L'exposition sur l'immigration dans les Vosges, à découvrir aux Archives Départementales.
© Bigoni

Tout au long de son histoire le département des Vosges a connu de nombreux flux migratoires, notamment, consécutifs à des événements qui ont entraîné des disparitions humaines (guerres, pandémies…). Une histoire qui a forgé les contours des Vosges depuis 25 siècles, que tenteront d’expliquer et d’analyser les Archives départementales jusqu’en juin 2021, par le biais d’expositions, conférences, débats ou jeux pour petits et grands.

Après le succès de l’exposition Qu’est-ce qu’on mange, qui a « permis de doubler l’affluence, notamment lors des visites guidées », annonce fièrement le conservateur du patrimoine des Archives départementales, François Petrazoller, c’est l’histoire des Vosges et surtout celle des Vosgiens qui va être étudiée, analysée et retracée, durant de longs mois.

Qui sont les Vosgiens ? Ou plutôt, quelles sont leurs origines ? Situé au carrefour de l’Europe, le département des Vosges a su se construire et se reconstruire malgré les différents conflits, catastrophes météorologiques ou épidémies, qui ont considérablement affaibli le territoire, en terme de population.

Historiquement, le département des Vosges a connu « 7 vagues de migration dont la première date de la fin du Moyen-Âge, à la suite de la guerre de 100 ans. La migration est un outil pour réparer le territoire. Historiquement, c’est apporter une main d’œuvre bénéfique. « Il n’est de richesse que d’hommes », disait Jean Bodin à la Renaissance. Les vagues migratoires ont fait suite à des événements de type : guerre-destruction-reconstruction. La dernière en date étant la deuxième Guerre mondiale (1939-45) », explique François Petrazoller, qui a prévu un programme d’animations très complet autour de l’exposition, avec des conférences, des parcours historiques pour découvrir les différents métissages architecturaux, ou encore des ateliers créatifs.

7 périodes de vague migratoire

Des manifestations qui seront lancées le 19 septembre prochain, à l’occasion des Journées du Patrimoine avec les visites traditionnelles du service et la découverte du parcours de deux Vosgiennes sur l’exploration de la fabrication du papier d’Asie du Sud-Est, sous réserve des mesures sanitaires bien sûre.

En marge, c’est un jeu de piste grandeur nature qui sera proposé entre Épinal et Golbey, via l’application mobile Places des Vosges, qui guidera le public sur une dizaine de sites, en relation avec l’histoire des étrangers qui ont façonné notre territoire. « Un trésor sera à découvrir, bien sûr et un spectacle gratuit restituera des expériences de réfugiés », souffle le directeur des Archives Départementales, qui espère accueillir petits et grands.

Les scolaires bénéficieront d’ateliers pédagogiques en temps scolaire ou pendant les vacances et d’un projet d’éducation artistique porté par le Conseil départemental et le Rectorat, de dialogue avec un artiste, en vue de créer une chorégraphie ou une œuvre dramatique en liaison avec le thème des réfugiés et de l’immigration.

Enfin, un travail avec les Ehpad vosgiens invitera les participants à constituer une valise avec quelques objets qui appartiennent à leur histoire et qui reflètent leur parcours. Cinq valises seront mises en lumière en mars, par les Archives départementales et intégreront le circuit de visite commentée.

Une façon de retracer l’histoire migratoire des Vosges de façon ludique.

Exposition Poser nos valises

Du 18 septembre 2020 au 19 mars 2021

Archives Départementales, Épinal

https://.archives.vosges.fr

Luc Gerecke : « Une situation cosmopolite qui fait notre richesse »

Vice-président du Conseil départemental en charge de la culture et maire de Contrexéville, Luc Gerecke présente fièrement cette nouvelle exposition qui se tiendra durant six mois aux Archives départementales des Vosges.

Pouvez-vous présenter cette nouvelle exposition dévoilée par les Archives Départementales ?

Luc Gerecke Sur proposition de François Petrazoller, nous présentons cette exposition, Poser nos valises, sur l’évolution du département des Vosges et son immigration. Qu’est-ce que l’immigration ? Quels sont ses effets ? Sont-ils positifs ? Cette exposition permet de « remettre l’église au centre du village » comme le dit l’expression car, quand on fait le bilan, on remarque que nous sommes tous ou presque issus de l’immigration.

Comment se traduira cette manifestation pour le public ?

L. G. – C’est toute un semestre d’exposition, de conférences, de rencontres avec des artistes, de géographie et d’histoire de l’immigration, pendant les 25 siècles que les Vosges ont traversés. Des points forts, des jeux, des parcours ludiques, des créations théâtrales. Nous voulons démontrer que l’immigration est une richesse. La culture, on l’a vu pendant ce confinement, a un rôle important à jouer dans l’ouverture au monde. Le Conseil départemental a mis la culture et le sport au centre de ses préoccupations. Les Archives Départementales sont un beau vaisseau, parfois méconnu des Vosgiens, même si François Petrazoller et son équipe donnent une dynamique à cet établissement, qui remplit un rôle majeur sur notre département.

Vous-même, quelle image avez-vous de l’immigration ?

L. G. – Je suis né dans une cité ouvrière et dans ma classe, j’avais des Polonais, des Italiens, des Allemands… Dans les années 1960, j’avais beaucoup d’amis qui venaient du bassin méditerranéen ou d’anciennes colonies. Et dans les années 1970, les entreprises locales et la société des eaux affrétaient des bus pour aller chercher de la main d’œuvre dans les communautés comme les Portugais. L’immigration, c’est l’histoire des Vosges, une situation cosmopolite qui fait notre richesse.

Est-il vrai qu’aujourd’hui le département des Vosges connaît un petit exode ?

L. G. – Certainement avec les jeunes et les étudiants qui quittent le département pour poursuivre leurs études et ne reviennent pas. C’est une préoccupation importante pour le département. Pourtant, nous avons des entreprises, parfois leader mondial, qui peinent à recruter. On a un vrai savoir-faire dans ce département donc nous devons le valoriser pour empêcher cette fuite des étudiants. C’est aussi pour prouver ce dynamisme que nous avons lancé la marque Je vois la vie en Vosges, qui est reconnue nationalement désormais.

Crédit photos :©Bigoni, ©Archives départementales des Vosges