Fabien, à gauche, et Émilien, à droite, encerclent leur frère aîné Florent, sur la manche de Coupe du monde d'Oberhof, en janvier 2021.
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Émilien, Fabien et Florent Claude sont dans les starting-blocks pour débuter la saison internationale de biathlon. La fratrie originaire de Basse-sur-le-Rupt entend bien marquer d’un grand coup cette année olympique, qui pourrait les mener, tous les trois, à Pékin, pour les prochains JO d’hiver. Une originalité vosgienne puisque la dernière fratrie de trois à avoir représenté la France aux JO était les sœurs Leduc de Ventron.

Cette nouvelle saison qui se profile s’annonce très importante pour vos carrières respectives. Pouvez-vous indiquer quelles sont vos objectifs ?

Fabien Claude – Elle s’annonce palpitante avec en ligne de mire les JO de Tokyo. Là-bas, nous allons chercher à faire de grosses performances. Mais avant d’envisager les JO, il faut d’abord penser à décrocher de grosses perfs en Coupe du Monde. Le niveau du groupe France nous oblige à toujours être au plus haut, étant donné les résultats et le potentiel de chacun de ses membres. On ne peut pas se contenter d’une 30e place. Je m’entraîne toute l’année pour aller chercher le Graal. Bien sûr, on peut tomber sur plus fort mais il faut tout mettre en place et ne pas avoir de regret au final.

Fabien Claude

Fabien : « Le groupe France oblige à toujours être au max »

Florent Claude – L’objectif principal ce sont les JO donc il faudra arriver le mieux préparé pour cet événement et aller chercher la plus belle place possible. Malgré cette échéance, il ne faudra pas négliger les rendez-vous en Coupe du Monde. C’est celui qui réussira à le mieux gérer ses compétitions en parallèle qui réussira sa saison. L’approche des JO devra se faire comme si c’était des mondiaux, sans se mettre de pression supplémentaire. En sélection belge, 5 athlètes postulent pour les JO. Thierry Langer et moi sommes certains d’être dans la sélection, sauf blessure. Mais, je veux y aller pour performer et pas pour faire de la figuration. Comme en Coupe du Monde, je n’en garde pas sous la semelle, je donnerai tout à chaque course. Mon ambition en Coupe du Monde, j’aimerais faire quelques tops 10, quelques tops 5, voire mieux car c’est à ma portée, tout en gagnant du ranking mondial, dans les 20 ou 25 premiers.

Émilien Claude – Forcément l’objectif principal de tout biathlète, c’est d’aller aux JO mais forcément pour y parvenir, il y aura d’autres courses à réussir. Je sais que je vais devoir être performant sur les premières courses IBU Cup en début de saison et en Coupe du Monde. L’objectif est d’enchaîner les performances et d’avoir une forme constante tout au long de la saison. Actuellement, je suis en équipe de France B mais il y aura une place de disponible en début de saison chez les A. 5 compétiteurs sont protégés, dont Fabien, il faudra donc être rapidement performant. Mais, être en B n’est pas une punition, le circuit IBU cup est beau et il permet de gagner de l’expérience. Il y a une prépa jusqu’à novembre et dès la seconde étape, il peut y avoir des places en Coupe du Monde.

Du 4 au 20 février, se profilent les Jeux Olympiques de Pékin. Retrouver les trois frères Claude sur ses olympiades serait quelque choses d’exceptionnel ? C’est crédible de voir les 3 frères Claude à Pékin ou il n’y a aucune garantie ?

Fabien – On l’espère. Déjà, nous retrouver tous les 3 en Coupe du Monde l’an dernier était quelque chose d’exceptionnel. Mais, il y a pas mal de travail à faire avant d’envisager un tel scénario aux JO. Il faudra que l’on se concentre sur notre propre saison avant de l’envisager. Les sélections en Équipe de France s’arrêteront mi-janvier, donc nous aurons un mois et demi de compétition avant pour montrer notre potentiel et notre valeur aux sélectionneurs. La sélection est basée sur les résultats du début de saison, forcément, mais le passé du biathlète entrera en compte. Nous n’avons pas de minimas olympiques à faire pour nous qualifier avec l’équipe de France. C’est la fédération, via les sélectionneurs nationaux, qui choisira mi-janvier les quatre titulaires et les deux remplaçants qui composeront le groupe France aux JO. Le premier remplaçant aura un rôle décisif donc il faudra être prêt à tout moment. Le 2e remplaçant sera, lui, en observation de l’ambiance olympique. Il devrait donc être plus jeune. Les rôles de chacun seront définis avant de partir à Pékin.

Florent Claude

Florent : « Un rêve d’enfant de participer tous les 3 aux JO »

Florent – C’est clair que ça serait vraiment notre rêve d’enfant qui se réaliserait, d’être tous les trois aux JO. Moi, j’ai déjà eu la chance d’être à Pyeongchang (Corée-du-Sud) en 2018. J’ai déjà l’expérience pour savoir comment l’aborder. J’ai plus de garanties d’y être que Fabien et Émilien puisque je suis en sélection Belge et que le niveau est moins important qu’en équipe de France. Fabien a de fortes chances d’en faire partie. Émilien peut déjà y prétendre mais ça sera compliqué. C’est son objectif mais s’il ne l’atteint pas, ça ne sera pas un drame. On a été la première fratrie de 3 à prendre part à une Coupe du Monde de biathlon. Ça serait beau de marquer l’histoire de notre discipline aux JO.

Émilien – Oui, être tous les trois aux JO serait magique. C’était déjà un vrai régal de prendre part à la même manche de Coupe du Monde l’an dernier. Ça motive un peu plus. Tout est vraiment possible.

Comment avez-vous préparé cette saison hivernale ? Avez-vous fait une préparation entre frères ou individuellement ?

Fabien – Ma préparation a débuté le 1er mai, pour la saison hivernale qui arrive. Elle était axée sur l’aérobie, des séances d’explosivité sans haute intensité. De mi-juin à mi-septembre, j’ai enchaîné par une grosse période de travail : 3 h à 5 h par jour et jusqu’à 90 h par mois. J’ai fait beaucoup de ski à roulette, musculation, vélo et tir. Cette année, comme en 2020, mon retour à la compétition a été ajourné. L’an dernier, c’était à cause de la Covid. Cette année, je me suis mis une écharde dans le pied et j’ai été encombré pendant une dizaine de jours. J’ai été opéré récemment mais je continue de m’entrainer. Nous faisons très peu d’entraînements en solo car nous sommes entre 12 et 15 jours par mois en stage. Généralement, Florent se calque sur mon calendrier. Ça nous challenge mutuellement. Tout comme avec Emilien même s’il s’entraine davantage avec le groupe France B.

Florent – J’ai repris aussi le 1er mai après 2 semaines de coupure en avril. J’ai beaucoup travaillé l’endurance. Puis grosse base de volume, entre juillet à octobre, avec beaucoup de ski à roulette, VTT, vélo, musculation, de l’endurance force et bien sûr du tir. On a un programme annuel en solo mais quand on n’est pas en stage avec les équipes nationales, on essaye de se retrouver entre frères, dans le Jura ou dans les Vosges.

Émilien – J’aime m’entraîner avec mes frères mais je n’en ai pas souvent l’occasion. Mais, j’ai eu un gros été de préparation. J’ai eu quelques problèmes début septembre avec mon bras et mon pied, donc mes entraînements ont été tronqués. Je suis gêné par mon bras, depuis le 20 août, car je souffre d’une tendinite au biceps brachial, ainsi que d’une entorse de la cheville, qui s’est déclarée une semaine avant le « summer ». C’est finalement un mal pour un bien car j’étais cuit avant ce stage. Donc les jours de repos avant les Championnats de France d’été m’ont fait du bien. J’ai eu un problème lors de la première course sur ma vitesse à ski. Un défaut que j’ai mieux géré à la poursuite le dimanche. J’ai fait trop d’erreurs au tir. Un week-end moyen en termes de performance mais qui a pu révéler les axes à progresser avant le début de saison.

Pour finir, comment évaluez-vous vos deux frères ? Sont-ils encore en pleine progression ou ont-ils atteint un palier ?

Fabien – Mon frère aîné, Florent, commence enfin à s’exprimer dans sa nouvelle équipe nationale de Belgique. Il a eu un passage compliqué où il a dû changer pas mal de choses. Emilien, lui, a un gros potentiel et j’espère qu’il va performer en IBU Cup, pour faire son retour en Coupe du Monde et espérer une place aux JO. Il nous a rempli de fierté avec ses 3 médailles d’or obtenues aux derniers mondiaux juniors et il a assumé les attentes placées en lui. S’il peut le refaire, tant mieux. J’ai l’impression qu’il ne grille pas les étapes. L’an dernier, il a fait la saison qu’il fallait avant d’être intégré dans le groupe A. Il faut renouveler cette année.

Florent – Depuis 2 ans, Fabien a prouvé qu’il était un des meilleurs au monde. À son meilleur niveau, il peut jouer le podium, voir la gagne. Il a un tir de plus en plus stable et c’est typiquement la confiance qui peut tout décider. Il peut être la bonne surprise de ces JO ! Émilien est en grosse progression. Il a plutôt bien débuté cette saison aux Championnats d’été. Il a de gros objectifs pour sa première année en senior. Il va passer par la case sélection et s’imposer au sein de l’équipe de France A. Aujourd’hui, les cinq biathlètes en place sont très bons mais Émilien a un niveau de tir et un physique qui prouve qu’il peut aller chercher un bon résultat. Je ne serais pas surpris qu’il fasse rapidement un top 10. Il a la chance d’avoir nos expériences à Fabien et moi pour éviter de faire les mêmes erreurs. Il sait ce qu’il doit faire pour y arriver donc il gagne des étapes.

Émilien : « La perte de notre papa nous a fait passer un cap dans nos têtes »

Émilien – Je pense que Fabien a passé un palier au niveau du tir, en quelques mois. Depuis la perte de notre papa, on ressent qu’il a passé un cap au niveau du mental. C’est d’ailleurs un peu le cas pour tous les trois, nous remettons les choses à leur juste valeur. C’est flagrant pour Fabien au tir car il stagnait à 80 % de réussite et il est en train de régler ça. Il va certainement faire une bonne saison. Je pense qu’il arrive dans les plus belles années de sa carrière. Je pense qu’il est largement capable de faire un podium aux JO. Florent, lui, est plus sur la fin de sa carrière. Il peut encore progresser avec l’équipe de Belgique. Il a fait de bons championnats d’été. J’ai l’impression que ça l’a reboosté.