Il affiche 35 printemps au compteur mais sa motivation reste intacte. C’est avec l’étiquette de favori que le cyclo-crossman vosgien Steve Chainel défendra son titre de champion de France en janvier à Besançon. En tant que manager, il voit grand pour son Team Chazal-Canyon dans les années à venir. Entretien.

Steve Chainel, comment jugez-vous votre début de saison à titre personnel ?

S.C. – Je suis clairement dans mes objectifs. L’an dernier j’avais attendu le mois de janvier pour réussir un Top 10 sur la scène internationale, là je l’ai fait dès le mois d’octobre (10e à Berne). Mon fil rouge c’est le classement général de la Coupe du Monde. Je suis 10e actuellement, j’espère le rester voire faire mieux. Je dois être régulier, faire le maximum, il n’y a pas de raison que ça ne le fasse pas.

Et dans quelques semaines il y aura le championnat de France…

C’est l’objectif n°1 de ma saison, la seule course vraiment importante. Quand on a porté le maillot bleu-blanc-rouge on n’a qu’une envie c’est de le garder. Le parcours nécessite énormément de puissance, ce n’est pas forcément ma qualité première. Au niveau physique je ne progresse plus à mon âge donc je fais attention à tous les détails. Je dois être très sérieux et intelligent dans mon approche, ne rien laisser au hasard, notamment en termes d’alimentation et de sommeil.

 

« Je vois 5 candidats crédibles au titre »

Incontestablement, vous êtes le Français le plus performant…

Oui je suis le numéro 1 Français. Dès que je participe à une course internationale je suis systématiquement le meilleur, comme ce fut le cas aux « Europe » début novembre (14e). J’aime le très haut niveau. On peut considérer que j’ai un peu d’avance, mais lors des confrontations franco-françaises j’ai plus de mal. La motivation n’est pas toujours au top et mes rivaux augmentent leur niveau de performance. Il faudra que je mette les ingrédients nécessaires.

Quels seront vos principaux adversaires à Besançon ?

Je vois au moins 5 candidats crédibles au titre. Il y a d’abord Francis Mourey qui fait office de favori autant que moi. Ce sera son dernier championnat de France, chez lui, sur un parcours tracé pour lui. Il y a ensuite Fabien Canal, toujours présent au niveau international et jamais champion de France. Joshua Dubau reste sur une saison VTT incroyable, il a fait champion d’Europe espoirs, a remporté deux manches de coupe du monde. Matthieu Boulo et Arnold Jeannesson ont aussi leurs chances.

Yan Gras, votre coéquipier vosgien chez Chazal-Canyon, peut-il créer la surprise ?

Je l’espère. Sincèrement son début de saison n’est pas terrible mais Yan ne commence jamais très fort, il se cherche toujours un peu. Je pense qu’il y a un manque de préparation. Il a besoin de prendre son temps mais son évolution est progressive, il sait où il va. C’est sa première année en Elite. Il monte en pression et comme d’habitude il va nous surprendre avec une belle fin de saison.

« Il nous faut 1 million d’euros de budget pour avoir un champion du monde »

Les deux autres membres bretons du Team semblent promis à un bel avenir…

Oui, ce sont deux des plus grands espoirs français. Mickaël Crispin est vice-champion du monde junior. C’est l’un des plus gros talents de sa génération qui prend son temps pour progresser. Il est apprenti en mécanique et son patron lui laisse plus de temps. Quant à Antoine Benoist, c’est la pépite. Il fait un gros début de saison avec notamment une 3e place aux championnats d’Europe alors qu’il n’est qu’Espoir 2. Pour moi c’est lui qui prendra la relève de Francis Mourey (nonuple champion de France, NDLR). Il a la mentalité pour et il sait exactement ce qu’il veut.

Vous avez lancé le premier Team 100% cyclo-cross en 2015. Êtes-vous satisfait de l’avancée des choses ?

Nous avons été précurseurs avec le Cross Team by G4. Depuis, deux autres équipes 100% cyclo-cross se sont créées. C’est une très bonne chose. Chazal-Canyon reste la référence française. En trois ans, on a récolté une médaille mondiale (Yan Gras), une médaille européenne (Antoine Benoist) et un titre de champion de France Elite. On progresse à vitesse grand V. L’objectif est de créer un Team continental professionnel et j’ai bon espoir d’y arriver. On reçoit une trentaine de CV chaque année.

Que vous manque-t-il pour égaler les Belges et les Néerlandais qui écrasent la discipline ?

Clairement de l’argent. Il nous faudrait un million d’euros de budget pour avoir un champion du monde, or on en est très loin. Aujourd’hui personne n’est rémunéré chez nous. Les stages ça coûte cher. Je me donne à fond pour convaincre et récolter de l’argent. Le cyclisme est le sport le plus porteur en termes de rentabilité. Il y a toujours un retour sur investissement. Le cyclo-cross c’est un peu le biathlon du cyclisme. Il y a des stars de la discipline même si ce sont surtout des Belges.

« Je ne me fixe pas de limite »

Sentez-vous un intérêt plus prononcé de la part des sponsors ?

Oui, et les sponsors sont réceptifs aussi par rapport à mon rôle de consultant. Je consacre 70 jours par an à Eurosport, je suis un vrai ambassadeur des Vosges, je n’hésite pas à communiquer et ça leur parle. Le groupe Chazal (basé à Dole) finance aujourd’hui le Team à 90%. Mercier-David nous soutient, c’est un grand plaisir de les avoir. Beaucoup d’autres entreprises vosgiennes pourraient également être susceptibles d’être intéressées, à l’image de Thiriet, Mauffrey, etc.

Coureur, team manager, consultant tv et père de famille… Pas trop compliqué de s’organiser ?

Oui j’y arrive. Dans le passé, j’avoue que c’était parfois compliqué. J’ai pris énormément de recul pour redéfinir mes priorités, avec en tête ma famille et mes enfants. De février à août je suis consultant à 100%, c’est pratiquement mon seul revenu et team-manager. De septembre à février ma casquette principale est celle de coureur. Aujourd’hui j’ai la chance de disposer d’un vrai staff pour m’accompagner. Je délègue beaucoup plus qu’avant.

Vous êtes-vous fixé une date de fin de carrière ?

Non. Ça peut être demain, dans un an, deux ou cinq. Je ne suis pas un rêveur, je sais que je suis plus près de la fin de ma carrière que du début, mais le meilleur peut arriver. Je ne me fixe pas de limite. J’ai 35 ans sur ma carte d’identité mais je suis bloqué à 25 dans ma tête. L’envie est toujours là. Je m’éclate, je continue de m’éclater. Une chose est sûre : le jour où je trouve ce million d’euros, que je peux développer le Team, j’arrête de courir et je me consacre à 100% à mon rôle de manager.

 

Les prochaines échéances majeures :

Dimanche 23 décembre : 6e manche de Coupe du Monde à Namur (Belgique)

Mercredi 26 décembre : 7e manche de Coupe du Monde à Heusden-Zolder (Belgique)

Dimanche 30 décembre : 3e manche de Coupe de France à Flamanville,

Dimanche 13 janvier : championnats de France à Besançon

Dimanche 3 février : championnats du Monde à Bogense (Danemark)

 

STEVE CHAINEL – BIO EXPRESS  Né le 6 septembre 1983 à Remiremont

Ses principaux faits d’armes en cyclo-cross

> 2009 : champion de France juniors

> 2009, 2010 et 2012 : vice-champion de France

> 2018 : champion de France Elite à Quelneuc

> Meilleur résultat en coupe du monde : 8e (2012)

> Meilleure résultat en championnat du monde : 4e (2006)

Ses principaux faits d’arme sur route

> Parcours professionnel : Auber 93 (2007-2008), Bouygues Telecom (2009-2010), FDJ (2011), FDJ-BigMat (2012), AG2R La Mondiale (2013-2014), Cofidis (2015)

> Plus belle victoire : 1ère étape des Trois jours de la Panne (2010)

> Plus belle place d’honneur : 8e de la classique Gand-Wevelgem (2012)

> Participations aux grands tours : Tour d’Italie 2009 / Tour d’Espagne 2013

 

LES AUTRES MEMBRES DU TEAM CHAZAL-CANYON

Antoine Benoist (19 ans)

Né le 06/08/1999

Côtes d’Armor

Espoir 2e année

Équipe route : UC Nantes Atlantique

2018 : médaille de bronze aux championnats d’Europe espoirs, 3e sur la 1ère manche de Coupe du Monde espoirs, 1er sur la 2e manche de Coupe de France

 

Mickaël Crispin (20 ans)

Né le 07/04/1998

Finistère

Espoir 3e année

Équipe route : UC Quimperlé

2014 : champion de France cadets

2016 : vice-champion du monde juniors à Heusden-Zolder

 

Yan Gras (22 ans)

Né le 07/01/1996

Vosges

Etudiant en Licence fac de sports (Nancy)

Equipe route : SCO Dijon

2018 : médaille de bronze au championnat du monde espoirs