Vers une I.A. plus sobre ?
L’efficacité énergétique de l’Intelligence Artificielle s’améliore. C’est ce que révèle une analyse mondiale inédite menée par l’Agence internationale de l’énergie (IAE) publiée en avril dernier. Ordre de grandeurs, usages, pistes d’amélioration, peut-on crier victoire ?
UN MARCHÉ EXPONENTIEL
La progression de l’IA semble sans limite : + 28,92 % en 2025 dans le monde. En 2028, ce marché pèsera 500 milliards de dollars aux États-Unis. 20 milliards d’euros en France d’ici 2030. Disposant d’une source d’électricité décarbonée importante via l’énergie nucléaire et visant la souveraineté nationale sur le sujet – nous sommes l’un des pays européens les plus engagés dans la course à l’IA.
UNE BOULIMIE ÉNERGÉTIQUE
Les centres de données engloutissent des quantités de Twh et d’eau toujours plus astronomiques. Selon le rapport de l’IAE, la consommation en électricité des centres de données aurait augmenté de 12 % par an entre 2019 et 2025, + 17 % entre 2025 et 2026… Au vu des investissements annoncés, il prévoit un dou- blement des besoins en énergies d’ici à 2030, voire un triplement selon la version critique du scénario !
Malgré un recours aux énergies renouvelables et au nucléaire, l’IAE estime que les émissions de CO2 annuelles mondiales, liées à la consommation électrique de l’IA dans le monde, pas- seraient de 120 millions de tonnes en 2020 à 300 en 2030.
DES PROGRÈS ?
Dans ce même rapport, L’IAE annonce que les progrès logiciels et matériels ont permis de réduire la consommation d’énergie par tâche de manière significative ; notamment pour la généra- tion de texte. L’agence estime que, l’IA serait à même de participer, dans les années à venir, à l’innovation dans le secteur électrique pour optimiser les réseaux… Cependant certains usages de l’IA, de plus en plus utilisés, sont mille fois plus énergivores : génération de vidéo, automatisation des tâches, etc.
DES IDÉES …
Pour limiter la facture, Elon Musk veut délocaliser ses centres de données sur orbite basse afin d’exploiter l’énergie spaciale…En France, le projet Frugalia, financé par le Fonds européen de développement régional, mise sur une IA capable de réduire de 20 à 50 % l’impact carbone lié à ses usages. À l’étude, un système de reformulation automatique des requêtes pour générer des réponses frugales en énergie et un système intelligent de routage automatique pour qu’elles soient dirigées vers les IA les plus sobres.
L’option « data center souterrain » est déjà opérationnelle. Installé au bord d’un fjord en Norvège, le Lefdal Mine est considéré comme le centre de données le plus vert d’Europe. Les eaux froides du fjord contribuent à son refroidissement et les courants permettent de l’alimenter en énergie hydroélectrique peu coûteuse et neutre en CO2. D’autres sites recourent à la géothermie pour rafraîchir les serveurs, comme DECIMA. En juin 2025, CloudHQ a inauguré le plus grand data center Européen. La chaleur dégagée par les serveurs devrait alimenter un réseau de chaleur destiné à 7 000 logements.
QUI PAYE ?
Fin 2025, la facture d’électricité des Américains qui habitent à proximité de centres de données ont vu leur facture exploser : + 267 % en 5 ans ! En cause ? Le financement des investissements nécessaires au renforcement et à l’extension des réseaux qui les alimentent. Qui doit payer cette démesure ? Les entreprises de réseaux électriques, les géants de la Big Data ou les utilisateurs ?
L’IMPACT DE NOS USAGES
On a tous compris que baisser les thermostats d’un degré fait du bien au porte-monnaie. Et si l’on faisait pareil avec l’IA ? Savez-vous qu’une requête sur Chat GPT consomme dix fois plus d’électricité qu’une recherche sur Google, donc émet plus de C02 ? Alors que dire du coût énergétique pour générer une image ou interroger son assistant personnel sur la couleur de ses chaussettes ? Peut-être, bientôt, serons-nous amenés à nous poser la question…