Sophie Simonin et Tobias Carter témoignent de la fonte de la calotte glaciaire.
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Sophie Simonin et son compagnon Tobias Carter se sont lancés dans une aventure exceptionnelle à travers le grand Nord. Après un séjour de plusieurs semaines au Groenland et avant une nouvelle expédition dans quelques mois, ils partent sur les routes de France pour sensibiliser les plus jeunes au dérèglement climatique. Rencontre avec cette « globetrotteuse » vosgienne.

Vous venez de faire votre retour en France après de longs mois au Groenland. Pouvez-vous rappeler pourquoi vous avez mis en place cette expédition scientifique ?

Sophie Simonin – Nous avons monté cette expédition suite à notre tour du monde de 2017 à 2019 en bateau-stop. Nous souhaitions agir et mettre nos compétences de skippers au service de la planète. Nous avons donc proposé à des scientifiques de travailler dans les zones peu accessibles du Groenland, tels que le placement de bouées pour Météo France, des relevés d’eau pour le laboratoire Locean, ou encore l’installation de stations météos. Nous étions six à bord. Mickaël Fonder, ingénieur doctorant, a installé trois stations météos au sud du Groenland, afin d’analyser le potentiel éolien des vents catabatiques au sud du Groenland. Thomas Bour et Lucas Boitier ont assuré la vidéo et les prises de vue en drones, ainsi que le photographe Julien Fumard, afin de témoigner du réchauffement qui impacte de manière beaucoup plus rapide et visible l’Arctique. Nous avons ainsi produit une websérie sur YouTube.

Quel était votre objectif principal ?

S. S. – Notre but est à la fois de témoigner aux scientifiques ce que nous avons vu, de montrer que nous sommes « Unu Mondo », c’est-à-dire un peuple, un océan, une planète dans le dialecte Espéranto, tout en suscitant l’envie d’agir car tout est lié.

Là-bas, qu’est-ce qui est le plus déconcertant sur l’évolution du climat ?

S. S. – Nous avons découvert la difficulté de naviguer parmi les icebergs et l’évolution entre la réalité et les cartes qui ne sont déjà plus à jour, tant la calotte fond rapidement. On évalue leur fonte à 7 mètres par an selon les perches de sonde, soit 150 litres par jour.

Comment avez-vous été accueillis par les autochtones ?

S. S. Nous avons été très bien accueillis et invités à quelques « kaffemik » (repas traditionnel groenlandais, ndlr) mais cela prend du temps pour gagner la confiance des habitants. L’absence de touristes a joué en notre faveur. J’ai appris quelques notions de Kalaalisut (langue locale du Groenland Sud, ndlr) qui complète souvent l’Anglais et le Danois et cela nous a aidé à nouer un contact fort avec la population.

Avez-vous pu faire tout ce que vous vouliez mettre en place ?

S. S. Nous avons pu remplir toutes les missions scientifiques et même faire des rencontres inespérées comme celle de Jason Box, un glaciologue réputé qui nous a emmené sur la calotte polaire. Les stations météo qui venaient de Finlande ont été livrées par bateau avec 2 mois de retard, nous avons donc dû nous adapter à la logistique en restant au sud plus longtemps que prévu mais cela nous a permis de mieux échanger avec les populations locales. Nous avons ainsi dépassé nos objectifs avec des interviews inédites de glaciologues, chasseurs, archéologues, cuisiniers, hommes politiques, à découvrir sur notre chaîne YouTube.

Le réchauffement de la planète est très avancé. Faut-il craindre pour notre avenir ?

S. S. Malheureusement oui mais tout n’est pas perdu et on reste confiant et enthousiaste sur un changement de mentalité assez rapide de la société actuelle. La Covid-19 nous montre qu’il est possible de changer nos mentalités et façons de vivre. Le meilleur vecteur de ce changement doit être les enfants. Malgré tout, nous voulons rester actifs et optimistes mais l’urgence est bien là !

Tout au long de votre séjour, vous avez été en relation avec des écoles, collèges et lycées. Comment avez-vous correspondu pendant cette période ?

S. S. – Nous avons beaucoup correspondu sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, plus de 60 établissements scolaires nous suivent en France. Le dispositif « écoles ouvertes » du collège Louis Armand de Golbey nous a aussi permis de garder le contact en juillet et août avec les élèves qui ont pu suivre nos vidéos et réfléchir à « la fresque du climat ».

Receviez-vous aussi des questions ou des messages de leur part quand vous étiez là-bas ?

S. S. – Nous avons pu faire quelques visioconférences avec les écoles du projet depuis le village de Narsarsuaq car ils ont aussi la 4G. A notre retour, nous avons participé à une action pour planter des arbres avec des élèves d’écoles primaires dans le cadre de notre compensation carbone car notre voilier utilise un peu de mazout pour zigzaguer entre les icebergs.

Aujourd’hui, vous avez mis en place un véritable tour de France pour aller à leur rencontre. Comment se traduit votre conférence ?

S. S. Elle vise à améliorer la compréhension des mondes polaires et du changement climatique dans ces régions mais nous portons aussi une attention particulière sur le rôle de chacun et l’impact personnel de nos actions. Depuis le début d’année 2021, nous nous rendons dans de nombreux établissements en Lorraine, région de laquelle je suis originaire, et ce grâce au soutien du recteur d’académie. Notre tour de France, qui s’enchaîne, va nous permettre de toucher un large public du primaire au lycée, avec des liens possibles en géographie, en sciences, en anglais et en éducation civique. Les retours sont très positifs et nous prenons beaucoup de plaisir à échanger avec les élèves et leurs enseignants.

Apportez-vous des solutions possibles pour éviter d’aggraver la situation ?

S. S. – Chaque français produit 11 tonnes de CO2 en moyenne par an. Il faudrait passer à 2 tonnes selon les accords de Paris pour limiter le réchauffement de la planète de +2°C. L’implication de chacun est vitale et nous pensons que la jeunesse va jouer un rôle déterminant dans cette transition. Nous réfléchissons ensemble à l’impact de nos actions et nous proposons des idées simples mais il est important de respecter la liberté de chacun. Ne pas imposer mais susciter l’envie d’agir !

Quels sont vos prochains projets ?

S. S. – Nous devons nous adapter au contexte international et à la situation actuelle. Nous avons donc décidé d’accorder plus de temps au travail de sensibilisation qui est pour nous essentiel en cette période charnière pour l’humanité. L’été 2021 sera donc un prolongement de ce « climat tour » avec une tournée du voilier Northabout sur les côtes françaises mais aussi à Jersey (île natale de Tobias, ndlr), en Angleterre, en Irlande et en Écosse. Ce projet va culminer avec notre participation à la COP 26 en novembre 2021 à Glasgow !

Avez-vous déjà programmé un nouveau départ vers le grand Nord ?

S. S. – La prochaine expédition Arctique se prépare pour l’été 2022 avec une 2e saison au Groenland Nord et nous n’avons pas renoncé au « Passage du Nord-Ouest » vers l’Alaska. Mais pour ce projet plus ambitieux, nous espérons un contexte international plus apaisé et nous démarrons une nouvelle phase de recherche de partenariat. Notre persévérance nous a permis de partir dans un contexte inédit en 2020 donc nous espérons poursuivre, portés par l’enthousiasme des rencontres lors de nos interventions.