Philippe Claudel sort deux nouveaux livres.
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Pour la sortie de ses deux nouveaux livres : L’Archipel du chien, roman évoquant le sort des migrants sur une île imaginaire et un ouvrage d’entretien sur son amour pour la montagne intitulé Le lieu essentiel, Philippe Claudel était de passage à Saint-Dié-des-Vosges, en voisin puisqu’il habite Dombasle et que les lecteurs déodatiens le suivent depuis ses débuts.

L’Archipel du chien est un roman qui a longtemps trotté dans la tête de l’écrivain avant de trouver sa forme définitive. Commencé il y a cinq ans, il se déroulait dans une communauté de bergers au cœur de la Patagonie. « Mais ça ne fonctionnait pas, ces corps échoués, en Patagonie ! J’ai arrêté au bout de cent pages » explique l’écrivain clairvoyant.

« J’ai attendu puis j’ai implanté l’action sur une île italienne. Mais le récit était trop journalistique. Un an après, le livre s’est écrit en continu. » Cet archipel existe d’une certaine façon puisque la racine latine de canari est la même que celle de chien. Et elle fait aussi référence au « cave canem » qui ornait les villas romaines et interdisait l’entrée aux étrangers. « On ne choisit pas un thème. On est choisi par lui » note Philippe Claudel.

« Hier, l’information mettait du temps à parvenir. Aujourd’hui, on en est saturé, on ne peut pas dire qu’on ne sait pas ce qui se passe en Méditerranée. Pourtant, les gens ne descendent pas dans la rue pour demander que ça cesse », s’étonne l’écrivain, conscient de vivre une époque de bouleversement migratoire et de recomposition des relations humaines. Et de se souvenir de l’arrivée des « boat people », des Italiens et des Polonais en Lorraine quand l’économie était florissante.

Le roman se joue des genres, reprenant les codes du roman policier à clef et du récit parabolique. Trois corps échouent sur cette île où l’on rêve de rester entre soi, loin du fracas du monde. Philippe Claudel pense comme Montesquieu que le climat et la géographie influencent le caractère des hommes. Jamais moraliste, l’écrivain propose des situations et au lecteur d’en tirer les conséquences.

A ceux qui s’insurgent de la noirceur du livre, il rétorque : « citez-moi un classique littéraire qui fait un autre portrait de l’homme ! » Et d’énumérer les plus grands écrivains : Pascal, Voltaire, Flaubert, Hugo, Zola qui, tous, dépeignaient des situations tragiques. Philippe Claudel n’a pas la prétention de pouvoir changer le monde avec son livre mais il espère que les choses évolueront grâce à des approches artistiques. « Un écrivain engagé, c’est presque un pléonasme ! »

L’homme évoque ensuite le lien privilégié qu’il entretient avec la montagne. Il a commencé, enfant, à se promener sur les chaumes vosgiennes chères à ses parents. Ce taiseux (qui parle quand même très bien face à ses lecteurs !) se définit comme « mi-homme mi sapin ». Sa découverte des Alpes à Chamonix a été un choc. « Il y a une contemplation monarchique du monde » quand on est en haut. « Tout me plait en montagne ! »

Interne à Lunéville, il se souvient de son espoir de mercredis pluvieux qui lui permettaient d’échapper à la promenade et de se rendre à la bibliothèque dévorer les livres sur l’alpinisme. Il a même écrit à son idole, l’alpiniste René Desmaison qui lui a répondu une très belle lettre (toujours sur son bureau) : « tu sais, si on veut quelque chose, on y arrive ! »

Il n’a jamais osé aller le rencontrer. Il n’a jamais osé non plus aborder Frison Roche qu’il a souvent croisé à Chamonix. Récemment, il a préfacé Premier de Cordée. « La montagne ramène à une forme de modestie. »

Muriele Charlet-Dreyfus