De Remiremont au toit de l’Afrique, Perrine Adam raconte son ascension du Kilimandjaro
Originaire des Hautes-Vosges, Perrine Adam a atteint le sommet du Kilimandjaro fin décembre, au terme de cinq jours d’ascension éprouvants. Une aventure humaine et physique intense, vécue loin de tout confort, que l’infirmière romarimontaine de 35 ans raconte avec lucidité, émotion et humilité.
À 5 900 mètres d’altitude, face au lever du soleil tanzanien, Perrine Adam a concrétisé son rêve. Fin décembre, la Vosgienne a gravi le Kilimandjaro en cinq jours, au prix d’un engagement total, tant physique que mental. « Quand on est arrivés en haut, on pleurait tous. Tout le monde disait qu’il n’avait jamais rien vécu d’aussi difficile », confie-t-elle, encore marquée par l’intensité de l’instant.
Installée aujourd’hui à Remiremont, infirmière de profession et également hypnothérapeute, Perrine Adam est partie seule pour cette aventure. Sur place, elle rejoint quatre autres personnes qu’elle ne connaissait pas. « On était cinq inconnus au départ, et on est tous arrivés ensemble au sommet », raconte-t-elle. Une réussite collective qui, à ses yeux, dépasse largement l’exploit sportif.
L’ascension débute pourtant sans heurts. « Le premier jour était plutôt facile, mais plus on montait en altitude, plus c’était compliqué », explique-t-elle. Rapidement, les effets du mal des montagnes se font sentir : nausées, maux de tête, difficultés respiratoires. « Certaines personnes ont vomi, pour l’une d’entre nous le taux d’oxygène était vraiment bas. Et il y avait aussi le froid, très dur à gérer. »
Le moment le plus éprouvant reste la dernière ascension. Réveil à 23 heures, départ de nuit sous la neige, vent glacial et terrain glissant. « On est partis de 4 700 mètres pour arriver à 5 900 mètres, soit 1 200 mètres de dénivelé. Physiquement, c’était très dur, mais surtout mentalement. À un moment, je me disais : mais qu’est-ce que je fais là ? » À l’arrivée, la météo ne laisse aucun cadeau : « Il neigeait tellement qu’on ne voyait rien. Puis il y a eu une petite éclaircie, on a aperçu le sommet au loin… C’est aussi les règles de la nature », sourit-elle.
Si la fierté d’atteindre le toit de l’Afrique est immense, la jeune femme retient surtout l’aspect humain de l’aventure. « Tout le monde a rencontré des difficultés, et dans ces conditions on est vite tenté de penser à soi. Je suis restée très solidaire , à l’écoute. Le groupe m’a remerciée pour mon côté bienveillant et humain. C’est ma plus grande victoire. »
On ne se rend pas compte à quel point les choses simples sont précieuses, c’est une belle leçon de vie
Autour d’eux, une logistique discrète mais essentielle : porteurs, cuisinier, équipe d’accompagnement jusqu’à 5 000 mètres d’altitude. « Ils portaient les tentes, la nourriture, même les toilettes et cherchaient l’eau dans les rivières et on la désinfectait avec des pastilles. Monter avec de l’eau et du matériel serait trop lourd. » L’intéressée tient aussi à casser certaines idées reçues : « Les porteurs adorent ce métier, ils aiment la montagne. Ils attendent que les gens viennent. C’est important de le dire, car leur travail est parfois mal perçu. »
Cette ascension n’est pas le fruit du hasard. « Le début de l’année 2025 avait été assez chaotique pour moi, je voulais inverser la tendance », explique-t-elle. Son rêve d’enfant était de faire un safari, qu’elle a finalement combiné avec le Kilimandjaro. Pendant six mois, elle s’entraîne intensément : course à pied, travail des jambes, hygiène de vie stricte. « Pas une goutte d’alcool le dernier mois », glisse-t-elle en riant. Et même si les Vosges ne rivalisent pas avec les altitudes africaines, la préparation est maximale.
Son autre atout : l’hypnothérapie. « Ça m’a beaucoup aidée à supporter le froid, le mal-être, à rester focus et à ne pas craquer. » Une ressource mentale précieuse dans des conditions extrêmes, où le confort est inexistant. « Pendant six jours, on avait juste des bassines d’eau pour se laver, il faisait froid. À l’arrivée, retrouver un lit, une douche chaude, c’était incroyable. On ne se rend pas compte à quel point les choses simples sont précieuses, c’est une belle leçon de vie. »
Le retour dans les Vosges n’a pas été immédiat. « Je me sentais un peu comme un extraterrestre », sourit-elle. Après plusieurs jours sans téléphone ni réseau, la foule et les espaces clos lui semblent oppressants. « Je suis née dans les Vosges, donc c’est revenu assez vite. Il m’a fallu un ou deux jours pour me réadapter. » Elle reprend rapidement ses habitudes, retourne courir, et même grimpe au sommet du Hohneck, comme un clin d’œil.
Quant à la suite, Perrine Adam a déjà un nouvel objectif en tête : l’Infernal Trail. « Le 100 km, en relais avec ma sœur, 50 km chacune. Ce sera mon gros défi de 2026. » Le Kilimandjaro, en revanche, peut attendre. « Plus jamais… enfin, peut-être dans quinze ans ! C’est comme une femme qui accouche pour la première fois. Il faut du temps pour envisager un deuxième », conclut-elle en riant.







