction. L’édition 1904 a été marquée par des polémiques, des tricheries et des contestations. Malgré l’intérêt du public, l’avenir de l’épreuve n’apparaît pas aussi solide qu’on pourrait le croire aujourd’hui. Pour relancer sa course, Desgrange cherche une idée. Une vraie. Quelque chose qui puisse distinguer le Tour de toutes les autres compétitions cyclistes de l’époque. Son regard se tourne alors vers les Vosges.
Le pari du Ballon d’Alsace
À l’époque, faire gravir une montagne à des coureurs re- lève presque de la folie. Les routes sont souvent empierrées, les bicyclettes pèsent plusieurs kilos de plus qu’aujourd’hui et les changements de vitesse n’existent pas encore. Pourtant, l’organisateur décide de tenter l’expérience. Son choix se porte sur le Ballon d’Alsace.
Le 11 juillet 1905, lors de l’étape reliant Nancy à Besançon, les coureurs découvrent pour la première fois ce géant vosgien culminant à 1 178 mètres d’altitude. Le défi est immense. D’autant qu’à cette époque, l’Alsace et une partie de la Lorraine appartiennent encore à l’Empire allemand depuis la guerre de 1870. Dans les lacets du Ballon d’Alsace, le Tour de France entre alors dans une nouvelle ère.
René Pottier entre dans l’histoire
Un homme va particulièrement marquer cette journée : René Pottier. Le Francilien s’isole en tête et devient le premier coureur de l’histoire à franchir le sommet du Ballon d’Alsace. Son exploit marque les esprits. Pour la première fois, la montagne fait la différence. Pour la première fois, les spectateurs découvrent une autre facette du cyclisme, faite d’efforts extrêmes, de courage et de dépassement de soi. Le pari de Desgrange est gagné.
Le succès est tel que la montagne devient progressive- ment l’âme du Tour de France. Quelques années plus tard viendront les Pyrénées puis les Alpes, qui offriront certaines des plus belles pages de la Grande Boucle. Mais avant le Tourmalet, le Galibier ou l’Alpe d’Huez, il y a eu le Ballon d’Alsace.
René Pottier, lui, poursuivra sa trajectoire fulgurante. En 1906, il remporte le Tour de France avec une domination impressionnante. Une stèle érigée au sommet du Ballon d’Alsace rappelle aujourd’hui encore son exploit et le rôle qu’il a joué dans cette page fondatrice du cyclisme.
Les Vosges toujours au rendez-vous
Cent vingt et un ans plus tard, l’histoire continue de s’écrire. Le 17 juillet 2026, le peloton retrouvera les pentes du Ballon d’Alsace lors de l’étape Dole-Belfort. Le lendemain, les coureurs resteront dans le massif vosgien avec l’étape reliant Mulhouse au Markstein, l’un des grands rendez-vous de montagne de cette édition.
Pour les milliers de spectateurs attendus au bord des routes, ce sera l’occasion d’encourager les champions d’aujourd’hui. Mais aussi de se souvenir qu’un jour de juillet 1905, dans les Vosges, une montagne a changé le destin du Tour de France.
Car au fond, si les Alpes et les Pyrénées ont ensuite construit la légende de la Grande Boucle, c’est bien dans les Vosges que tout a commencé.