Clément Noël termine 7e ce dimanche à Are
© Agence Zoom

Révélé aux yeux du grand public l’an passé avec ses deux quatrièmes places aux Jeux Olympiques, le Véternat Clément Noël a fait une entrée fracassante dans le gotha mondial du slalom en ce début d’année 2019 en signant un premier podium puis deux premières victoires en Coupe du Monde, à seulement 21 ans. Rencontre avec la nouvelle étoile du ski français qui va tenter la passe de trois ce mardi en Coupe du Monde sur la piste de Schladming en Autriche.

Clément Noël, depuis le début de l’année vous faites la fierté des Vosgiens qui ont vibré au rythme de vos exploits à Adelboden (2e), Wengen et Kitzbühel (1er)…

C.N. – Je ressens qu’il y a un vrai élan autour de moi et de que j’ai fait ces derniers temps. C’est top et je remercie tout le monde. Après mon premier podium à Adelboden, j’ai ressenti de la fierté, un sentiment de joie. La victoire à Wengen, c’était une journée parfaite, j’ai explosé intérieurement. A Kitzbühel, j’étais décontracté et j’ai fait deux belles manches. Il faut savoir profiter de ces moments. Ce qui est fait est fait, on ne me l’enlèvera pas.

Vous êtes considéré comme le nouveau prodige du ski français. Une étiquette pas trop dure à porter ?

Non, je le vis bien. Pendant l’hiver on vit un peu enfermés dans notre petit monde avec l’équipe de France, je ne ressens donc pas forcément tout ça et mon statut dans le groupe ne change pas. Et on n’est pas des footballeurs non plus donc la notoriété ça reste léger.

En compétition, vous semblez hermétique à la pression. C’est le cas ?

Non pas forcément. Je suis calme et posé de nature. Je connais les attentes qu’il y a autour de moi mais quand je suis au départ d’une course je n’y pense pas, je pense avant tout à ce que j’ai à faire et je m’engage à fond. Sur le début de saison, j’ai fait des deuxièmes manches qui n’étaient pas forcément à la hauteur. Depuis Adelboden, je suis plus libéré, il y a moins un peu moins de pression.

Vous avez quitté le cocon familial du Ménil-Thillot à 15 ans seulement. Cela explique-t-il votre étonnante maturité ?

Oui, en partie. J’ai été loin de ma famille assez jeune et du coup j’ai dû apprendre à être autonome. Il y a aussi le fait d’avoir toujours été dans des groupes avec des gens un peu plus âgés que moi. Tout cela fait que je pense qu’à mon âge j’ai une maturité un peu plus avancée que la normale.

« Les skieurs vosgiens doivent de dire que c’est possible »

Quels souvenirs gardez-vous de vos années à l’US Ventron et en équipe des Vosges ? A cette époque, rêviez-vous déjà de titres mondiaux ?

Ce ne sont que de bons souvenirs, surtout des moments d’amusement, de rigolade entre amis. Avant de partir dans les Alpes, je n’étais pas un vrai sportif. Je n’ai jamais vraiment rêvé de gagner des Coupes du Monde. J’adorais le ski, ma bande de copains, j’ai de plus en plus aimé ça et progressivement je me suis vraiment épanoui là-dedans.

Jamais un athlète vosgien n’avait eu de tels résultats en alpin. Vous êtes la preuve vivante qu’un skieur issu de « petit massif » peut y arriver…

Oui, on peut réussir quel que soit l’endroit d’où l’on vient. La différence ne se fait pas forcément sur les années jeunes. Le Massif des Vosges bénéficie de bons domaines skiables, ça peut être une bonne rampe de lancement. Après, à un certain âge, pour passer un cap, on doit partir comme je l’ai fait. J’espère qu’en voyant mon parcours, les skieurs vosgiens se diront que c’est possible.

Avez-vous le temps de rendre visite à la famille en saison hivernale ?

Oui je suis revenu à Noël pendant deux jours. Ça fait du bien de sortir un peu la tête du ski. On s’entraîne une bonne partie du temps, avec peu de jours de repos. Les respirations se font surtout au cours de la journée. Parfois, on ne fait que quelques manches d’entrainement dans la matinée. Il y a tout un travail de récupération, de sport, de kiné l’après-midi mais on a quand même du temps libre.

« Je veux vraiment me mettre au géant »

Pour ceux qui ne vous connaissent pas bien, qu’aimez-vous faire en dehors du ski ?

Je suis un grand fan de sport en général, j’en fais et j’en regarde pas mal à la télé, j’essaye de me tenir au courant de tout. Sinon je me contente de loisirs simples, j’aime bien manger au restau, sortir un peu. Hors saison, j’aime avoir une vie simple et normale, faire du sport, voir les amis, voilà.

Aviez-vous une idole étant jeune ? Quel est votre modèle aujourd’hui ?

Quand j’étais jeune, j’aimais vraiment bien les slalomeurs français, JB (Grange) et Ju(Lizeroux). Je les admirais. Maintenant que je les connais un peu plus c’est un rapport différent. Aujourd’hui si je devais en donner un, ce serait Marcel Hirscher. Pour moi c’est le meilleur skieur de tous les temps. Il est incroyable et vraiment au-dessus de la mêlée.

Vous excellez en slalom. Avez-vous un avenir dans une autre discipline comme le géant ?  

Oui, je compte m’y mettre vraiment. Ce serait bien d’avoir deux disciplines. Je n’ai actuellement pas l’occasion d’en faire en coupe d’Europe, mais j’en fais beaucoup à l’entrainement. Je compte bien en faire sur la fin de saison et pourvoir m’aligner en géant en Coupe du Monde ces prochaines années.

Comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

Je n’en ai aucune idée. Je prends les courses les unes après les autres. Ce qui serait super c’est d’être encore skieur de haut niveau avec une belle carrière derrière moi. Mais tout peut aller tellement vite dans un sens comme dans l’autre que je ne préfère pas me projeter.

 

Prochaines échéances :

Coupe du Monde de Schladming (Autriche) : mardi 29 janvier, première manche à 17 h 45, seconde manche à 20 h 45 (dossard 3)

Championnats du monde de ski alpin à Are (Suède) : épreuve de slalom le dimanche 17 février (première manche à 11 h ; seconde à 14 h 30)

 

Clément Noël en bref

Né le 3 mai 1997 à Remiremont (21 ans)

1,91 m, 83 kg

Clubs : US Ventron (2004-2012), CS Val-d’Isère (depuis 2012)

Sous contrat avec les douanes

Surnom en équipe de France : « Flantier », référence à Noël Flantier (OSS 117)

Palmarès et places d’honneur

Janvier 2019 : 3 podiums en Coupe du Monde dont 2 victoires à Wengen et Kitzbühel

2018 : champion du monde juniors de slalom, 4e de l’épreuve olympique individuelle de slalom et du Team Event, 1er Top 5 en Coupe du monde (Kranjska Gora), champion de France de slalom géant (Châtel)

2017 : champion de France Elite de slalom (Lélex)

2015, 2016, 2017 : champion de France juniors de slalom

 

Le regard de ses anciens entraîneurs : « On l’appelait no stress »

Francis Mangel, premier entraîneur de Clément Noël à l’US Ventron, se souvient d’un « gamin doué et surtout attentif à ce qu’on lui disait ». « A l’époque on se disait qu’il allait y arriver. Tout ce qu’il fait c’est merveilleux, grandiose mais ça lui ressemble, explique-t-il. Et ce n’est pas fini ».

Même son de cloche du côté de Laurent Auer, qui l’a accompagné en équipe des Vosges jusqu’à 14 ans : « C’est un gamin qui adorait le ski, très assidu aux entrainements et avec des prédispositions en slalom : vitesse de pieds, vélocité, endurance et l’esprit de compétition. C’était un jeune assez discret, une force tranquille. On l’appelait « no stress ». Ce qu’il fait à son âge, c’est incroyable, et ce n’est que le début. Il reste humble et il profite de chaque moment. Je suis admiratif ».