Comprendre les mécanismes du pouvoir et de la santé mentale

Aborder ce sujet, c’est poser un double questionnement. Est-ce que c’est le pouvoir qui nuit à l’équilibre psychique de ceux qui l’exercent ? Ou bien, ceux qui veulent le prendre ont-ils un profil psychologique particulier ? Dans les deux cas, l’Histoire et actualités ne cessent de fournir de nombreux exemples, grâce aux neurosciences on peut désormais en comprendre les mécanismes.
Il n’est pas rare de voir des gouvernants développer des conduites inquiétantes et délétères pour leur population après quelques années passées à la tête de leur empire ou de leur pays, mais aussi de voir des personnalités inquiétantes prendre le pouvoir dans de grandes démocraties par la voie des urnes.
Dans Le pouvoir rend-il fou ?, Erwan Deveze, consultant en neurosciences et en management, apporte un éclairage intéressant et des réponses en décryptant les liens étroits entre cerveau et pouvoir. Preuve que la question est pertinente, on y apprend que si les psychopathes représentent 1 à 2 % de la population, ils sont dix fois plus nombreux dans les sphères du pouvoir. Instincts primaires de domination, de survie et de plaisir, selon le scientifique, le striatum (la partie du cerveau qui régule la motivation, les impulsions, la prise de décision ainsi que les apprentissages contrôlés par la récompense, et joue un rôle clé dans les phénomènes d’addiction) serait responsable de beaucoup de choses.
LA VALSE DU CORTISOL ET DE LA DOPAMINE
On le constate lors des grandes élections pendant les meetings de campagne, les débats et les soirées de résultats : la conquête du pouvoir est un ascenseur émotionnel extrême car ce cheminement souvent long, stressant et semé d’embûches, où il faut être en hyper-contrôle permanent, flirte incessamment et à haut niveau entre impatience et jouissance d’atteindre le Graal et le stress lié à la peur de l’échec.
Erwan Deveze met en évidence la suractivation de deux hormones à des niveaux hors-normes : la dopamine (liée au plaisir, à la toute-puissance et à la domination) et le cortisol (lié au stress, à la peur de l’échec et à l’isolement) qui peuvent avoir des effets délétères et entraîner des dysfonctionnements psychiques et des comportements limites.
LA MALADIE DU POUVOIR OU LE SYNDROME D’HUBRIS
Accros à la dopamine, certaines personnes vont dépasser les limites de l’acceptable : mégalomanie, besoin d’être admirées et de dominer, manque d’empathie, narcissisme, là aussi les exemples sont nombreux. Or l’extase ne dure qu’un temps et la descente aux enfers peut être rapide et brutale… Gestion des affaires cou- rantes, pressions, opposition, le circuit de la récompense s’enraille, laissant place à une frustration extrême. S’ensuivent pétages de plomb, paranoïa ou encore usage de la force et autoritarisme pour se maintenir au sommet de la hiérarchie.
LES FEMMES ET L’INTÉRÊT GÉNÉRAL DANS TOUT CELA…
Pour Erwan Deveze, la perte du souci de l’intérêt général est bien le marqueur de toute dérive omnipotente et autoritaire. Il invite également à modifier profondément l’ensemble des pratiques managériales et les femmes à s’affranchir des codes masculins de l’exercice du pouvoir (directement liés à la production de testostérone), pour mettre en œuvre leurs qualités propres : échanges, coopération et altruisme (induits par la production d’ocytocine). Et si nous étions à l’aube d’un changement de civilisation ?

Pour aller plus loin…
Le pouvoir rend-il fou ?
Erwan Deveze
Éditions Larousse 272 pages, 17, 95 €












