Philippe Roussel présente son nouveau livre CD sur le Loup.
© L. Fallourd

Philippe Roussel connaît bien les enfants et les loups. La preuve : il écrit des chansons pour eux, depuis une trentaine d’années. Pendant le confinement, il a eu l’idée de composer chaque jour une comptine et de la poster sur les réseaux sociaux. Et il ne s’est pas arrêté en si bon chemin…

Comment cette idée est-elle née ?

Philippe Roussel – Je venais de finir un CD de comptines sur le loup ; j’ai d’ailleurs un projet de création avec un quatuor à cordes sous l’égide de Scène Vosges. Pendant le confinement, j’ai tenu un journal de bord personnel pour me souvenir des émotions que j’avais ressenties. Et j’ai décidé de poster chaque soir une chanson sur un thème différent, qui variait en fonction de mon humeur, de ce que j’avais lu ou entendu sur les réseaux sociaux, à la télé et à la radio. Ça rythmait ma journée. Le loup est un personnage archétype qui permet de dédramatiser les situations. Le premier jour, tout le monde parlait du virus et donnait son avis. Je me suis dit : et si le loup donnait lui aussi son avis ? On a peu parlé des enfants qui sont des personnes fragiles. On leur a peu donné la parole. Moi, j’ai décidé de mettre l’enfant au centre de ce que je faisais, modestement. Au début, c’était un peu un défi puis c’est devenu un acte artistique complet. J’ai pensé qu’il était dommage de le laisser aux oubliettes d’internet alors j’ai demandé à Claude Vautrin d’écrire des textes sous forme d’édito pour chacune d’elles. Le livre-disque sortira le 21 juin, date de la fête de la musique.

En quoi ce projet est-il innovant ?

P. R. – Habituellement, j’entre en studio. Je travaille durant plusieurs jours. Là, c’était différent : comme certains artistes qui peuvent faire un dessin en cinq minutes parce qu’ils ont mis quarante ans pour y arriver, techniquement, je peux écrire une chanson en quinze minutes. La musique vient en même temps. Je fredonne la mélodie dans ma tête. J’écris vite, je pose cinq-six accords avec ma guitare. C’est un premier jet, je ne retouche rien. Je n’ai pas cherché des mélodies très riches. Ce sont des « brouillons ». Pour financer ce projet, j’ai fait appel à un mécénat et ça marche plutôt bien. Le livre-disque sera en quadrichromie avec des illustrations de Philippe Jalbert. Ce projet m’a permis de sauver mon outil de travail. Au lieu de râler parce que je ne pouvais plus faire de spectacles et de demander de l’argent public, je me suis pris en charge ! Les chansons ont été enregistrées directement sur ma guitare. Le mastering a été fait par le studio Microclimat à Epinal et les CD ont été dupliqués par Média Industry à Sainte-Marguerite. Les livres ont été imprimés par l’imprimerie Ormont à Saint-Dié. Tout ce travail artistique sincère a été fait dans l’urgence.

Quel est votre meilleur souvenir ?

P. R. – Les gens m’ont vraiment porté. Ils m’écrivaient : on attend votre chanson avec impatience, chaque jour ! Vous faites partie de la famille ! Un jour, une dame m’a interpellé parce que le grand-père de son gamin était décédé. Ce jour-là, j’ai osé aborder le thème de la mort : le loup explique qu’on n’ira plus chez papi. Et la maman lui dit qu’il est parti et qu’il suffit de fermer les yeux pour le voir. Je me suis senti utile.

Projet Ulule :
www.ulule.com/les-brouillons-de-philippe-roussel/philippe-roussel.webnode.fr