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Hugues Obry : « Épinal est une ville d’escrime qui compte en France »

Le 19 mai 2022 par Jordane Rommevaux
L'entraîneur et manager de l'équipe de France, Hugues Obry, s'est confié à 100% Vosges.
L'entraîneur et manager de l'équipe de France, Hugues Obry, s'est confié à 100% Vosges.
© China.org

On ne s’en rend peut-être pas toujours compte mais la ville d’Épinal fait partie des villes importante dans l’escrime nationale, grâce aux résultats de plus en plus probants de son club, du travail de son maître d’armes Stéphane Jouve et de l’attention des élus, pour faire évoluer les infrastructures. Rencontre avec le manager-entraîneur national, Hugues Obry, qui sera en stage à Épinal, avec l’équipe de France, en septembre prochain.

Hugues, la ville d’Épinal est en train de signer un partenariat avec la fédération française d’escrime, dans le cadre du projet « Terre des Jeux 2024 », pour accueillir les équipes de France en stage de préparation, dans la salle d’armes de la Société d’escrime spinalienne. Pourquoi la fédération a-t-elle choisi Épinal ?

Hugues Obry – Premièrement, parce que c’est une ville d’escrime qui compte en France. Le maître d’armes, Stéphane Jouve est un ami et je sais qu’il a toujours voulu œuvrer pour l’escrime, en particulier l’épée donc quand il m’a proposé d’accueillir des stages de l’Équipe de France, à Épinal, j’ai accepté et j’ai foncé tête baissée car je savais que nous serions bien accueillis et que nous arrivions sur une terre d’escrime.

Quand débuterez-vous ce premier stage de l’équipe de France ?

Nous avons décidé, d’un commun accord, de commencer le premier stage pendant la 2e semaine de septembre, pour utiliser pleinement les possibilités que nous offre Épinal. Ce stage sera idéal pour préparer la saison 2022-2023. C’était le mieux d’avoir un coup d’avance et de mettre ça début septembre. Mais, outre l’aspect préparation des membres de l’équipe de France, j’ai recherché avec Stéphane quel était le meilleur moment pour le club, afin que tous les licenciés du club profitent de notre venue.

Hugues Obry à Paris, en septembre 2021.

Les échanges avec les nouvelles générations d’épéistes, c’est aussi l’une des raisons de faire des stages en dehors de l’INSEP ?

Quand on fait un stage dans notre pays, dans les clubs, c’est aussi pour leur donner la proximité avec les jeunes et le maître d’armes. C’est important de montrer qu’on est proche d’eux et du territoire. Il y a une notion de partage que je veux inculquer à nos champions, parce que c’est important de rester proche de la réalité du quotidien et des problématiques des clubs. Même si Épinal n’est plus un petit club, il permet de retrouver l’ADN qui a fait que nous avons atteint le haut niveau. C’est la base de notre progression aussi.

Ce partenariat augure d’une préparation importante en vue des prochaines échéances des internationaux Français et surtout des JO de Paris 2024. Quelles sont les décisions que vous allez prendre pour être ambitieux ?

Nous, avec Gautier Grumier, nous avons voulu créer une certaine dynamique en instaurant de la concurrence et en travaillant sur le haut niveau. Si on veut gagner en 2024, il faut réapprendre à gagner régulièrement. Notre discours a tout de suite pris car nous leur donnons des pistes pour gagner et ils se rendent compte que c’est atteignable. Quand on gagne des Coupes du monde en individuel, c’est bien. Maintenant, il faut gagner en équipe et je sais que ça va arriver. Ça leur fera un bien fou.

Quel regard portez-vous sur cette équipe de France, que vous avez reprise en main en septembre dernier, après 5 ans en Chine ?

Aujourd’hui, sans prétention, j’estime que nous avons le collectif le plus fort et que nous sommes la nation à abattre. Lorsqu’on aura réussi à trouver les bons réglages dans l’équipe, je pense qu’on pourra envisager une victoire collective. C’est cette envie de gagner qu’il faut cultiver.

Les jeunes générations sont-elles prometteuses ?

On avait et on a encore des jeunes qui performent à l’international, notamment chez les juniors. Mais, ils ne sont pas assez bien préparés pour obtenir rapidement des résultats en seniors. Le passage entre junior et senior est très important. Romain Cannone, par exemple, n’a pas été champion du monde junior. J’ai l’impression que l’on demande des résultats trop tôt, en oubliant la formation de base. Il faut peut-être oublier un peu les médailles et repasser par les fondamentaux.

Lors des précédents JO, Romain Cannone, justement, a réussi, à la surprise générale, à s’offrir le titre olympique en épée. Il vient d’ailleurs de remporter sa première manche de Coupe du monde. C’est une belle preuve que dans la vie, comme en escrime, rien n’est écrit à l’avance ?

Déjà, il faut rappeler que c’était une grosse surprise (rire). Il est tout nouveau et tout neuf et ce que j’adore dans son histoire, c’est que ça ouvre des perspectives à des gens qui s’interdisaient de rêver. Il a montré que c’était possible et il a ouvert la voie. Il a des capacités et il n’a certainement pas pu le mettre en place chez les juniors. Il n’assumait peut-être pas son jeu. Maintenant, nous lui faisons comprendre qu’il peut garder sa nature et sa folie, tout en devenant régulier. Il a une grande soif d’apprendre.

C’est un parcours atypique mais peut-il devenir le leader de l’équipe de France ?

Il a commencé par le plus dur : décrocher le Graal olympique. Donc là, il doit remplir les objectifs pour être numéro 1 mondial, remporter sa première compétition, sa première coupe du monde. Il est en train de remplir ça. C’est un garçon qui est animé par la concurrence, qui lui donne une décharge d’adrénaline.

L’équipe de France d’épée, de gauche à droite : Romain Cannone, Nelson Lopez-Poutier, Gautier Grumier, Alexandre Bardenet, Hugues Obry et Yannick Borel.

Romain Cannone, comme de nombreux internationaux, sera à Épinal pour les Championnats de France, les 21 et 22 mai. Quel regard portez-vous sur cette compétition ?

Bien sûr, je vais suivre sur internet tous les matchs de ces Championnats de France. Il faut préciser que vous aurez la chance d’avoir à Épinal quelques-uns des mecs qui composent le top 10 mondial. De toute façon, il n’y a pas de petites compétitions. Pour performer, ça passe par des victoires sur les Championnats de France, pour qualifier son club au Championnat d’Europe.

Quels sont les compétiteurs et les clubs que vous suivrez attentivement ?

Le club de Rodez, avec Alexandre Bardenet, devrait faire partie des favoris, tout comme les clubs de Saint-Gratien, avec ses 3 internationaux dont 1 Colombien, ou encore la grosse machine qu’est Levallois. Chez les outsiders, je verrais bien Saint-Maur avec Romain Cannone en dynamiteur des performances de son club. Je pense qu’ils peuvent jouer le titre en finale. Ça ne sera pas forcément l’équipe la plus impressionnante qui l’emportera au final. En gros, il y a 5 clubs qui peuvent jouer le titre. D’ailleurs, Épinal avec Cimini, s’ils avaient pu se qualifier, aurait pu tirer son épingle du jeu.

Quel lien entretenez-vous avec Stéphane Jouve, le maître d’armes d’Épinal ?

On se connaît depuis longtemps car on se croisait sur les pistes dans notre jeunesse. En devenant entraîneur, on a toujours gardé contact, avec la volonté de faire évoluer notre discipline. C’est quelqu’un qui fait beaucoup pour son sport dans sa ville. Il faut les garder et les aider les gars comme ça (rire). D’ailleurs, il y a un parallèle intéressant entre lui et moi car, moi aussi, je viens d’un club qui était la capitale de l’épée européenne : Saint-Gratien, alors que c’est une petite ville de 20 000 habitants. Ça prouve encore une fois que les grands clubs ne sont pas forcément dans les grosses villes. Stéphane et moi sommes amis depuis longtemps. D’ailleurs, même lorsque j’étais en Chine, il me demandait des conseils pour la formation de ses élèves, mais aussi la carrière des plus prometteurs comme celle de Quentin et Lola Lucani, ou encore de sa fille Éléa.

Les JO 2024 approchent et dans les Vosges, on rêve tous de voir Lola Lucani, ou sa sœur Éléa Jouve, participer. Pensez-vous que c’est possible ?

Je ne gère pas les sélections féminines mais Lola comme Éléa peuvent tout à fait prétendre à faire partie de la sélection. C’est un travail au quotidien, entouré des meilleurs. Il n’y a que comme cela que l’on progresse. Si en France, elles ne peuvent s’entraîner avec la concurrence, pourquoi ne pas se rapprocher de la Belgique ou de l’Allemagne. Les Vosges ont l’avantage d’être proches de ces pays.

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