Aude Balland est la créatrice des culottes menstruelles "Bonne Semaine"
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Des culottes menstruelles 100 % vosgiennes, c’est possible avec « Bonne Semaine » ! Aude Balland, installée au Girmont Val-d’Ajol, est à l’origine de ce tout jeune projet qui fait du bien à la planète, au portefeuille et à la santé ! Ces culottes sont confectionnées en coton bio, produit à Saint-Nabord chez La Maille Verte, la membrane imperméable est fabriquée à Gérardmer chez Crouvezier et seul le tissu absorbant vient d’Italie, puisqu’il ne se fabrique plus en France. Enfin, le tout est assemblé par un chantier solidaire. Une solution menstruelle locale proposée par Aude Balland. Rencontre.

Parlez-nous de votre projet « Bonne semaine » ?

Aude Balland – C’est un projet textile permaculturel. En permaculture, on raisonne en fonction de ce qui est endémique… Et dans les Vosges, on a encore du textile ! L’acteur le plus proche de chez moi, c’était la Maille Verte, à Saint-Nabord. C’est un peu l’OVNI du textile vosgien, puisqu’ils sont les seuls à faire du jersey, du tricotage et qui proposent donc de la maille extensible, contrairement au tissu chaine et trame pour le linge de lit par exemple. Maintenant, le projet vient du fait qu’on est tout de même en 2021, avec des préoccupations écologiques importantes. Nous avons conscience que, quand on commande sur internet, à l’autre bout du monde, quand on est client de la « Fast Fashion », on vote indirectement avec notre carte bleue. Alors, dans ce projet, il y a un réel pendant politique, sans pour autant tomber dans le militantisme total. Je pense qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes ont envie de consommer local, de manière raisonnée ! De faire moins d’achats, mais qu’ils soient pertinents.

Comment vous est venue l’idée ?

A.B. – Je viens du milieu pharmaceutique, et je pense que j’ai une sensibilité particulière. Lorsque j’étais derrière le comptoir, je travaillais avec des produits qui nourrissaient la flore intestinale et vaginale. Je voyais des femmes qui avaient des problèmes gynécologiques et qui avaient un matériel menstruel inadapté. Au final, la culotte menstruelle de « Bonne Semaine », c’est un produit qui est au carrefour de tout : de l’économie, de l’écologie et du bien-être de la femme ! Si l’on met tous nos cycles bout à bout, nous aurons nos règles pendant 8 ans ! À partir de là, je pense que l’on mérite d’office d’avoir un matériel menstruel qui soit sain pour nous, pour l’environnement, et surtout que l’on puisse oublier au maximum notre cycle. Et personnellement, en tant que femme, j’ai pu tester un tas de choses ! La culotte menstruelle, je la fabrique depuis plusieurs années maintenant, et c’est vraiment ce qui m’a apporté le plus de satisfaction sur toute la ligne. Et ce que j’aime beaucoup, c’est qu’elle n’interdit aucun autre matériel menstruel, vous pouvez utiliser une serviette réutilisable ou une coupe menstruelle en plus pour être sûre. J’ai des mamans, qui ont des souvenirs pas très sympas du collège et qui investissent beaucoup pour leurs filles, la taille 12-14 marche bien !

En ce moment, nous pouvons voir que ces produits réutilisables, comme les serviettes, les culottes et les coupes menstruelles se démocratisent de plus en plus, et commencent à avoir des prix abordables. Dans ce marché du matériel menstruel, votre culotte a sa petite particularité : elle est entièrement fabriquée dans les Vosges.

A.B. – Complètement. On a le tissu qui est fabriqué dans les Vosges, la membrane imperméable est contrecollée à Gérardmer, seul le tissu absorbant est importé d’Italie. Car, info dingue, en France on ne fabrique plus de tissu éponge ! Mais, si un jour je trouve un acteur français, qui produit un absorbant que l’on peut intégrer à la culotte menstruelle, je travaillerai avec lui avec grand plaisir, j’y courrai ! Et c’est aussi la seule partie qui n’est pas en fibre biologique. Mais c’est un choix pour rendre le produit plus durable dans le temps. Partir sur de la fibre naturelle, c’était aussi se garantir un produit qui se détériore trop vite au niveau de l’absorbant. Il est contre une membrane imperméable et il fallait donc trouver une fibre qui séchait rapidement après le lavage. C’est une contrainte technique quand on veut faire du complètement bio. Alors, j’ai cherché longuement, et je suis arrivée à une microfibre italienne. En plus, pour les premières commandes, j’ai choisi de travailler en chantier social. On travaille également avec d’autres associations pour récupérer des fonds d’armoire pour fabriquer des présentoirs…

En général, une culotte menstruelle a une durée de vie d’environ 4 à 5 ans. Ce qui est non-négligeable pour l’environnement puisque l’on réduit considérablement nos déchets de matériels menstruels.

A.B. – Effectivement, quand on est un peu impliquée sur le zéro déchet, on se rend très vite compte de l’impact immédiat que ça a, mais aussi de l’impact économique. Parce que la culotte menstruelle, c’est un investissement qui est rentable à moyen terme, dans l’année qui suit même. Et c’est aussi un vrai gain écologique : une femme c’est une centaine de kilos de déchets menstruels dans sa vie. Alors, on se dit « bon, 100 kilos, on fait tellement pire sur d’autres postes ». Mais on est 15 millions de femmes à être menstruées en France en même temps. Si on fait le calcul, ça grimpe vite ! En plus, ce qui est génial avec le coton bio, c’est que cela permet de réduire de 90 % l’utilisation d’eau sur la culture de la plante. On pourrait penser que le coton bio, c’est surtout du marketing, mais non, ça a clairement un impact.

En plus, la culotte menstruelle c’est également une bonne chose pour notre santé.

A.B. – On a des produits qui sont bourrés de pesticides, d’agents blanchissants, de parfums… On retrouve de quoi faire pousser des seins aux poissons ! On parlait de santé, ne serait-ce que le contact irritant d’un PVC de serviette hygiénique jetable, c’est déjà grave. De trouver aussi un effet un peu hormonal dans les pesticides qui ont traité le champ de coton qui a donné le produit de notre tampon. On se rend compte que ce n’est pas très sain d’appliquer ces produits-là aujourd’hui sur la muqueuse. Que ce soit en termes de contaminations ou infections, mais aussi à long terme, la particule de plastique on sait que c’est du cancer… Alors, déjà de base on est responsable de notre santé, mais quand on passe du côté des mamans, on est responsable de la santé de notre fille ! Alors, on s’implique encore plus.

Enfin, quelle gamme et prix pourrons-nous retrouver chez vos revendeurs ?

A.B. – Les contributeurs sur le financement participatif pouvaient choisir entre une culotte et un pack de trois culottes. Ce n’étaient que des modèles de jour. Maintenant, du côté des revendeurs, on travaille sur le modèle de nuit, qui est imperméable jusqu’à la taille. On propose donc un pack de trois culottes, avec deux jours et une nuit. Pour le prix, on se trouve dans la fourchette basse du Made In France en coton bio : 35 euros pièces. On peut retrouver les culottes menstruelles « Bonne Semaine » sur la route de Gérardmer, Chez Fernande. Mais aussi à La Manufacture Bio à Saint-Nabord, à la pharmacie de Courcy à Épinal, des Chanoinesses à Remiremont ou encore à l’Épicerie Poulain au Val-d’Ajol. Et bientôt à l’Atelier Bio de Saint-Amé.