Les Imaginales Épinal se tournent vers l’autre
Pour sa vingt-cinquième édition, le festival spinalien consacré à l’imaginaire se penche sur la figure de l’alter ego, en miroir d’un rendez-vous qui continue de parler de littérature avec force de propositions… tout en accueillant d’autres arts, comme des regards nouveaux.
Plus foisonnant, plus festif, plus ouvert..Les Imaginales, festival des littératures de l’imaginaire (mais pas que), ne cesse de prendre de la hauteur. Preuve en est de sa vingt-cinquième édition, qui se déroulera du 28 au 31 mai à Épinal, aux quatre coins d’une cité des Images qui vibre tout entière pour l’événement.
Carrefour de la création
Capitale de l’imaginaire pendant quatre jours, la ville accueillera, comme chaque année, près de 200 auteurs français et internationaux. Une position privilégiée qui l’incite désormais à aller encore plus loin dans le soutien à la création et aux nouvelles plumes des littératures de l’imaginaire. Flashback. En 2009, Les Imaginales inauguraient des rencontres auteurs-éditeurs qui réunissent depuis des aspirants écrivains et des maisons susceptibles de les publier lors de rencontres expresses qui peuvent changer le cours d’une carrière. Suivant cette logique d’accompagnement, le festival profite de l’édition 2026 pour lancer un label « jeunes talents des Imaginales ». Une distinction pour mettre en lumière les auteurs publiés à la suite de ces rencontres pour maximiser leur visibilité et ancrer la relation entre le festival et ses publics dans la durée et identifier encore davantage les Imaginales comme une plateforme soucieuse de faire éclore les artistes de demain. Une volonté qu’innerve tout le programme. Cette année, le festival s’est notamment rapproché du cinéma Cinés Palace, pour organiser une projection des quatre premiers épisodes de La Quête d’Ewilan, série animée (France.TV) adaptée de la saga littéraire de Pierre Bottero. Un rendez-vous qui sera suivi d’un échange entre les équipes créatives et le public, pour décortiquer les coulisses de la production… et pourquoi pas, créer des vocations. « On sait pertinemment que la rencontre d’un jeune et d’un artiste, que ce soit dans une salle de cinéma ou autour d’une table de dédicaces, peut ouvrir des horizons. C’est l’idée ici s’enthousiasme Gilles Francescano, directeur artistique des Imaginales.
Un festival multiple
Des talents internationaux, comme locaux. Pour la première fois de leur histoire, Les Imaginales ont choisi une spinalienne, Babayaga Pepperland, pour signer leur affiche (voir encadré). Une évidence, quand on découvre ses travaux, à la lumière du thème du festival. Des figures de double, souvent, dont celles qui ornent le visuel de l’édition 2026. Elle inaugurera d’ailleurs une autre nouveauté du festival. Ses travaux seront exposés, non pas en un seul lieu, mais sur différentes façades de la veille ville. Une invitation à la découverte de l’univers de l’artiste, de jour comme de nuit dans le cadre des Nocturnes des Imaginales. ». Les festivités diurnes et nocturnes continuent de s’enrichir mutuellement en accueillant toujours plus de rendez-vous conjoints. « Cela a permis de greffer des spectacles qu’on ne pouvait pas faire venir avant » confirme le directeur artistique des Imaginales. Telle la performance immersive NEXUS, imaginée par la compagnie Ultreia, mêlant spectacle vivant et art numérique. Il y sera question de voyage initiatique mêlant l’espace et le temps. Un format court pensé pour des représentations régulières, qui prendront place la nuit tombée derrière le tribunal. En soirée, on pourra également découvrir le show acrobatique Reclaim imaginé par la compagnie Théâtre d’Un Jour et joué « sous un énorme chapiteau ». De quoi célébrer très officiellement l’imaginaire de jour comme de nuit. « Résultat, le public, qui ne s’y attend pas forcément, repart empreint d’émerveillement ». N’est-ce pas là le propre de l’imaginaire ?
Les Imaginales & Les Nocturnes des Imaginales.
Du 28 au 31 mai 2026 dans toute la ville d’Epinal.
Gratuit. Informations et programme sur www.imaginales.fr


3 QUESTIONS À MARIE-JEANNE GAUTHÉ, SCÉNOGRAPHE
« Notre accompagnement au mapping est inédit en France »
Fidèle à sa volonté d’accompagner des talents émergents, la ville d’Épinal donne l’opportunité à de jeunes artistes de voir leurs œuvres projetées lors des Nocturnes des Imaginales. Un dispositif décrypté par la scénographe présente à l’origine.
Depuis dix ans, la ville d’Épinal propose des workshops pour permettre à de jeunes artistes de développer des projets de vidéo mapping projetés aux visiteurs lors des Nocturnes des Imaginales. En quoi consistent-ils ?
Le mapping est une discipline qui nécessite de pouvoir faire ses preuves avant d’espérer rentrer dans la profession. Nous permettons donc à des jeunes de se constituer un portfolio avec plusieurs réalisations : c’est inédit en France. Dans un premier temps, ils peuvent participer de façon libre à un concours, accessible à tous. Le ou les gagnants de ce concours participent à un workshop l’année d’après et sont accompagnés pour réaliser une projection sur la façade du théâtre municipal. Les artistes les plus remarquables se voient, à chaque édition, confier la réalisation d’un mapping dans un lieu encore plus emblématique comme le beffroi de la basilique Saint-Maurice ou la façade de la faculté (de Droit), l’année suivante. Le Graal étant de diffuser son mapping sur la Place des Vosges, avec un projet plus complexe, qui multiplie les façades.
Quelles sont les caractéristiques des œuvres qui seront projetées cette année lors des Nocturnes des Imaginales ?
Tous les jeunes travaillent sur la thématique de l’édition en cours, cette année, Alter Ego. Les styles et les interprétations sont très différents : c’est même ce que l’on recherche. Les jurys valorisent l’émotion liée à la narration, outre l’esthétique et la qualité de l’animation. Les candidats sont amenés à nous proposer une réalisation d’une minute trente. Mais les durées vont croissant selon l’endroit où sont projetées les œuvres. Sur le beffroi de la basilique, la composition visuelle tient sur une durée de quatre minutes… quand la projection qui sera dévoilée Place des Vosges approche les huit minutes.
Vous vous apprêtez à confier la gestion des workshops à Emilie Leprêtre. Comment peuvent-ils évoluer demain ?
Les Nocturnes des Imaginales se placent parmi les meil- leurs festivals de mapping. Le défi serait peut-être d’aller chercher des candidats à l’étranger et d’ouvrir nos portes aux francophones. Cela nécessiterait peut-être de resserrer la sélection mais les œuvres prendraient encore une autre dimension.

de la faculté de droit. (c) Elliott Besson et Mathilde Deley
LE NOUVEAU VISAGE DES IMAGINALES
Vous ne connaissez peut-être pas encore Babayaga Pepperland. Et pourtant, les travaux de cette spinalienne seront au cœur des Imaginales, puisque c’est elle qui signe l’affiche de l’édition 2026… et sera au cœur d’une grande exposition à ciel ouvert, à apprécier de jour comme de nuit. « Mon univers est peuplé de créatures qu’on place, qu’on habille, qu’on répare, autant de figures rejouant le sentiment d’être déplacé, étranger à soi-même » indique l’illustratrice vosgienne. « À travers cette exposition, je vous invite à explorer vos propres doubles, en levant les yeux, en les baissant, à rencontrer ces « autres moi » qui nous accompagnent silencieusement ». Babayaga et les Imaginales étaient faits pour se rencontrer.

LE CONCEPT ARTIST DU « CINQUIÈME ÉLÉMENT » SOUS TOUS LES ANGLES
Le nom de Patrice Garcia vous est peut-être inconnu. Pourtant, vous êtes forcément familiers des travaux de cet artiste d’effets visuels, bédéaste et concept artist reconnu. Souvent associé aux productions Luc Besson, il a travaillé sur Le Cinquième Élément, Arthur et les Minimoys, dont il est directement à l’origine avec son épouse – ou la vision de Dracula du réalisateur du Grand Bleu. On retrouve même sa patte dans le Immortel d’Enki Bilal. Une fois n’est pas coutume, cet illustre méconnu fera l’objet de la grande exposition des Imaginales. Fruit d’un partenariat rapproché avec le festival « Épinal avec son cinéma », qui en avait dévoilé un avant-goût lors de sa dernière édition au mois de mars, cette exposition, qui prendra place à la BMI, approcherait les 80 pièces issues de ses archives, dont ses premières planches de bande-dessinée, des recherches papier de ses travaux pour Besson et même des maquettes. « C’était l’occasion de mettre en lumière quelqu’un de l’ombre » se réjouit Gilles Francescano. Une belle occasion de se préparer à l’anniversaire du Cinquième Élément, qui fêtera ses quarante ans l’an prochain.

