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Magali Villeneuve, star de l’illustration fantasy, s’épanouit dans les Vosges

Le 28 juin 2022 par Francoise Fontanelle
Magali Villeneuve, illustratrice, a choisi les Vosges pour créer ses oeuvres fantasy.
Magali Villeneuve, illustratrice, a choisi les Vosges pour créer ses oeuvres fantasy.
© 100% Vosges

Amateurs de Game of Thrones (Le Trône de fer) ou du Seigneur des Anneaux, savez-vous que c’est dans les Vosges, que Magali Villeneuve a choisi de s’installer pour créer les illustrations que lui confient les éditeurs de littérature Fantasy les plus illustres ? Évidemment, vous aurez reconnu son style et aurez envie d’en savoir plus sur cette artiste, discrète et appliquée, mondialement connue, Elle nous a accordé un long entretien où elle évoque les Vosges, les Imaginales et son parcours.

« Les Vosges ont coïncidé à un moment où, mon mari et moi, avons décidé de nous lancer en tant que professionnels. »

Magali Villeneuve – Je suis née à Bordeaux en 1980, où j’ai vécu pendant 20 ans. Ce qui m’a fait venir dans le Grand Est, dans la région de Nancy, c’est l’amour. À l’époque je n’étais pas encore illustratrice, je ne le suis devenue que 7 ans plus tard. En 2006, nous avons créé nos micro-entreprises respectives et nous nous sommes interrogés sur le cadre de vie dont nous avions envie. À l’époque nous habitions Nancy. C’était plus urbain et les premières années ont été très dures. Nous n’avions pas d’argent or, pour un métier comme le nôtre, il faut du calme, de la concentration. Être en ville signifiait habiter des quartiers bruyants, la réalité des HLM et des problèmes de voisinage…

Les Vosges nous attiraient. On avait cette image de nature où il était peut-être plus facile de trouver un petit coin tranquille, ce qui honnêtement a été le cas. On a vécu à plein d’endroits différents. Au tout début, nous nous sommes installés à Pair-et-Grandrupt, juste après Sainte-Marguerite. Pour le coup, c’était très rural, mais cela nous a permis d’avoir notre premier appartement assez grand, par rapport à nos moyens de l’époque, pour être notre lieu de vie et de travail à tous les deux, et dans un joli cadre. Ensuite on s’est déplacés sur Saint-Léonard où nous sommes restés quelques années.

Mais ça restait toujours des logements collectifs et nous nous heurtions quand même au problème du voisinage. C’est intéressant car nos lieux de vie reflètent nos carrières. À mesure qu’elles évoluaient, le type de logement et le cadre de vie évoluaient aussi. Aussi Saint-Léonard, c’est pour nous l’époque de Fantasy Flight Games et de Game of Thrones et pour la première fois de notre vie nous avions un joli appartement. Ça peut paraître un peu suranné, mais quand on vient de rien et que l’on a connu des moments difficiles, c’est presque incroyable, surtout avec la réputation de nos métiers, que de réussir à construire une vie et d’évoluer encore 15 ans après… Alors, après Saint-Léonard, on a eu envie de vivre dans une maison. Et c’est à Bruyères que, pour la première fois, nous avons pu réaliser ce rêve ! Illustrateurs et dans une maison ? C’était pour nous totalement impensable ! Et voilà, après Bruyères, nous avons déménagé pour cette maison près d’Épinal.

Magali Villeneuve et Alexandre Dainche ont créé l’affiche des Imaginales en 2013. Avant-plan et personnages : Magali Villeneuve – Décor : Alexandre Dainche.

« L’expérience que j’ai eue avec les Imaginales remonte au début de ma carrière. »

C’était l’époque où j’exerçais dans la microédition, de mes premières couvertures avec mes premiers éditeurs. C’est avec ces éditeurs-là que je suis allée aux Imaginales la première fois. Je venais d’arriver dans les Vosges et j’avais encore ce côté « ours » qui faisait que je n’étais pas encore très au fait des festivals. C’est donc avec Griffe d’encre, un éditeur qui n’existe plus aujourd’hui, que j’ai fait ma première expérience avec le public d’un salon littéraire. Ça devait être en 2008/2009. Ensuite nous avons fait les Imaginales pendant plusieurs années, parce que nous étions là-bas avec les éditeurs pour lesquels nous avions fait une couverture.

Ensuite il y a eu La dernière Terre. Ce fut l’année où j’ai été invitée à la fois comme auteure et comme illustratrice pour faire la promotion du livre. Et c’était, j’avoue, très pratique d’être si près de chez moi. (Rires). Les Imaginales ont toujours été LA rencontre des amateurs du genre. On y a rencontré des gens, venus de toute la France, qui sont devenus des proches. Encore cette année, nous avions des amis à la maison qui étaient venus pour les Imaginales. On sent bien que les gens qui s’y rendent, de façon très fidèle, c’est autant pour l’ambiance que pour rencontrer des auteurs. Parce que le cadre est propice, s’étalant sur plusieurs jours, ils ont le temps de prendre leur temps…

Les auteurs également aiment beaucoup ce festival. Par exemple, Robin Hobb, l’auteure de L’Assassin royal, une grande saga très connue du grand public, a fait plusieurs dédicaces aux Imaginales. Elle disait qu’elle appréciait beaucoup ce festival, notamment parce qu’elle aime beaucoup le cadre naturel. Je pense aussi que c’est un festival qui, pour un auteur, reste à taille humaine. Quand on est très connu, on peut vite se retrouver dans un festival où c’est un peu l’usine… Vous êtes derrière votre table et les signatures s’enchaînent toute la journée. Les Imaginales, ce n’est pas du tout cet esprit là. C’est plus détendu, et les auteurs ont plus le temps de parler avec les gens. Le fait d’avoir su garder ce côté humain et désacraliser la distance dans le rapport éditeur/public est une grande qualité dont ont fait preuve les Imaginales.

« Vivre dans les Vosges et travailler pour Magic the Gathering, c’est possible. »

Les licences avec lesquelles je travaille, notamment le jeu de cartes Magic the Gathering, emploient des illustrateurs du monde entier. Il y a toutes les nationalités. Il n’y a pas plus large que ce panel d’illustrateurs et c’est ce qui fait aussi la richesse de la licence. Pour beaucoup de ceux que je connais, ce sont des gens qui vivent, comme moi, souvent à la campagne. Il y a encore 15 ou 20 ans, pour vivre d’un métier comme celui-là, il valait mieux habiter à Paris ou dans de grandes villes pour être proche des éditeurs. Aujourd’hui c’est devenu totalement obsolète.

À chaque fois que je suis allée vivre quelque part, notamment dans les Vosges, j’avais UNE question : «  Il y a Internet ? » (Rires). C’est le seul souci que l’on a. Un grand luxe pour notre profession où il y a beaucoup de stress, de concentration, d’enjeu et d’investissement personnel. Je n’ai jamais perdu de vue le bonheur de faire ce que je fais au niveau auquel j’exerce. Encore aujourd’hui, je ne suis pas du genre à me dire « C’est bon. J’y suis parvenue ». Non. Je continue à me battre comme au jour 1, car je veux que cela continue. En plus, avec le temps, il y a une dimension affective qui se crée avec les gens des licences, mais aussi avec le public. Sans compter l’attachement des fans aux personnages, qui nous donne envie de leur faire plaisir.

L’épisode de la Covid-19 m’a fait prendre conscience de l’importance de ce que l’on fait pour les gens. Ma profession a eu la chance de ne pas souffrir de la crise sanitaire. Les domaines du divertissement ont explosé. Les gens, plus que jamais, ont consommé du jeu vidéo, du jeu de cartes ou de plateau, des séries et des livres ce qui a boosté le domaine de la SFFF, si tant est qu’elle en avait besoin. Cela m’a vraiment marquée de recevoir des messages me remerciant pour mon travail, et ça mérite que l’on se donne la peine de passer des heures lors des conventions, avec des files interminables pendant les dédicaces. Car s’ils n’étaient pas là, notre profession n’existerait pas. Nous ne sommes que des « entertainers » (artistes du divertissement en français, NDLR) mais cela compte dans la vie des gens.

Illustration de Magali Villeneuve pour Warbreaker, un roman fantasy de Brandon Sanderson paru en 2009 aux États-Unis puis en 2012 en France. © Magali Villeneuve

« Ma vocation est venue du jour au lendemain. »

Je me souviens même du jour précis où c’est arrivé. J’avais 12 ans et j’étais allée voir La Belle et la Bête qui venait de sortir au cinéma. Au moment où le film a commencé, il y a eu une espèce de chamboulement dans ma tête. Ce qui m’intéressait, ce n’était pas la princesse et ses belles robes, mais le personnage de La Bête qui m’a absolument fascinée : à quoi il ressemblait, comment il était animé et surtout le style du dessin. C’est avec ce dessin animé que j’ai trouvé mon premier mentor virtuel, à savoir, l’artiste qui avait créé ce personnage-là.

Le même jour, dès que je suis revenue à la maison, je me suis mise à dessiner et, dans le souvenir que j’en ai, ma famille était toute ébaubie face à mes dessins. Ma première vocation était de faire des dessins animés pour Disney. Elle a perduré jusqu’à mes 17/18 ans, quand je me suis dit « il y a une grande école d’animation à Paris, c’est ça que je veux faire ». Il s’agissait des Gobelins, une école qui, à l’époque, préparait pour entrer dans des studios comme Disney ou DreamWorks. Je venais de rencontrer mon mari, et nous avons décidé de partir pour Paris, où j’avais trouvé un travail de gardienne d’immeuble, avec en ligne de mire l’entrée dans cette école. Ce concours, je l’ai réussi à moitié. J’ai passé les premières sélections, mais je n’ai pas réussi le deuxième tour. C’était déjà très encourageant pour quelqu’un qui n’a jamais suivi un cours de dessin de sa vie ou fait une école d’art. À l’époque, je suis tombée malade. Plus question de vivre à Paris sans pouvoir travailler, alors nous nous sommes installés sur Nancy.

C’est là-bas, entre 20 et 25 ans, que j’ai un peu changé d’idée à propos de ma carrière. Car j’ai eu une deuxième révélation : la littérature Fantasy. Avant cela j’étais très classique dans mes goûts littéraires. Je n’étais pas, comme beaucoup d’adolescents, à aimer les choses que l’on pourrait qualifier de « geek » aujourd’hui. Deuxième flash ! Avec La roue du temps de Robert Jordan, un grand classique des sagas “fleuve“ qui ont marqué le genre. Alors je me dis que, peut-être, ce qui m’intéresse, c’est d’illustrer des livres comme ça. Alors, pendant les quelques années nécessaires pour retrouver la santé, je me suis dit : « Soyons constructif ! Pour pouvoir démarcher dans le domaine il faut un book, et pour avoir un book, il faut que je m’améliore… » Parce que, autodidacte, j’avais bien conscience de ce qu’il me fallait rattraper comme retard. Et donc, je me suis remise à travailler toute seule, jusqu’à faire mon premier book en 2005/2006, année où j’ai créé ma micro-entreprise pour pouvoir commencer à démarcher les éditeurs français.

« J’ai commencé le plus bas que l’on puisse imaginer dans l’échelle de l’illustration ! »

J’ai toujours eu un côté très méthodique, me disant : « D’abord, il faut commencer à ton niveau, te faire connaître, et ensuite les choses vont arriver petit à petit ». J’ai démarché le marché de la micro-édition française dans le domaine de l’imaginaire et assez vite j’ai eu mes premiers contrats. C’était il y a une quinzaine d’années.

Le moment où cela a commencé à prendre, c’est celui où j’ai voulu essayer de toucher le marché américain. Car en France, le marché de la littérature imaginaire était trop limité pour en vivre vraiment. Surtout dans un axe un peu plus adulte comme le mien, où il y a un seul gros éditeur, Bragelonne. Un jour, j’étais à la Fnac avec mon mari, qui est illustrateur lui aussi… et je remarque un Art book (livre d’art, NDLR) du Trône de fer. Je vous parle d’une époque, bien avant la série qui l’a popularisé auprès du grand public international. Game of Thrones était déjà un titre très prestigieux en littérature. Je prends le Art book, regarde les illustrations, repense à mon niveau, et je me dis : « peut-être, que je pourrais faire ça… ».

De fait j’ai eu la curiosité de savoir d’où venaient ces illustrations. Fantasy Flight Games était un éditeur assez important aux États-Unis et qui à l’époque éditait des jeux de cartes pour Game of Thrones, et L’Appel de Cthuluhu deLove Craft, et avait des licences intéressantes. J’ai donc tenté ma chance en envoyant mon book là-bas. Dans les jours qui ont suivi, on m’a appelée. Et j’ai été prise immédiatement.  (Rires).

«  Ça t’intéresserait de commencer avec Game of Thrones ? »

Ainsi a commencé une collaboration qui a duré de nombreuses années et qui  a été fructueuse pour moi. C’est-à-dire que c’est là que j’ai commencé à en vivre vraiment, avec des commandes et des revenus fixes et réguliers tous les mois. À l’époque, je pense que mon style n’avait rien de différent des autres… juste le niveau prérequis pour la masse d’illustrations qu’il fallait traiter pour les jeux de cartes, les jeux de plateau… On commence à toucher des compagnies qui ont un roulement énorme,  donc qui ont besoin d’avoir un groupe d’illustrateurs disponibles conséquent.

Magali Villeneuve a réalisé l’illustration de Gandalf pour le coffret de jeu du Seigneur des anneaux. © Magali Villeneuve

« J’ai commencé à entrer dans un mode de vie où cela ne s’arrête jamais. »

Mon mari travaillait aussi pour cette compagnie-là. Ça a été parmi les époques les plus intenses de notre carrière. Car oui, il y avait beaucoup de travail, mais ce n’était pas la compagnie qui payait le mieux. Pour avoir des revenus, il fallait accepter un gros volume et faire au moins une quinzaine d’illustrations par mois. C’est très intense puisque cela ramène à 2 à 3 jours par illustration. C’est très peu, surtout avec le style que j’avais déjà : semi réaliste et assez détaillé. Mais j’avais une qualité : j’étais très fiable sur mes délais, sérieuse sur la commande. C’est ce qui m’a fait être remarquée par les directeurs artistiques et me rapprocher d’eux avec des relations de travail qui sont devenues plus enrichissantes et amicales, avec des commandes de plus en plus flatteuses.

C’est là que j’ai commencé, outre les cartes, à faire des illustrations marketing pour Game of Thrones. C’est-à-dire des illustrations qui allaient être des images de marque lors des conventions et des plans de promotion qui m’ont propulsée un peu plus sur le devant de la scène.
Par la suite Fantasy Flight Games a commencé à acheter d’autres licences dont, en premier, celle du Seigneur des Anneaux et pour laquelle j’ai eu la chance de faire partie du groupe d’illustrateurs qui ont créé le style du jeu. Je fais partie des illustrateurs qui ont fait des personnages très connus : Arwen, Aragorn, les gens de la Communauté de l’Anneau que tout le monde connaît. Cela fait presqu’une dizaine d’année que j’ai travaillé sur ce jeu, et aujourd’hui encore, même si je ne travaille plus pour eux, Fantasy Flight Games continue d’exploiter mes illustrations parce qu’ils continuent je jeu qu’elles ont marqué.
Ensuite, ils ont acheté la licence de Star Wars, et cela commençait, vous le comprendrez, à devenir assez intéressant…

C’est grâce à tout le travail que j’avais fourni chez Fantasy Flight Games – je pense que j’ai environ 200 à 250 illustrations chez eux – que l’ai été remarquée par d’autres éditeur, notamment par l’éditeur américain de George Martin, l’auteur de Game of Thrones. Nous sommes en 2015, lorsque l’on m’engage pour travailler sur un livre encyclopédique sur cette licence et pour être l’illustratrice officielle du calendrier Game of Thrones 2016. Ce qui signifiait que j’avais été désignée par l’auteur pour réaliser les 12 illustrations.

Jon Snow, un des personnages les plus populaires de la série Games of Thrones. Illustration extraite du calendrier 2016. © Magali Villeneuve

« Ma rencontre avec George Martin »

Lors d’une manifestation organisée par les éditions J’ai lu, qui venaient d’éditer Game of Thrones en français, il y avait eu une séance de signatures à Dijon. C’était un événement de grande ampleur car la série avait déjà commencé. L’éditeur m’avait appelée m’informant de la venue de George Martin et m’invitant à la séance de dédicaces. Je suis venue avec mes livres, mais je n’avais pas dans l’idée de rencontrer l’auteur, j’étais une illustratrice parmi d’autres, qui plus est travaillant à distance en France pour un auteur américain, et il était déjà très sollicité. Néanmoins, j’arrive sur l’événement. Je me rappelle, la grande librairie de Dijon avait bloqué une rue entière. La Garde de nuit, une grande communauté de fans français, avait préparé tout un truc spectaculaire, avec des gens costumés et à cheval, pour l’arrivée de l’auteur. À un moment donné l’équipe de J’ai lu vient me chercher me disant « Viens, on va te faire couper la file, comme ça tu pourras lui parler… ».

J’avais emmené mon exemplaire du Trône de Fer pour lui faire signer, mais aussi une illustration que j’avais faite pour la lui offrir. Je me retrouve face à lui, tellement intimidée que je ne me présente même pas : « Je sais que vous n’avez pas beaucoup de temps, je suis très heureuse de vous rencontrer et je voulais juste vous faire un cadeau. » Et je lui donne une des illustrations que j’avais réalisée pour Fantasy Flight Games. Il la regarde, puis me regarde, et me dit : « Vous êtes Magali Villeneuve ! ». Puis il se lève et me serre la main sous un déluge de flashes des journalistes qui devaient bien se demander qui j’étais (Rires). Content de me rencontrer, George Martin me demande « Qu’est-ce que vous faites ce soir ? Voudriez-vous venir dîner avec moi ?»… C’est ainsi que je me suis retrouvée à discuter avec lui de ce fameux calendrier en commande, pour lequel il souhaitait juste que les scènes soient en rapport avec la saison.

« J’ai eu l’occasion de travailler avec de grands auteurs. »

J’ai remarqué que plus l’auteur est réputé, plus il est respectueux du travail de son illustrateur. Ceux qui sont le plus accrochés au moindre détail sont ceux qui sont un peu moins dans la lumière. Sans doute parce qu’ils sont dans l’envie de porter leur texte, sont moins habitués à la réinterprétation, et sont donc un peu plus dans le contrôle.
Par la suite, j’ai fait beaucoup de choses pour Game of Thrones, dont récemment pour un livre qui va sortir aux États-Unis cet automne. C’est super de voir que mon travail a suffisamment marqué la licence et qu’elle fasse encore appel à moi quelques années plus tard par souci de continuité. C’est assez incroyable…

Je suis connue du public spécifique des licences pour lesquelles je travaille. On ne peut pas dire que le grand public me connaisse. En revanche, c’est le cas pour les lecteurs de SFFF, qui connaissent mes illustrations. Ce que je voulais, c’est que l’on voit plus mes illustrations que l’on ne me voit moi. Comme je dis toujours : j’aurais voulu être célèbre, j’aurais été chanteuse… (Rires). Après, il y a un devoir de représentation, mais ce n’est pas la partie du travail avec laquelle je suis le plus à l’aise. Mes expériences de notoriété les plus importantes, ça a été avec le public de Magic, chez qui j’ai postulé en 2012.

Illustration de Vraska, la gorgone royale. Personnage du jeu de cartes Wizards of the coast (licence Magic) © Magali Villeneuve

« Magic, c’est quelque chose de très particulier »

Pour un illustrateur dans ma catégorie, c’est une licence vraiment mythique. Elle existe depuis 30 ans et a été toujours un gage de très haute qualité en termes d’illustration. Tous les plus grands noms de l’illustration dans notre domaine sont passés ou passent encore par Magic. Accéder à cette licence, c’est le signe que l’on a atteint un certain niveau. Je connaissais Magic depuis l’adolescence. Au lycée, il y avait des gars qui y jouaient déjà. Si le jeu de cartes me dépassait un petit peu, les illustrations m’intéressaient déjà beaucoup.

Et beaucoup d’illustrateurs que j’admirais travaillaient pour cette licence. J’ai quand même fait beaucoup de choses qui me faisaient rêver avant de devenir professionnelle et qui se sont concrétisées, comme Games of Thrones ou Star Wars, et Magic était rangé aux côtés de ces licences-là. Pour moi c’était le graal.

En 2012, avec toute l’expérience Fantasy Flight Games derrière moi, Magic est revenu trotter dans ma tête. Je me suis dit : « Pourquoi est-ce que je n’essaierais pas… ». Je monte un nouveau portfolio, l’envoie chez Magic et, en 48 heures, j’étais engagée.

Comme j’ai toujours été très méthodique et très travailleuse du fait que je suis autodidacte, j’avais toujours conscience qu’il me fallait raccrocher les wagons de ce que l’école n’avait pas pu m’apporter pour être compétitive, et savoir me remettre en question. Un travail continuel qui nous a amenés, avec mon mari, à passer des années sans week-ends, sans vacances, et sans se permettre aucune fantaisie.

Ma carrière n’est pas due à la chance, c’est ce que j’ai à cœur de faire comprendre aux gens qui aspirent à devenir illustrateur, que ce soit des jeunes ou des gens en reconversion. Je leur dis : « il ne faut pas croire que vous allez y arriver si vous avez de la chance. Vous allez y arriver si vous êtes prêts ! » Dans les medias généralistes, il y a encore une image de l’artiste qui est presque « une Image d’Épinal »…  ce côté bohème… Mon atelier est, somme toute, assez « aseptisé » par rapport à ce que l’on imagine d’un atelier d’artiste.

« Je n’ai pas le luxe de dessiner que lorsque je sens l’inspiration monter. »

Je dessine tout le temps, je n’ai pas le choix, que l’inspiration soit là ou pas. J’ai des clients, des enjeux, des deadlines. C’est ça la réalité ! Un travail de tous les jours, en tant que chef d’entreprise, j’ai mon entreprise à faire tourner également : l’aspect gestion, l’aspect promotion (je suis mon propre porte-étendard).

J’ai une boutique en ligne qu’il faut gérer, ainsi que les mails des fans et les réseaux sociaux. Même si je suis assistée par mon mari qui a longtemps été illustrateur pour les mêmes licences que moi et qui, lorsque ma carrière a commencé à prendre beaucoup d’essor, a pris la décision personnelle de réduire énormément son activité pour se mettre au service de la mienne, car je ne pouvais plus tout gérer seule.

C’est le meilleur gestionnaire et le meilleur community manager que je pouvais avoir, car il connaît et sait comment communiquer avec ce milieu dans lequel il évoluait.

« Ensuite, il y a eu La dernière Terre, mon roman de Dark Fantasy

C’est un roman dont je suis l’auteure et pour lequel mon mari est co-scénariste. Nous avons tous les deux fait des illustrations pour le livre. C’est un projet que nous avons commencé en 2002, mais qui a pâti de mon ascension et est un peu en stand by. Je ne me considère pas être un écrivain. J’écris parce que j’aime ça, mais je suis avant tout illustratrice. Savoir qu’il y a des personnes chez qui La dernière Terre a laissé une empreinte, cela fait partie des choses incroyables qui me sont arrivées. Il m’a permis également de faire des rencontres formidables, dont des personnes qui sont aujourd’hui des amis.

« Toute ma formation autodidacte a été faite en traditionnel : crayon, huile et acrylique »

Mais c’est vrai que, lorsque je me suis lancée en professionnel, le numérique commençait à prendre beaucoup d’ampleur et j’ai très vite compris que ça allait être indispensable. J’ai commencé avec un ordinateur et une toute petite tablette, et me suis formée sur Photoshop toute seule, un logiciel que j’utilise encore aujourd’hui. Mes commandes sont toujours colorisées en numérique, même si j’utilise la partie traditionnelle pour le travail de recherche, les esquisses et des crayonnés plus aboutis qui peuvent être publiés en l’état. Le numérique, c’est une question de volonté, mais c’est aussi une question de temps, mais un de mes buts est de pouvoir réintégrer de la production traditionnelle dans ma production professionnelle. Mais cela demanderait un réaménagement de temps, car ma carrière professionnelle est comme une locomotive lancée à grande vitesse, qu’il est très difficile de ralentir.

Mon style en numérique, au fur et à mesure de son évolution, s’est rapproché du style traditionnel. Plus on arrive à dompter l’outil numérique, plus on vise à avoir le rendu le plus naturel possible. En fait, un dessin très « numérique » ce n’est pas très élégant en réalité. Le but des illustrateurs en numérique est que, justement, ça crie le moins possible « Photoshop ! » (Rires). Pourquoi est-ce un outil formidable pour nous ? Déjà parce qu’il nous permet de travailler sur de très grandes définitions, dont nos clients ont souvent besoin pour des fins promotionnelles, mais aussi parce que c’est très pratique pour les échanges de fichiers puisque, ne travaillant quasiment qu’avec les États-Unis, vous imaginez bien qu’il est plus facile de faire transiter du numérique que de trouver quelqu’un qui fasse un scan professionnel à partir d’une illustration en traditionnel, de traiter l’image. C’est plus pratique également pour les retouches.

La raison pour laquelle je veux revenir plus souvent au traditionnel, c’est pour des questions d’attrait et de confort personnel.

« J’ai un attachement profond à la Fantasy »

Je pense que c’est parce que j’ai pris le temps de mûrir mon projet. Mon évolution a toujours été très progressive, ce qui lui a donné le temps de maturer. Quand je me suis lancée j’avais quand même 26 ans. J’avais pris le temps de comprendre ce qui me faisait vibrer et de dépasser le stade du coup de tête ou de la lubie du moment. Aussi, quand je me suis lancée j’étais vraiment bien dans mon axe. Et je me sens, encore aujourd’hui, vraiment bien dans celui-ci. En revanche, ce que j’ai envie de développer c’est ma production personnelle. Il est vrai que je ne fais que du travail de commande, et depuis 15 ans il n’y a de place que pour ça.

Je n’ai pas particulièrement l’impression de me trahir, car je fais quand même des choses qui sont très proches de moi, où je n’ai pas l’impression de devoir me « retordre » pour m’intégrer au projet. Mais il y a des choses plus personnelles, qui restent néanmoins dans l’imaginaire. Ma production personnelle ne serait pas foncièrement si différente, mais elle aurait quelque chose de plus noir que je ne peux pas tout à fait transmettre dans ma production usuelle parce que je travaille pour des compagnies qui ont des réglementations d’âge par exemple et par rapport auxquelles il y a des choses que l’on ne peut pas se permettre et des recoins que l’on ne peut pas tout à fait explorer. Mon univers personnel est un poil plus sombre, plus « Dark Fantaisy », mais cela reste voisin des commandes professionnelles et des commandes des particuliers pour la personnalisation de cartes Magic.

«  Les NFT sont un marché très particulier »

Un marché très émergent, dont on n’a pas encore bien saisi tous les tenants et les aboutissants, notamment pour ce qui est de la conservation du patrimoine des auteurs. Beaucoup de NFT se font dans l’illégalité et beaucoup d’images sont volées aux artistes. Par exemple, Wizards of the Coast, l’éditeur de jeu de Magic et détenteur des droits de nos illustrations, adopte pour l’heure une position attentiste très prudente face à ce marché. Je suis parfaitement en accord avec eux, même si je reçois des sollicitations d’entrepreneurs qui souhaitent faire une collection de NFT. Pour ma part, j’observe de loin et j’attends. Je veux mieux comprendre et je veux mieux savoir comment ont va être protégés, comment nos œuvres vont être diffusées. La juridiction se fera à force de malversations, justement. Beaucoup de mes œuvres sont piratées, imprimées et vendues de façon illégale et il est aujourd’hui impossible de contrôler tout ça.

Retrouvez l’univers et l’actualité de Magali Villeneuve sur www.magali-villeneuve.com
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Magali Villeneuve

Bio Express

  • Magali Villeneuve
  • Naissance à Bordeaux en 1980
  • Autodidacte
  • Vit dans les Vosges depuis 2006
  • À collaboré avec : Fantasy Flight Games, Edge Entertainment, Edge Studio, Wizards of the Coast, Magic the Gathering
  • Auteur d’illustrations pour Le Seigneur des Anneaux, Star Wars, Le Trône de Fer, Warhammer, L’Appel de Cthulhu, Dungeons and Dragons, Warhmmer, etc.
  • Auteure de La Dernière Terre, un roman de Fantasy en 6 tomes
  • Création de l’affiche des imaginales en 2015.
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