Framatec Dinozé crée une passerelle entre le passé et l’avenir

Du papier produit il y a cinq siècles aux structures en acier qui équipent des ouvrages complexes dans le monde entier, le site de Dinozé vient de franchir une nouvelle étape. L’entreprise Framatec, installée sur le lieu depuis 1985, a réalisé, récemment, un investissement de 10 millions d’euros pour soutenir le développement de son activité industrielle, mais pas uniquement... Anthony Pisani, PDG, et Léa Pisani, responsable RSE, reviennent sur la vocation stratégique de ces travaux.

Dinozé

Framatec

Rédacteur 100 % Vosges

Rédigé par Francoise Fontanelle

Le 30 septembre 2026

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Léa Pisani, responsable RSE, et Anthony Pisani, PDG de Framatec, dans les nouveaux espaces du site de Dinozé. | © Benjamin Pierron

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Dinozé, un site industriel historique

Léa Pisani – Nous avons la chance d’être implantés sur un site qui est le fruit d’une longue histoire industrielle. En 1500, une papeterie s’est installée ici disposant de l’énergie hydraulique, grâce à la rivière, et de la ressource en bois avec la forêt environnante. Le papier produit, le « blanc de blanc », était réputé pour sa qualité. Deux familles propriétaires ont alors marqué le site : les familles Krantz et Boizot. La papeterie exportait beaucoup en Allemagne, mais en 1870, avec la guerre contre la Prusse, le marché s’étiole. Une féculerie va même s’installer dans une partie des bâtiments. En 1906, la famille Krantz cède les locaux à la famille Duchêne qui commence à y travailler les métaux.

Anthony Pisani – Puis vont se succéder : l’entreprise de travail des métaux Duchêne et Cie, Dinozé Levage, puis Constructions Métalliques de Dinozé, une entreprise spécialisée dans la fabrication de caissons de ponts-roulants industriels – on en retrouve ici dans l’atelier, en Lorraine et jusqu’à Marseille plus de 40 ans après sa fermeture.

DIVERSIFIER : LE LEITMOTIV DE FRAMATEC

Anthony Pisani – En 1985, lorsque mon père reprend la direction de Framatec, l’entreprise est loin d’être ce qu’elle est aujourd’hui. Les sols sont en terre battue et les toitures amiantées. Il doit aussi affronter un plan de redressement. Il retrouve une situation positive début 2000, grâce à la mobilisation de ses équipes, qui le suivent lorsqu’il réoriente l’activité vers la fabrication de charpentes pour les bâtiments commerciaux et industriels et se dirige vers de nouveaux marchés. Aujourd’hui, nous réalisons beaucoup d’ouvrages d’art, nous travaillons pour des domaines industriels très divers (data center, nucléaire…) et sommes capables de fabrications très spécifiques, comme de gros châssis mécano-soudés. Cette diversification permet à notre bureau d’études et à nos équipes de relever régulièrement de nouveaux challenges et de nous positionner sur des projets, des plus complexes aux plus simples. Ainsi nous pouvons absorber les variations d’activité du secteur.

INVESTIR POUR FAIRE FACE À DE NOUVEAUX ENJEUX

A. P. – C’est formidable de continuer à produire sur ce site auquel nous sommes très attachés. Cependant, il présente de nombreuses contraintes. La rivière, qui était une force il y a des siècles, la ligne TGV et le canal de Bouzey nous empêchaient de nous étendre et la configuration de l’usine ne correspondait plus à la logique industrielle. Pour gagner en sécurité et en productivité, il fallait le réorganiser de fond en comble.

Le projet d’investissement est lancé en 2021, lorsque je reprends la direction de Framatec. La première étape a consisté à démolir des bâtiments et à extraire 20 000 tonnes de roches pour créer une nouvelle rampe d’accès et une zone de déchargement. Ensuite nous avons pu mettre en place une circulation sécurisée et rationaliser notre cycle de production : approvisionnement en matières brutes, découpe et préparation des différents éléments, prise en charge par les assembleurs, soudage des éléments et expédition sur notre site de peinture à Rambervillers.

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Grâce à cet investissement et sa politique RSE, Framatec démontre que la performance industrielle passe aussi par la qualité du cadre de travail. (C) Benjamin Pierron

RENOUVELER LES ÉQUIPEMENTS DE PRODUCTION

A. P. – Cet investissement a été l’occasion d’acquérir du matériel neuf pour le sciage et la découpe laser des tôles. Dans une seconde phase, nous avons investi dans l’achat d’un laser tube, qui repousse encore nos limites et nous ouvre de nouveaux marchés, dont les ouvrages d’art.

Même si, arrivés à l’ère des robots et de l’intelligence artificielle et qu’il nous faille avancer sur ces sujets-là, nous avons avant tout un métier humain. Nos collaborateurs ont un savoir-faire incroyable, mais l’assemblage est un métier qui se transmet : les meilleurs assembleurs d’aujourd’hui ont été formés par nos meilleurs assembleurs d’hier, et ils forment à leur tour les jeunes en apprentissage à l’UIMM. La crise sanitaire a fait évoluer la perception du travail, il était nécessaire de nous adapter à ces nouvelles attentes pour fidéliser nos collaborateurs et recruter. C’est pourquoi le projet devait nous aider à changer l’image de l’industrie. Quand on parle de ce secteur à des collégiens, nous constatons qu’ils ne savent pas que les entreprises et sociétés dans lesquelles nombre de leurs parents travaillent sont des industries. L’image est restée la même : des cheminées qui fument, Germinal, la pénibilité au travail, la menace de l’usine quand les résultats scolaires ne sont pas bons.

UN NOUVEAU BÂTIMENT POUR CASSER LES CODES

A. P. – Nous sommes fiers d’être vosgiens et sommes attachés au passé industriel de notre territoire. Lorsque nous étions étudiants à Paris, nous ne mettions pas en avant notre identité. Aujourd’hui, le regard a changé et les Parisiens viennent en week-end dans les Vosges. Framatec est un outil industriel au service de la construction et du BTP, et les majors du secteur sont nos gros clients. Aussi l’objectif de ce projet visait également à casser les repères. Majoritairement situés dans de grandes villes, ils sont habitués à des bureaux d’un certain standing et ont tendance à rester sur leurs a priori. Grâce à ces nouveaux locaux, il s’avère plus facile de les convaincre de notre savoir-faire et de notre crédibilité – même si nous avons les qualifications nécessaires pour intervenir dans des domaines de plus en plus exigeants, notamment dans le nucléaire.

C’est un plus concurrentiel. Des clients canadiens, australiens, et américains ont pu constater la qualité de nos installations et notre savoir-faire, ainsi que notre politique RSE. Cela compte, car nos clients sont contraints d’améliorer leur chaîne de valeur – qui est souvent constituée de prestataires qui ont un dimensionnement similaire au nôtre.

FAVORISER UNE CULTURE COLLABORATIVE

A. P. – L’architecture du projet devait permettre de rendre les espaces de l’entreprise accessibles à tous les collaborateurs. Traditionnellement, les salariés de la production arrivaient sur le parking et descendaient au niveau inférieur pour se changer, alors que les autres montaient dans les étages supérieurs. Désormais tout le monde entre par la même porte. Chacun est aussi important que l’autre et, ensemble, nous formons une équipe.

Nous avons tenu à ce que la direction se situe au centre du bâtiment, et non au dernier étage, pour être au cœur du fonctionnement de l’entreprise et pour pouvoir être amenés à croiser tout le monde au quotidien. Nous étions convaincus que les échanges informels autour d’un repas ou d’un café permettraient de verbaliser sur certains sujets dans un contexte détendu et que cela serait forcément positif pour l’entreprise.

Léa Pisani – Cette extension est un projet sur mesure. Elle a été conçue en interne par une équipe projet, puis produite par nos équipes.
À l’époque on parlait beaucoup d’espaces de vie intégrés. Or, une enquête nous a permis de révéler des marqueurs précis de leurs attentes : avoir des espaces adaptés, propres et conviviaux pour se changer, se rencontrer et prendre leurs repas. Lors des recrutements, les candidats sont informés qu’ils sont les bienvenus dans ces espaces qui leur faciliteront les échanges professionnels par la suite.

Aujourd’hui, plus de 90 % de nos collaborateurs restent déjeuner sur le site. Cela répond à un vrai besoin.

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Derrière le quotidien du site de production, il y a des data centers, des sites nucléaires et des phares à l’autre bout du monde…

DES RÉSULTATS

L. P. – On le vit et on le voit depuis un an. Ce projet a été mené conjointement avec la mise en place d’une politique RSE. Nous avons solarisé la moitié de nos toitures, ce qui permet de couvrir entre 30 et 50 % de notre consommation électrique. L’extension a été réalisée avec de l’acier réemployé, les chaudières fioul ont été remplacées par des pompes à chaleur, nous avons changé les menuiseries dans l’ensemble du bâti existant.

A. P. – Investir dans l’outil de production et calculer le retour sur investissement, c’est la base pour un industriel. En revanche, les retombées, lorsque l’on investit dans de l’improductif, ne sont pas quantifiables. Cependant, nous en percevons l’impact sur l’ambiance, le recrutement, et un critère important : l’absentéisme.

L. P. – En un an, les statistiques sont meilleures, même s’il faut rattacher cela à une politique RH engageante. Le lieu de travail compte, mais ce qui contribue au quotidien ce sont bien les équipes. Une nouvelle politique RH et des suivis ont accompagné nos collaborateurs dans ce changement, et aujourd’hui ceux-ci en sont les ambassadeurs. Le message que l’on souhaite faire passer ce n’est pas celui d’une entreprise « cool » qui mise tout sur le « bien-être », mais plutôt que Framatec responsabilise ses collaborateurs, que l’ambiance de travail est sympa et que chacun est au service de l’autre.

A. P. – Nous partageons davantage nos succès, grâce aux écrans que nous avons installés et à des livrets qui suivent l’évolution des marchés que nous obtenons. C’est ce que nous avons fait à l’occasion d’une commande destinée à un phare aux Bahamas, qui donna l’occasion à certains assembleurs d’aller à Miami. Ils peuvent être fiers de participer à ce type d’édifices.

PROCHAINE ÉTAPE : LE TOURISME INDUSTRIEL

L. P. – Développer cette offre touristique nous intéresse. En plus du témoignage des bâtiments, nous avons énormément d’archives et de photos d’époque qui présentent l’entreprise sous différents prismes. Ce que nous espérons avec cet outil, c’est susciter des échanges, recueillir des remarques et faire naître une réflexion et un regard sur notre activité auprès de plusieurs publics. Rencontrer des collégiens, c’est une chose, mais il faut aussi convaincre parents et grands-parents qui pourraient freiner un jeune qui exprime un intérêt pour ce secteur.

L’AVENIR DE FRAMATEC

A. P. – Cet investissement nous permet de gagner des chantiers de plus en plus exigeants qui nous font monter en compétences, et nous aident à faire grandir nos équipes. Aujourd’hui, on a la chance de travailler aux côtés de clients très exigeants ; ce qui implique des audits et des remises en question permanentes, des éléments fondamentaux pour perdurer dans les métiers où l’on fabrique. Ne pouvant pas rester sur nos acquis, il faut relever des challenges, montrer ce que nous sommes capables de faire, tout en nous fixant des objectifs atteignables avec des risques mesurés. Le site de Dinozé n’offrant plus de possibilité d’extension, nous devons désormais, envisager de nous ouvrir à des activités connexes qui nous apporteront de la croissance externe via le rachat de sociétés évoluant dans des métiers industriels ou liés au BTP.

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Framatec réalise des projets de grande envergure à l’international, mais aussi des réalisations plus modestes qui s’inscrivent dans leur territoire, comme cette passerelle qui enjambe l’autoroute A69 entre Toulouse et Béziers.

FRAMATEC

192 rue de la Papeterie – Dinozé

www.framatec.fr

Rédacteur 100 % Vosges

Article rédigé par

Francoise Fontanelle

Le 30 septembre 2026

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