Bertrand Munier pose à côté du gisant de Victor Noir, au cimetière du Père Lachaise, à Paris.
© Alexandre Marchi

Journaliste, écrivain, homme de lettre passionnant et passionné, Bertrand Munier est un « caméléon », comme il aime à le dire, tant il est curieux de tout et aime partager les informations ou anecdotes qu’il possède. Son roman Victor Noir et son gisant turgescent est comme un hommage à un compatriote vosgien assassiné à Paris.

Bertrand Munier, journaliste, auteur, vous êtes surtout un amoureux des bons mots, friand de l’histoire vosgienne et de toutes les anecdotes qu’elle enferme. Comment vous est venue cette passion ?

Bertrand Munier – J’ai toujours été passionné par notre histoire, depuis le plus jeune âge, puisque à mes 5 ans, je voulais être journaliste. Je suis né à Épinal et j’ai grandi à Xertigny. Après un séjour à l’hôpital pour les amygdales et l’appendicite, on m’a offert les albums de Tintin et mon but s’est révélé rapidement : écrire et faire une BD. Et aujourd’hui, je suis le plus heureux car je suis journaliste, j’écris des livres et j’ai un projet de BD.

Votre 22e livre vient d’être publié et il porte sur Victor Noir, une personnalité du XIXe siècle, devenu un héros-martyr du Second Empire bien malgré lui, comme vous l’indiquez en sous-titre. Pourquoi lui avoir consacré un livre ?

B. M. – D’abord parce qu’il était un jeune journaliste ambitieux et aussi parce qu’il était vosgien de naissance, originaire de la petite commune d’Attigny, dans l’Ouest du département. Enfin, parce que, bien malgré-lui, Victor Noir est devenu un héros du Second Empire. Il incarne cette petite étincelle qui suffisait pour enflammer le peuple parisien et faire vaciller Napoléon.

Comment pouvez-vous résumer sa vie ?

B. M. – Assez simplement puisqu’il est mort à l’aube de ses 22 ans. Né dans le petit village d’Attigny, le 30 juillet 1848, sous le patronyme d’Yvan Salmon. Il adoptera le pseudonyme Noir, du nom de jeune fille de sa mère, en déménageant à Paris lorsqu’il débuta sa carrière. Mais il n’était pas spécialement journaliste, il était surtout « saute-ruisseau », c’est-à-dire coursier qui livrait des plis. Il entrera dans le journal anti-bonapartiste : la Marseillaise.

C’est cette embauche qui le mènera à sa disparition ?

B. M. – Oui et non. Il devait aller voir Pierre-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er. Sauf qu’il arrive le même jour que deux émissaires qui répondaient au duel lancé par le proche de l’empereur, suite à des insultes faites envers sa famille. Par méprise, Bonaparte tirera sur Noir en le blessant mortellement, la veille de son mariage. Et c’est la vindicte totale, 5 000 personnes se recueilleront sur sa dépouille, 200 000 personnes assisteront aux funérailles, alors qu’il n’était pas connu. Il était devenu le symbole du peuple, qu’il ne fallait pas toucher. Le procès qui suivra acquittera Bonaparte.

Et aujourd’hui, il est toujours connu mais pour tout autre chose…

B. M. – (rire) Oui, pour son gisant créé par le sculpteur Dalou, réalisé par l’artiste André Gill. La tombe de Victor Noir est la plus visitée du Père La Chaise, avec celle de Jim Morrison. Il faut savoir que les femmes se font enfermer volontairement, dans le cimetière, pour pouvoir aller se « recueillir » avec ferveur sur le gisant de « Totor » (rire). Toucher ou se frotter sur une certaine protubérance, accentuée par le déboutonnage de son pantalon, ainsi que sur son visage, pourrait redonner une certaine fécondité et offrir l’amour aux visiteuses.

Avez-vous d’autres ouvrages en préparation ?

B. M. – Oui, je ne manque pas de projets. Je travaille pour un magazine de tourisme L’Indigo Mag. J’ai plusieurs ouvrages en cours ou dans la tête, ainsi que la bande dessinée historique Les Mystères de la Lorraine, pour lequel je crée le récit qui devrait sortir au printemps 2020. La maison d’édition va faire des livres pour chaque département en retraçant leur histoire, de l’époque glaciaire à aujourd’hui. Je suis en charge de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges. Faire cette BD est une sorte de rêve qui se réalise depuis que j’ai découvert Tintin, c’était un désir caché. Je boucle la boucle en quelque sorte.

Victor Noir et son gisant turgescent

de Bertrand Munier, aux Éditions du Signe

Tarif : 20 euros