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Le casting de "La vengeance au triple galot" au festival de La Rochelle, avec, de gauche à droite, Emmanuel Georges (Supermouche), Alex Lutz, audrey Lamy et Arthur Sanigou. | © Aurélien Faidy
Emmanuel Georges et sa femme Brigitte viennent de s’offrir un prix prestigieux pour leur co-production sur le dernier film d’Alex Lutz, qui sera à découvrir sur Canal +, le 4 octobre prochain. Retour sur le destin de Supermouche, la production 100% vosgienne qui a tout d’une grande.
Emmanuel Georges – Nous sommes arrivés sur ce projet par l’intermédiaire d’un producteur de théâtre, Jean-Marc Dumontet, qui produit des spectacles d’Alex Lutz depuis de nombreuses années. En fin d’année dernière, il a évoqué avec nous la volonté de Canal + d’offrir une carte blanche à Alex Lutz. Il en a profité pour ressortir de vieux projets qu’il avait dans les cartons. Il nous a envoyé un scénario d’une dizaine de pages : une sorte de clin d’œil aux soap-opéras des années 1980. C’est un hommage à sa grand-mère car il allait la voir régulièrement et elle lui demandait de lui mettre son « roman télévisé » : La vengeance aux deux visages – un soap australien. Quand on m’a proposé le projet, je n’ai pas hésité une seconde pour accepter. Ils n’avaient pas la connaissance de notre façon de traiter les fictions. Nous avions la façon de faire mais sur des programmes plus courts, ce projet était donc un excellent challenge.
Complètement. Moi, j’ai toujours adoré ce qu’il fait. Selon moi, il a un monde à lui, une écriture à lui. Sans lui faire d’éloge gratuit, c’est un génie selon moi. C’est un super comédien et réalisateur talentueux. On ne pouvait pas passer à côté d’une telle opportunité. Ce film est à l’encontre de ce qu’il se fait au ciné mais le résultat est magique.
On est producteur délégué, c’est-à-dire les garants de la bonne réalisation du projet, que ça soit artistiquement ou financièrement. Jean-Marc Dumontet apportait Alex Lutz et le contact avec Canal +. De notre côté, on a apporté notre CNC, c’est-à-dire notre compte de soutien à la création d’une œuvre cinématographique. Nous sommes allés chercher une région, en les démarchant. Logiquement, j’ai appuyé pour que nous fassions le projet dans le Grand Est et particulièrement dans les Vosges, mais pour des raisons de calendrier et de décors, nous n’avons pas pu et nous nous sommes installés dans les Hauts-de-France, où nous avons un bureau aussi.

Un peu plus d’1 million d’euros. Ce qui n’est pas astronomique vu le casting. L’aspect financier était très important pour le montage du film, tout comme l’aspect juridique et social. C’est le rôle de ma femme, Brigitte, qui a une grande expertise dans le domaine et qui a été indispensable dans l’élaboration de ce film. Le casting était aussi 4 étoiles, avec des noms tels qu’Audrey Lamy, Guillaume Gallienne, Leila Bekhti, Gaspard Ulliel, Izia Higelin, François Civil, Marion Cotillard, Karin Viard, Ingrid Chauvin, Bruno Sanches. Il a fallu jongler entre les agendas de tout le monde pour y parvenir. On a tourné en 15 jours, tout a été fait à 100 à l’heure et on a pu voir le talent des acteurs qui n’ont pas eu besoin de 40 prises pour jouer. Au final, le film fait 1 h 45.
Pour tout vous avouer, nous nous sommes longtemps posé la question, avec Alex Lutz, de savoir s’il ne devait pas sortir en salle. Mais les financements étaient portés par la télé donc pas possible de faire pour le cinéma. Mais, ce film pourrait aboutir sur d’autres projets ciné.
« Un casting 4 étoiles »
Les retours de Canal + ont été excellents. Je vais même vous avouer que c’est une immense fierté pour moi qui suis un enfant de Canal +, j’ai grandi avec les Nuls et c’est cette chaîne qui m’a donné envie de rentrer dans cette profession. Donc, lorsqu’ils ont donné la critique que « on retrouve l’esprit canal dans ce film », on s’est dit qu’on avait réussi et qu’on a eu raison de prendre ce risque. Pour moi, ce projet fait partie des 2 ou 3 projets qui me rendent le plus fier, comme d’avoir bossé avec Jean-Louis Trintignant ou avec des artistes sur des spectacles vivants.
En décembre, ça fera 20 ans que Supermouche est née. À l’époque, je travaillais à Images plus (aujourd’hui Vosges TV, ndlr). J’étais étudiant et grâce à Dominique Renaud, son directeur de l’époque, j’ai eu la chance d’avoir un espace de liberté où je touchais à tout : réalisation, présentation, journalisme… Je suis resté 2-3 ans et c’était très formateur. Après, je suis parti pour M6 et Canal +, toujours dans le Grand Est.
J’avais des désirs de réalisation et d’indépendance, avec mon épouse. On s’est dit que nous allions monter une société de production, en profitant de ses connaissances en tant que commissaire aux comptes et qui avait la rigueur et la connaissance des montages financiers. On était complémentaires car j’avais l’expertise pro. Nous avons commencé par quelques reportages pour Canal +.
Le premier gros, c’était sur Julien Absalon. Nous avions initié un projet avec Jean-François Verrier (aujourd’hui rédacteur en chef de Vosges TV) pour les JO de Sydney 2000. Finalement, il n’y est pas allé pour cause de blessure, mais nous avons repoussé notre projet pour les JO d’Athènes en 2004. Ce projet, on l’a porté pour Images Plus et France 3. En parallèle, on a développé les documentaires et le spectacle vivant via le Nancy Jazz Pulsation. On s’était associés à un gros producteur parisien, qui faisait partie du réseau de Dominique Renaud, qui nous a tout appris.
C’est certain. Je le salue d’ailleurs car on ne se rend pas toujours compte de l’importance de Dominique sur le paysage audiovisuel local, régional et même national.
C’est l’arrivée d’Arte concerts en 2009. Une plateforme de musique où il fallait fournir du contenu en captation et notre modèle économique était en phase avec ce qu’ils recherchaient. C’est à cet instant, en 2010, que nous nous sommes consacrés à 100 % à Supermouche. Une décision qui coïncide avec le lancement de notre collaboration avec le Théâtre du Peuple, grâce au directeur de l’époque, Pierre Guillois. Il nous a fait confiance et on a fait la pièce Le gros, la vache et le mainate. Un gros succès repris à Paris par un producteur d’origine vosgienne, Pascal Guillaume, qui nous a proposé de faire les bandes-annonces et nous a présenté Pierre Palmade.
Images Plus puis le Théâtre du Peuple, avant Paris
Oui, avec la troupe de Palmade, on a pu faire nos premières captations pour Paris Première. Notre premier prime-time, sur France Télévisions, était le spectacle Ils s’aiment avec Palmade, Laroque et Robin. Ça a fait un carton et France Télévisions a pu voir notre savoir-faire.
Ce n’est pas du tout la même chose car ce ne sont pas les mêmes circuits, pas les mêmes financements… Supermouche prod travaille énormément sur des spectacles vivants, des documentaires et de la fiction, le tout sans être intégré à un groupe. On est un peu un Ovni. D’ailleurs, nous allons renforcer l’équipe car nous faisons ce travail de titan, à 12 salariés actuellement. Un renfort dans la section spectacles vivants, pendant que je développe la fiction à Paris.
3 couts-métrages, 1 fiction, 10-12 captations, 4 documentaires donc on est à plus de 20 programmes par an, pour la télévision française.

Les séries françaises sont les plus regardées en France, ce qui opère un gros basculement car il y a encore 5 ans ce n’était que les séries US qui étaient réputées. Là, on a un gros projet qui aboutira prochainement. On réfléchit sur 3 ou 4 ans et une série est dans les tuyaux.
Bien sûr et je le revendique. Mais j’aimerais avoir plus d’aide de nos politiques. Il faut qu’ils comprennent que c’est bien d’accueillir les tournages mais qu’ils prennent conscience que la filière du Grand Est est intéressante et qu’il faut la soutenir. On voudrait qu’ils prennent conscience qu’il y a une filière à animer.
Pour tout avouer, ça a été une aubaine car on a eu un peu le pif de proposer des projets novateurs à France télévisions, qui a vraiment joué son rôle de service public en nous soutenant. Le spectacle vivant était mort et, depuis quelque temps, nous avions en tête de monter du théâtre sans public, pour la télé, mais en cassant les codes. 2 gros projets ont vu le jour avec succès : Bigre et Le dernier jour du jeûne, avec 15 acteurs sur scène. Ou encore des concerts confinés avec Alain Chamfort notamment, ou encore un gros projet sur les toits de Marseille, avec IAM. Enfin, de la musique classique en investissant un lieu original, qui sera renouvelé en 2022. Encore une fois, ce basculement osé n’aurait pas été possible sans ma femme, qui est ma meilleure conseillère. C’est mon premier copain, mon premier soutien et c’est ma femme. Sans elle et sans notre alchimie, rien n’existe.
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