De Sanchey aux Jeux olympiques : Léa Berger, le rêve bleu sur la glace
Formée à Épinal, aujourd’hui étudiante et joueuse au Canada, Léa Berger va entrer dans l’histoire du hockey féminin français. À seulement 22 ans, la défenseure vosgienne a été sélectionnée pour participer aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, une première pour les Bleues. Le 5 février, la veille de la cérémonie d’ouverture, elle disputera son tout premier match olympique face à l’Italie, pays hôte. Entre fierté, émotions et ambitions, la n°29 de l’équipe de France s’apprête à vivre l’événement d’une vie.
Quand tu as appris ta sélection pour les Jeux Olympiques, quelle a été ta première réaction ?
J’étais en train de mettre les décorations de Noël chez moi à Sanchey quand le coach m’a appelée pour m’annoncer la nouvelle. J’étais très, très contente évidemment, mais je n’ai pas explosé de joie non plus, car je n’ai jamais participé à un événement aussi énorme et j’ai vraiment du mal à réaliser. Je crois que je réaliserai uniquement quand je serai arrivée sur place à Milan. Sinon, j’ai eu une pensée pour mon papy qui est maintenant là-haut (au ciel). J’ai cherché ce qu’il pourrait me dire et ce que je vais faire pour le rendre aussi fier. Je n’exprime pas mes émotions facilement, mais dès que je parle de cette histoire, mes larmes montent, car pour moi ces JO sont très symboliques et rattachés à lui, comme si je lui devais quelque chose, et ce quelque chose va se réaliser.
Tu es née dans une famille où le hockey occupe une place centrale. En quoi cette passion transmise dès l’enfance a-t-elle façonné la joueuse – et la personne – que tu es aujourd’hui ?
Mon frère jouait avant moi au hockey et ça m’a donné en- vie d’en faire. Le coach de mon frère m’a proposé de venir essayer et j’ai débuté à 5 ans. Mon père était un grand fan de l’équipe d’Épinal et du hockey en général. Mes parents ont donc dû faire de nombreux déplacements pour les entraînements et les matchs de mon frère et moi. Mes débuts se sont faits dans la patinoire provisoire d’Épinal, qui avait été installée sur le parking de la patinoire suite à la fermeture de Poissompré. Une année sur deux, je jouais soit avec mon frère, soit avec mon cousin. Ensuite, je suis partie à 14 ans au pôle France à Chambéry. J’ai dû apprendre à me gérer seule très tôt. Ça m’a inculqué les valeurs de persévérance, d’abnégation, d’autonomie et de résilience, car je ne suis pas une joueuse de talent pur et j’ai dû faire mes preuves et beaucoup travailler.
Que représentent les Jeux Olympiques pour toi personnellement ? Est-ce un rêve d’enfant ou un objectif qui s’est construit au fil de ta carrière ?
C’est un rêve. Je regardais les JO à la télé sans imaginer un seul instant y participer un jour. Ce ne sont que des personnes renommées qui vont là-bas, pour moi. Ce rêve s’est construit au fur et à mesure de ma carrière. Ça n’a jamais été un objectif dès le départ, tellement ça paraissait inatteignable. J’ai vraiment eu le déclic après une discussion avec mon papy qui m’a un peu mis ça dans la tête. Il m’a dit : « Si tu vas aux JO ,je viendrai te voir. » Il m’a fait prendre conscience du haut niveau qu’il était possible d’atteindre. Malheureusement, ça ne sera pas le cas car il est décédé d’une grave maladie il y a trois ans et demi. Je penserai fort à lui.
L’objectif collectif, c’est d’atteindre les quarts de finale. C’est gros, mais pas complètement impossible
Avec l’équipe de France, quels sont vos objectifs à Milan-Cortina ? Dans quel état d’esprit abordez-vous cette première participation olympique historique ?
L’objectif collectif, c’est d’atteindre les quarts de finale. C’est gros, mais pas complètement impossible. Mon objectif individuel : je devrais normalement commencer le tournoi comme 7e défenseure, avec peu ou pas de temps de jeu. Je serai donc prête à tenir mon rôle au sein du collectif France quoi qu’il arrive. Pour l’instant, c’est surtout de l’excitation qui monte petit à petit. On n’a pas vraiment de pression, vu qu’on est le petit poucet du tournoi avec l’Italie, et qu’une qualification en quarts serait vraiment une très, très grosse performance. Ce tournoi olympique sera une découverte pour toute l’équipe, avec un environnement médiatique que j’imagine énorme. Ce sera, quoi qu’il arrive, une très belle pub pour le hockey féminin français.
Comment arrives-tu à concilier ton emploi du temps entre les études et le hockey de haut niveau au Canada ?
Je suis en 2e année de kinésiologie à l’Université de Mon- tréal (équivalence 2e année de licence STAPS). Je prépare un bac en kinésiologie, qui est donc l’équivalent d’une licence en France. La kinésiologie, c’est la prévention, la réadaptation et la performance. L’organisation du quotidien est beaucoup plus simple au Canada qu’en France. Les études et le sport sont très liés. La patinoire où je m’entraîne se trouve dans le complexe universitaire où j’étudie. Concernant les cours, je dois les valider avec un système de points pour obtenir mon semestre, mais aussi pour pouvoir être alignée dans l’équipe de hockey. Si je ne valide pas mon 1er semestre, par exemple, je ne peux pas jouer dans l’équipe au second semestre. Le plus dur est de rattraper les cours lorsque je participe aux rassemblements avec l’équipe de France, parfois à l’autre bout du monde (Japon, Chine). Il faut mettre les bouchées doubles pour rattraper le retard et obtenir les points nécessaires.

LES VOSGES BIEN REPRÉSENTÉES AUX JEUX OLYMPIQUES
La sélection de Léa Berger pour les Jeux olympiques confirme le dynamisme du sport vosgien en vue de Milan-Cortina 2026. La hockeyeuse ne sera pas la seule représentante du département, puisque plusieurs athlètes ont déjà validé leur billet.
En ski de fond, quatre Vosgiennes seront présentes. La Bressaude Delphine Claudel, cheffe de file de l’équipe de France, a fait son retour en Coupe du monde fin janvier après une blessure. Léonie Perry s’est illustrée en décembre à Davos avec une 6e place, son meilleur résultat. Julie Pierrel figure également parmi les sélectionnées, tout comme Clémence Didierlaurent, sociétaire de Vagney-Rochesson.
En biathlon, les trois frères Claude — Émilien, Fabien et Florent — disputeront ensemble les Jeux. Fabien participera à ses deuxièmes Jeux, Florent à ses troisièmes sous les couleurs belges, et Émilien découvrira l’événement.
Enfin, le champion olympique en titre de slalom Clément Noël complète la délégation vosgienne.
Au total, neuf Vosgiens seront présents à Milan-Cortina 2026.