Il pensait avoir pris ses distances avec les terrains. Puis le téléphone a sonné. Yanis Rouani lui a proposé de reprendre les U17 R1 du SAS Épinal, dans l’urgence. Aurélien Pinto a accepté. Une décision qui s’explique autant par l’occasion de retrouver le coaching que par l’histoire qui le lie au club spinalien, qu’il a rejoint à l’âge de 13 ans et où il avait notamment encadré la génération U19 nationaux aux côtés d’Alex Bigoni en 2019, puis l’équipe C en R3 avec Loïc Demangeon.
« J’ai grandi en tant qu’homme et footballeur avec le club », rappelle-t-il. Depuis, le SAS a changé, mais certains de ceux qui ont marqué son parcours y sont toujours présents. Et l’attachement n’a pas disparu. « Le club m’a donné. Dès qu’on me sollicite et que je le peux, j’essaie de rendre. » Une fidélité que partagent aussi d’anciens joueurs comme Olivier Robin et Jonathan Gonçalves, toujours investis auprès des jeunes. « Quand on a goûté à ce club, on y revient forcément. On est piqué », sourit-il.
Former avant de chercher le résultat à tout prix
En début de saison, Pierre Clavier avait pris les commandes des U17 R1. Contraint de quitter son poste pour des raisons professionnelles, il a laissé l’équipe dans l’attente d’un nouvel éducateur. C’est dans ce contexte qu’Aurélien Pinto a été sollicité par Yanis Rouani pour assurer la relève. Depuis son arrivée, il a dirigé trois rencontres, avec une victoire et une défaite en championnat, ainsi qu’une qualification en Coupe du Grand Est.
Mais c’est surtout le projet sportif qui a conforté son choix. Présentée par Yanis Rouani, l’orientation du club accorde une place centrale à la progression de chaque joueur. L’idée n’est pas seulement de construire une équipe performante, mais de permettre aux éléments les plus prometteurs de franchir un cap. « On va être plus dans la formation d’un joueur. Celui qui sera en capacité de jouer plus haut, on le fera évoluer naturellement », explique-t-il.
Cette priorité donnée à l’individu ne signifie pas que le collectif passe au second plan. Compétiteur, Aurélien Pinto veut aussi installer une exigence dans le travail et donner aux jeunes l’envie de gagner. « L’idée, c’est de transmettre le goût de la victoire aux garçons, continuer à les former et les faire intégrer à la catégorie supérieure pour ceux qui le peuvent. »
À plus long terme, cette politique de formation doit aussi permettre aux jeunes les plus prometteurs de viser plus haut. Aurélien Pinto cite notamment les U16 de cette saison, entraînés par Lucas Perrin, dont il souligne le potentiel. Il entrevoit ainsi la possibilité de voir émerger une génération capable d’atteindre le niveau national.
« Nous, à part Téléfoot et les cassettes de Jean-Pierre Papin, on n’avait rien ! »
Encore en phase de découverte de son groupe, l’ancien défenseur central apprécie les qualités techniques de ses joueurs. Il s’interroge toutefois sur leur rapport au travail et à la compétition. « Ils sont doués, mais j’ai l’impression qu’ils sont moins travailleurs que nous, les générations de l’époque. Ils n’ont pas forcément ce goût naturel de la victoire », constate-t-il, en prenant soin de préciser qu’il s’agit d’un premier ressenti.
Il voit aussi une génération davantage tournée vers la technique et la recherche du beau geste, parfois au détriment de l’efficacité et de l’esprit de compétition. Une différence qu’il relie en partie à l’évolution des habitudes. Aujourd’hui, les jeunes ont accès à une quantité de vidéos qui leur permettent d’observer les meilleurs, de décortiquer leurs gestes et de les reproduire. À son époque, les sources d’inspiration étaient plus limitées. « Maintenant, avec les réseaux sociaux, ça va vite. Nous, à part Téléfoot et les cassettes de Jean-Pierre Papin, on n’avait rien ! », lance-t-il avec amusement.
Pas question pour autant de tirer des conclusions définitives après quelques semaines. L’ancien joueur de l’ES Thaon sait qu’il lui reste à découvrir son effectif et à mesurer sa capacité à répondre aux exigences qu’il souhaite lui transmettre. Son défi sera de faire cohabiter le talent, la progression individuelle et cette culture de la gagne à laquelle il reste attaché.
Le portrait chinois d’Aurélien Pinto
Son joueur modèle : Fernando Redondo
« Ça reste un modèle. »
Son club préféré : le Real Madrid
Un choix qui prolonge son admiration pour Fernando Redondo, passé par le club madrilène à la fin des années 1990 et au début des années 2000.
Son plus beau souvenir : la Coupe de France face au PSG en 2008
Au-delà de l’affiche, c’est aussi le souvenir d’un moment partagé avec ses proches. Sa famille était dans les tribunes pour cette rencontre qui a marqué son parcours. « C’était une belle fête au club. Ce genre de match génère beaucoup d’émotions, peu importe le résultat. » Une soirée qui lui rappelle ce que le football peut provoquer.
Son plus grand regret : avoir eu moins de possibilités pour se faire repérer
À l’époque où il cherchait à se rapprocher du monde professionnel, les démarches étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. « On n’avait pas d’agent comme maintenant. Pour contacter un club, il fallait passer une annonce dans France Football ! » Les réseaux et les outils actuels facilitent, selon lui, la mise en relation avec les clubs, sans pour autant garantir une carrière professionnelle. Il ne nourrit cependant aucune amertume sur son parcours. « Je suis content d’avoir fait ce que j’ai fait dans le foot. Je n’ai aucun regret, loin de là. »
L’équipe la plus forte dans laquelle il a joué : l’ES Thaon de 2002
Aurélien Pinto garde un souvenir particulier de la saison 2001-2002 avec l’équipe première de l’ES Thaon, qui avait décroché la montée de DH en CFA 2. Pour lui, cette aventure avait une saveur particulière, car c’était sa première expérience en équipe première à Thaon, au sein d’un groupe dont peu de monde imaginait qu’il irait aussi loin. « Une saison inoubliable. Personne ne nous attendait, c’était la surprise. »
Près de 25 ans plus tard, cette épopée reste un sujet de discussion entre ceux qui l’ont vécue. « J’aurais pu évidemment citer Épinal, mais instinctivement, je pense à cette équipe de Thaon. La preuve, on en parle encore aujourd’hui, notamment au Bar des Templiers avec Willy Kalcic, Bruno Veillon, Julien Kipfer et Djamel Menai des joueurs d’expérience qui avaient guidé l’équipe. » Un souvenir qui s’est construit au fil des mois, dans la vie d’un groupe, et dont l’émotion reste intacte.