Choisir la bonne énergie : Les conseils de Nicolas Roussel SARL Leroy Epinal
Comment concilier participation à la décarbonation, performance énergétique et budget lorsque l’on souhaite changer d’énergie pour chauffer son logement ? Au regard de son expérience, Nicolas Roussel, directeur de l’entreprise de chauffage et de plomberie Leroy à Épinal, soulève des questions qui méritent que l’on s’y attarde.
Nicolas Roussel, que proposez-vous en termes de chauffage et d’énergies renouvelables ?
Je propose des installations pour tous types d’énergies, à l’exception du photovoltaïque, qui est du ressort de l’électricien. Lorsque j’ai repris l’entreprise, il y a dix-huit ans, le solaire thermique était une technologie très courante et nous en installions beaucoup, mais ce n’est plus le cas.
Pour quelle raison ?
Parce que les énergies renouvelables sont, aujourd’hui « sponsorisées » par les aides de l’État. Tant qu’une technologie est éligible aux aides, les gens s’y intéressent. Dès qu’elle ne l’est plus, ils s’en détournent, quand bien même elle est efficace et a sa raison d’être.
Pourtant tout le monde n’habite pas dans un logement neuf, aux dernières normes, et les chaudières au gaz ont encore leur place, même si elles ne sont plus éligibles à MaPrimeRénov’.
Vous voulez dire que les consommateurs pensent que ce qui est éligible est forcément la meilleure solution ?
Les particuliers sont très sensibles aux actualités et aux effets d’annonce. Ils se projettent en fonction de l’augmenta- tion des prix des énergies comme le gaz ou de l’évolution des aides, mais pas en fonction de ce que la technologie leur ap- portera dans le cas précis de leur maison, leurs habitudes de vie ou la composition de leur foyer.
Ils sont aussi de plus en plus réactifs au climat. L’été nous en donne la preuve. À un moment où habituellement le téléphone sonne pour des demandes d’entretien de chaudières, nous sommes submergés par les devis d’installation de climatiseurs ; appareils qui ne serviront que l’été prochain.
Cela prouve aussi que les attentes des consommateurs en faveur des énergies renouvelables sont fortes ?
Ils ont entendu et compris le message du Gouvernement et des médias qui disent qu’il faut décarboner nos activités, et cela à juste titre. Il est évident qu’il est urgent de préserver la planète et de penser à l’avenir de nos enfants. Mais dans la réalité, ce souhait se superpose à une autre attente bien concrète : réduire le montant de nos factures énergétiques. Ce à quoi il faut ajouter l’incertitude quant à la stabilité du coût des énergies qui dépend de la géopolitique et non du coût de production de l’énergie en soi.
Pour autant, participer à la décarbonation en installant une pompe à chaleur (PAC) dans un logement mal isolé et en attendre des économies d’électricité, c’est une erreur. Souvenons-nous qu’elles ont suscité un engouement inédit, accentué par l’opération PAC à 1 euro. Or cette technologie ne s’adapte pas à tous les logements. Difficile, en effet, d’installer un bloc extérieur en façade d’un immeuble au centre-ville à Épinal, ou de chauffer une maison de maître de 250 m2 sans isolation sans faire exploser sa facture d’électricité.
Mon métier ne consiste pas à aider les gens à obtenir des aides financières à tout prix, mais à étudier la solution la plus performante.
Nicolas Roussel
Pourtant les aides financières sont un levier de décision important…
C’est vrai. Le problème des énergies renouvelables, c’est leur prix. Sans MaPrimRénov’, elles ne seraient pas accessibles à la grande majorité des foyers. Cela vous paraîtra paradoxal, mais je suis favorable à l’arrêt des aides. En contrepartie, je trouverais plus judicieux de baisser le coût des installations. Ainsi, les particuliers seraient moins influencés par les phénomènes de mode ou les effets d’aubaine, et seraient plus attentifs au fait que l’installation réponde à leurs besoins et leur garantisse un retour sur investissement ; ce qui est la clé pour envisager sereinement un projet. Je suis régulièrement confronté à ce problème, et c’est attristant de voir des particuliers devoir désinstaller une PAC qui leur revenait plus cher en électricité que les factures de gaz de leur ancienne chaudière. Cette situation coûte très cher.
J’ai une Maîtrise en Énergies, je sais donc faire les calculs et expliquer pourquoi une PAC ne sera pas efficace dans certaines configurations. C’est pour cette raison, que je ne me positionne plus sur des projets PAC dont je sais qu’ils ne seront pas viables. Et je suis intransigeant sur ce point.
Alors, que faut-il faire ?
En tant que chauffagiste, notre métier consiste à combler la perte d’énergie liée à la structure du bâtiment. La première source d’économie et de décarbonation, ce n’est pas forcément de changer son système de chauffage ; c’est d’isoler sa maison. Or l’État a supprimé une grande partie des aides allouées aux travaux d’isolation.
Tout à l’heure, vous évoquiez le solaire thermique ; est-ce que cette solution est encore intéressante ?
Tout est une question de besoin et d’usage. Cette technologie, comme les autres, ne répond pas à un besoin universel, mais à une situation spécifique. Lorsqu’il s’agit d’alimenter une famille nombreuse en eau chaude sanitaire, elle est pertinente. Pour bien comprendre, prenons l’exemple d’une personne âgée qui fait 300 km par an au volant de sa vieille voiture… Est-ce que cela mérite de la faire culpabiliser et s’endetter pour acheter un véhicule hybride, comme si elle rejetait autant d’émissions qu’une famille de quatre personnes qui fait plus de 20 000 km par an ? La réponse est évidente. Alors, prenez le cas de deux maisons parfaitement identiques chacune habitée par un couple. Selon le mode de vie de leurs habitants, comme leur préférence pour les douches ou les bains, vous n’aurez pas les mêmes consommations.
Ce qui est difficile dans notre métier aujourd’hui, en plus de cibler un budget, c’est de faire la part entre ce que les gens nous demandent et leurs besoins réels en confort d’utilisation.
Il ne faut donc pas se cantonner aux solutions éligibles à MaPrimeRénov’ …
Ce serait se passer de technologies qui peuvent être pertinentes dans bien des cas. Par exemple, les systèmes de régulation intelligents connectés sont intéressants. Ils intègrent une sonde extérieure qui pilote le chauffage en fonction de la température extérieure et, avec l’installation de robinets thermostatiques dans chaque pièce, permettent d’en définir et d’en programmer la température au degré près selon leur fonction et leur exposition. Or, MaPrimeRénov’ ne prévoit plus d’aide pour ces dispositifs, qui sont efficaces dans le cas d’une maison sur plusieurs niveaux ou dont l’intérieur est très cloisonné, ni pour les thermostats d’ambiance qui sont adaptés dans le cas d’un appartement.
C’est ce type de réflexion que nous partageons avec nos clients pour que ceux-ci fassent le bon choix. Mon métier ne consiste pas à aider les particuliers à obtenir des aides financières à tout prix, mais à étudier la solution la plus performante : celle qui prend en compte les caractéristiques de leur logement et leurs habitudes.
Quel avis portez-vous sur la bi-énergie ?
Il y a quelques années, je trouvais les systèmes hybrides, qui consistent à coupler une chaudière gaz et une PAC, intéressants dans l’absolu, car leur pilotage permet, en fonction de la température extérieure et du prix du kWh, de basculer vers le système le plus performant et le moins cher. Mais cela a un coût avec le doublement des frais d’entretien et des abonnements, et ne met pas à l’abri de l’augmentation du prix des énergies. De plus, l’impact sur les factures est faible, la consommation ne représentant qu’une partie du coût total.
Vous avez décidé de ne plus porter les projets MaPrimRénov. Pourquoi ?
Les artisans qui réalisent les travaux éligibles aux aides de l’État, que ce soit MaPrimeRénov’ ou MaPrimeAdapt’, sont pénalisés par un traitement des dossiers de plus en plus long et des délais de paiement de plus de neuf mois, ce qui fragilise l’entreprise et ses salariés ; sans compter la prise en charge des dossiers d’aides et les référentiels de contrôle qui sont chronophages pour les petites structures.
Qu’est-ce que cela change pour vos clients ?
Nous passons autant de temps à détailler nos devis que lorsque nous le faisions pour les études thermiques des projets éligibles aux aides. Si nous ne sommes plus RGE, cela ne veut pas dire que nous n’avons plus les compétences et le savoir- faire requis. Le temps que nous passions à suivre les dossiers et à remplir les référentiels pour les contrôles – contrôles qui ne vérifient pas si l’installation a permis au client de réduire sa consommation d’énergies, mais sa mise en œuvre –, nous pouvons le dédier aux personnes qui nous interrogent, ce qui est la vocation des artisans que nous sommes.
Aujourd’hui, tout le monde fonctionne dans l’urgence et exige de l’immédiateté. Certes, on peut penser que je vais à contre-courant de ce qui est prôné, mais je connais mon métier et je sais ce qui est important pour les consommateurs qui, trop souvent, sont influencés par les réformes de MaPrimeRénov, se précipitent et font de mauvais choix.