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Notre rang de naissance détermine-t-il vraiment notre personnalité ?

Le 10 juin 2026 par Francoise Fontanelle
© Adobe Stock

Vous êtes l’aîné, c’est donc logique que nous soyez responsable et autonome. Être l’enfant du milieu, ce n’est pas la meilleure place ! Les benjamins sont forcément plus capricieux… On dit que notre place dans la fratrie détermine notre caractère… Mais est-ce scientifiquement vrai ?

Qu’ils se ressemblent physiquement ou non, chaque frère ou sœur a une personnalité qui lui est propre. La faute à qui ? Depuis cent ans, on nous explique que nos traits de caractère sont déterminés par notre rang d’arrivée dans la famille.

Le premier à avoir formalisé la théorie de l’ordre de naissance, dans les années 1920, est Alfred Adler – un psychothérapeute autrichien, fondateur de la psychologie individuelle.

Selon lui, la position d’un enfant en tant qu’aîné, cadet ou benjamin crée un environnement psychologique particulier qui contribue à façonner sa personnalité. Ainsi les aînés de la fratrie développeraient des qualités de leadership et un sens des responsabilités plus important, les cadets seraient des enfants charmants mais gâtés, et « l’enfant du milieu », à force d’œuvrer pour attirer regards et reconnaissance, serait prédisposé à la médiation et à la diplomatie.

SCIENCE OU EMPIRISME ?

Facile à admettre et pratique pour expliquer la singularité de chaque enfant, la théorie d’Adler a vite trouvé sa place. Là où le bât blesse, c’est que l’on ne peut lui attribuer un cadre scientifique des plus rigoureux. En se basant sur l’observation de ses seuls patients, le médecin a conclu l’existence de schémas rela- tionnels sans jamais avoir vérifié si ceux-ci se s’observaient dans des populations plus larges.

Pendant des années, la communauté scientifique a mené de nombreuses études pour vérifier ou infirmer cette corrélation. Leurs résultats étant biaisés par des manquements méthodologiques, la théorie d’Adler s’est imposée et est rapidement entrée dans la culture populaire, influençant la façon dont nous- mêmes et nos familles nous percevons.

Il faut attendre 2015 pour trancher cette question. Deux études de très grande ampleur, menées aux États-Unis, ont montré que les effets du rang de naissance et le fait d’être un enfant unique n’ont pas, sinon très peu, d’impact sur la personnalité d’un individu.

Par ailleurs, deux autres grandes études, réalisées en 2019 et 2021, n’ont pas établi de lien entre rang de naissance et santé mentale, la mise en évidence de facteurs tels que la qualité et la cohérence de l’éducation, la sécurité et l’attachement, les facteurs économiques, génétiques et biologiques étant autrement plus importantes.

UN STÉRÉOTYPE QUI PERDURE

Le biais de confirmation joue un rôle important dans le fait que l’on se réfère encore à cette théorie. En affirmant que les aînés sont plus responsables que leurs cadets, notre cerveau (qui aime les raccourcis) remarquera et mémorisera plus systématiquement ce trait de caractère chez « le plus grand », et l’éludera chez les plus jeunes – qui le sont tout autant.

D’autre part, cette théorie apportant des explications toutes faites et faciles à comprendre à des comportements complexes notre cerveau, encore lui, préférera y adhérer plutôt que de se lancer dans une analyse tout aussi complexe.

En revanche les études ont montré que les dynamiques familiales et les styles parentaux amènent les enfants à vivre des expériences individuelles différentes indépendamment de leur position numérique dans la fratrie.

Il est grand temps de se défaire de ces réponses toutes faites pour découvrir et accepter la vraie personnalité de ses frères et sœurs, comme on le fait dans une famille recomposée.

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