Véronique Vallée, prof de violon et directrice du Conservatoire de Saint-Dié.

Véronique Vallée est professeur de violon depuis 1991 et directrice du Conservatoire Olivier-Douchain situé à Saint-Dié-des-Vosges, depuis 2003. Elle nous explique combien la musique a été importante en cette période particulière. Entretien avec une passionnée.

Comment le COD s’est-il organisé pendant le confinement ?

Véronique Vallée Nous avons lancé les cours à distance immédiatement. Il nous semblait important d’assurer la continuité pédagogique et de ne pas lâcher les élèves. Les cours par visio sont ce qui se rapproche le plus du face à face pédagogique. Certains élèves se sont enregistrés, filmés. D’autres ont travaillé par téléphone. Des liens se sont tissés avec certains parents qui parfois se contentent de déposer les enfants devant la porte. Ils ont pu assister aux cours, se rendre compte du travail effectué et faire travailler les enfants. C’était très positif surtout pour les débutants. En ce qui concerne la formation musicale (solfège), les élèves ont reçu des fiches à faire chaque semaine.

Combien le COD compte-t-il d’élèves et combiens ont poursuivi les cours ?

V. V. – Le COD compte environ 800 élèves, répartis sur 7 sites : Saint-Dié-des-Vosges, Ban-de-Laveline, Provenchères-et-Colroy, Fraize, Etival-Clairefontaine, Senones, Raon-l’Etape. 90 % suivent les cours à distance car nous les avons maintenu jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Comment avez-vous motivé les élèves ?

V. V. – Tous les jours, j’ai posté des vidéos, présentations d’instruments, d’œuvres, contes musicaux. J’ai publié des confinements de personnalités musicales venues faire des jury et des masterclass au COD donc connues des élèves. Avant les applaudissements de 20 h, nous avons proposé aux élèves de jouer En Er Mundo de Jesus Fernandes. Un professeur de musique a envoyé la partition de Stand by me, il fera un montage comme celui de l’orchestre de Paris. Nous avons maintenu le concours musical par vidéo. Les élèves s’enregistrent avec l’accompagnement de notre professeur de piano qui a dû enregistrer chaque morceau à plusieurs tempi ! Les examens de fin de cycle ont été validés par contrôle continu et le concours des lauréats est décalé à la fin de l’année.

Comment les professeurs et les élèves se sont-ils adaptés à la situation ?

V. V. – Toutes les équipes se sont mobilisées et soudées naturellement pour garder le lien avec les élèves. La visio ne remplace pas le cours en présentiel, mais permet un apprentissage basique des morceaux et la mise en place rythmique. Pour certains adultes confinés seuls, nous nous sommes rendu compte que nous étions leur seul rendez-vous de la semaine, leur bouffée d’oxygène et que ça leur faisait du bien ! Certains élèves moins fatigués par l’école, ont gagné en autonomie et fait des bonds en avant. Habituellement, c’est moi qui écris sur les partitions, mais là, mes petits pitchounes prenaient leur crayon et entouraient elles-mêmes les notes. Elle ont appris à accorder leur violon. Nous continuerons à aider les élèves à le faire par visio, à l’avenir.

Quel est votre meilleur souvenir musical de ce confinement ?

V. V. Orchestre + a envoyé une pièce de Pierre Thilloy : Fragment cartographique pour orchestre opus 42. Une cinquantaine d’élèves, toutes générations confondues a enregistré sa partie. Le résultat de cette création mondiale en confinement est bluffant !

Qu’est-ce que la musique apporte en ces temps difficiles ?

V. V. La musique permet l’évasion : on est ailleurs, sur une autre planète, on oublie ses soucis. C’est une échappatoire, on peut faire passer ses émotions, oublier les mauvais moments. On s’est tous remis en question, on a testé de nouveaux outils et on va en tirer le positif pour la suite, comme les enregistrements que les élèves envoyaient à leur professeur. Dans l’autre sens, les professeurs postaient les morceaux joués pour permettre aux enfants de garder le morceau dans l’oreille. Grâce à la musique, les élèves ont passé cette période sans trop de casse. Nous avons tous pu faire une pause dans notre vie trépidante, écouter des concerts, faire des choses qu’on n’a pas le temps de faire en temps normal, c’était un temps de découverte !