Denis Dagneau, directeur d’agence de l’Office National des Forêts à Épinal
© J.F Hamard

Le directeur d’agence de l’Office National des Forêts à Épinal, sera présent au Salon Habitat et Bois pour animer l’atelier « Goûtez la forêt » et présenter le fruit de leurs dernières réflexions sur la valorisation de la filière. L’occasion de sensibiliser sur l’importance de nos forêts.

L’ONF participera au prochain Salon Habitat et Bois. Pouvez-vous présenter comment se traduira votre participation ?

Habituellement, nous participons dans un format plus institutionnel en sensibilisant le public sur l’évolution climatique. Cette année, nous allons innover en présentant les forêts d’exception du sud du département des Vosges. Notre fil conducteur sera : la forêt et le bois en transition. L’idée est de communiquer sur la protection du bois et sur les initiatives que nous faisons pour le public en balade. Nous présenterons aussi diverses activités liées à la forêt, comme la sylvothérapie ou le sport. Notre slogan est « accueillir pour mieux protéger, en ne laissant pas faire n’importe quoi ».

Quel message souhaitez-vous faire passer, par votre présence sur le salon ?

Nous proposerons une approche sur ce que nous pouvons faire telles que des plateformes yoga et d’autres activités adaptées à ce qu’attendent les élus et les gens en général. Notre volonté est de sensibiliser sur le changement climatique. On crée la forêt de demain. Pour la renouveler, le facteur à maitriser est de réguler les chevreuils, cerfs et sangliers, car leur population a été multipliée par 10 en 30 ans. C’est un sujet délicat car les amoureux des animaux ne comprennent pas le travail des chasseurs, qui est pourtant primordial. Nous profitons de notre présence au salon pour mieux l’expliquer au public

J.F Hamard

Comment essayerez-vous de convaincre ?

En vantant les mérites de nos forêts et des trésors dont elles regorgent. Nous lançons l’atelier « goûtez la forêt » qui proposera de découvrir tous les aliments que notre forêt offre : espèces végétales avec fruits et champignons, mais aussi le gibier. N’oublions pas que nous sommes des chasseurs cueilleurs au départ. Nous aurons la présence du Chef Olivier Pichot qui nous fera la lumière sur ces produits, comment les consommer et proposera des dégustations. Nous serons associés à la fédération des chasseurs et Fibois Grand-Est.

Pouvez-vous nous présenter le Chef Pichot ?

C’est un Vosgien d’adoption qui a été, durant plusieurs années, chef dans plusieurs restaurants étoilés. Il a collaboré avec McDo monde pour instaurer l’utilisation de produits locaux. Depuis quelques temps, il se décrit comme « paysan-restaurateur ». Installé à La Bresse, il élève ses animaux (vaches, porcs) et sort ses propres produits. Il a créé le burger forestier, à base de gibier, que j’ai pu goûter récemment à Xertigny. Des dégustations de terrines seront proposées sur le stand et il va s’entourer de jeunes du lycée hôtelier de Gérardmer pour débattre sur la nécessité de chasser.

Il y a quelques semaines, le directeur de l’ENSTIB, Laurent Bléron, ventait la qualité du bois vosgien, notamment avec la reconstruction de la flèche de Notre-Dame de Paris, qui utilise des chênes vosgiens. En quoi les forêts vosgiennes sont-elles de qualité ?

La première des qualités porte sur le fait que le département des Vosges est le seul à avoir une filière complète. Des arbres feuillus et résineux exceptionnels tant en volume que dans leur qualité. Une forêt diversifiée car elle compte de nombreuses variétés et nous tenons à poursuivre sur cet élan diversifié à l’avenir. Notre forêt est dite « mosaïque » avec les différentes essences qui la composent. De plus, de nombreuses formations sont proposées dans le département, sur les métiers du bois, à Mirecourt, Enstib, CFA, AFPA, pour ne citer qu’eux. On peut se former sur tous les métiers possibles dans les Vosges et ça c’est unique en France. On peut dire que nous sommes en autarcie pour les bois car nous pouvons tout gérer dans le département.

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Le climat changeant et le réchauffement climatique, entraîneront-ils un changement de végétation, dans les prochaines années ?

Nos forêts sont à 50/50 feuillues et résineuses. Dès aujourd’hui, nous sommes obligés de penser à la forêt de demain car les essences vont devenir plus méditerranéenne. Si les sapins en place meurent, nous les remplaçons par des essences plus adaptées au climat du sud, car nous savons que dans les 50 prochaines années, le climat sera plus chaud et sec. On veut garder une forêt la plus équilibrée possible.

Nos forêts souffrent du scolyte depuis quelques années. Est-ce inquiétant pour l’avenir ?

Le scolyte est présent depuis plusieurs dizaines d’années. Il touche davantage nos forêts depuis 3 ans car nous sommes fortement touchés par la sècheresse et la canicule. Un arbre pas assez alimenté en eau ne peut se défendre contre l’insecte. Ce sont des cycles naturels comme l’apparition des chenilles processionnaires dans les chênes. On va passer d’une explosion à un ralentissement total grâce au printemps humide et été doux, que nous avons eu cette année. C’est à nous de rendre la forêt la plus naturelle possible en préservant les sols.

On sait que le bois est de plus en plus prisé dans les constructions. Est-ce préjudiciables pour nos forêts ?

Un arbre se construit en un siècle. Aujourd’hui, la forêt est comme elle est. Lorsqu’on a planté des épicéas au début du XXe siècle, c’était pour les mines. Sauf que depuis 1920, les mines ont disparu. Toutes les filières bois s’adaptent à la matière. On prend le bois qu’on a et on fait avec. Autre exemple avec le retour du bois de meuble non traité et avec des nœuds, qui a longtemps été délaissé.

Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges est reconnu par l’UNESCO pour ses vieilles forêts. Il y a quelques mois, également, c’est le massif forestier de Darney qui était distingué par le label « Forêt d’exception ». Ce sont des signes de qualité de notre patrimoine forestier ?

On travaille sur l’obtention du label, pour la Sainte-Catherine 2023 (25 novembre). 70 communes qui s’engagent pour valoriser ce territoire. On veut montrer que la forêt est un enjeu pour notre territoire car il est important pour l’image et pour le tourisme.