Le jardinier vittellois Roland Motte conseille d'attendre les Saints-de-Glace pour commencer son jardin.

Jardinier passionné et passionnant, Roland Motte est l’auteur de différents ouvrages sur les façons de gérer ses espaces verts. Dans son jardin et sur sa terrasse, situés à proximité de Vittel, c’est avec sa femme Maryline, qu’il teste et observe leurs cultures au quotidien. Une véritable philosophie qu’il a accepté de nous distiller !

Roland, depuis le premier confinement, les français et les vosgiens en particulier ont retrouvé l’envie et le plaisir de jardiner. Comment l’expliquez-vous ?

Roland Motte Depuis le premier confinement, on voit des chiffres de ventes spectaculaires à tel point qu’on ne sait même pas comment des arbres fruitiers pourront être vendus d’ici 2 ou 3 ans, car les réserves sont vides. Les gens ont pris conscience qu’ils avaient un jardin et qu’ils pouvaient en faire plein de choses, à commencer par gratter le sol et installer de nouvelles plantes, ou encore créer son potager. C’est un constat qui s’aperçoit partout en France et pas que dans les Vosges. Les paysagistes ont, d’ailleurs, entre 6 mois et un an de travail devant eux.

C’était une réaction prévisible, après avoir perdu une partie de nos libertés pendant quelques semaines ?

R. M. – Clairement, on sentait arriver ce genre de réaction. Tout le monde veut s’entourer de verdure, pour se reposer. Pendant le confinement, avoir un jardin permettait d’éviter les problèmes psychologiques car il est déstressant et apaisant. Que les jardins soient d’extérieur ou d’intérieur, il y a une volonté de bénéficier d’un espace vert. Ça se voit avec le nombre de gens qui partagent des photos de plantes ou fleurs sur les réseaux sociaux.

Avant ce confinement, avions-nous perdu le goût pour le jardinage ?

R. M. – Peut-être oui. On a l’avantage dans les Vosges d’être dans de grands espaces. Reprendre goût au jardinage est une très bonne chose car on reprend conscience de ce qu’est la nature et de la façon dont pousse les légumes et fruits. La salade poussait en sachet avant (rire). Avec ce confinement, on a redécouvert la cuisine et la matière première qui est à l’origine de nos bons petits plats, issus des potagers. Il y a une fierté de le faire en famille et de manger ce qu’on a cultivé en famille. On ne prend plus les plantes par-dessus de la jambe.

Le potager est devenu une nouvelle façon de se nourrir de façon saine ?

R. M. Notre potager ne va pas spécialement nous nourrir, en tout cas pas dans un premier temps car il ne sera pas assez conséquent. Mais, on voit des jeunes qui semblent très intéressés à les développer, avec une surface conséquence, en permaculture, c’est-à-dire en respectant la biodiversité, tout en exploitant les sols de façon intelligente.

Les jardiniers amateurs sont-ils plus intéressés et attentifs au jardinage éco-responsable ?

R. M. Depuis la loi de 2019, on ne trouve plus de produits chimiques donc les gens sont obligés de passer par là. Mais au-delà de ça, il y a une vraie envie. Même lorsqu’un jardin est abandonné depuis quelques années, il n’est pas mort, bien au contraire. On peut rapidement obtenir des résultats et changer sa physionomie en le transformant en potager. Il est facile de régénérer un arbre.

Quels sont les fruits qui sont privilégiés par les vosgiens ?

R. M. Chez nous, c’est simple, c’est avant tout la mirabelle, avec la pomme et la poire. On trouve aussi de plus en plus de cornouillers et d’autres nouveaux petits fruits tels que les kakis ou le jujubier. Il y a un vrai engouement vers les arbres fruitiers. Pour débuter, le mieux est de faire confiance aux pépinières, telle que la forestière de La Demoiselle à Remiremont, par exemple.

Quels sont les premiers conseils à apporter à un vosgien qui veut se lancer dans le jardinage en avril ?

R. M. – Je leur dirais de commencer petit. Pas besoin de faire un jardin de 100 m2, mais plutôt de commencer par 4 m2 de potager, avec des herbes aromatiques qui poussent facilement. Autre phrase qui peut rassurer : « ça n’existe pas la main verte ». Il faut prendre le temps de l’observer et vous allez vite comprendre comment soigner votre jardin et le faire pousser. Après, il est assez facile de commencer par des plants de patates, planter des semis de salade et de radis. En revanche, il vaut mieux attendre avec les légumes du soleil tels que les tomates, aubergines, poivrons. Il ne faut pas planter avant la sainte Sophie (fin mai), car à la moindre gelée, ils meurent.

Et quels sont les plantes qui sont les plus faciles à cultiver ?

R. M. Je conseillerais de commencer par les plantes annuelles comme les œillets d’Inde, les roses d’Inde. Mais, en règle générale, il faut aussi attendre. Nous sommes dans les Vosges donc on reste prudent face aux gelées tardives. Le mieux est d’attendre les Saints de Glace (11, 12 et 13 mai). Après on peut planter les petites fleurs sans crainte. Si vous tenez absolument à commencer en avril, il faut partir sur les plantes vivaces comme le muguet, la corbeille d’or et d’argent, qui ne craignent pas le froid et qui repoussent chaque année.

Quels sont les légumes, fruits et fleurs qui s’épanouissent bien dans notre département ?

R. M. – En termes de fruits, les valeurs sûres sont les fraises et les framboises, qui se cultivent facilement. Pour les fleurs, je dirais que le dahlia est facile à mettre au sol et peut se planter en ce moment. Pour l’entretien, c’est assez simple car toutes les plantes sont à arroser régulièrement. En plus, je conseille le paillage, c’est-à-dire recouvrir la terre avec de la paille, du lin ou encore l’herbe des dernières tontes, pour conserver l’humidité.

À l’inverse, qu’est-ce qu’il ne faut surtout pas faire ?

R. M. – Il ne faut pas être pressé à mettre des fleurs partout. Ce n’est pas parce que les week-ends sont beaux et parfois chauds que l’hiver est terminé. Il ne faut pas oublier, non plus, que les plantes ont besoin de beaucoup d’eau.

Nous parlions de jardinage éco-responsable, quels conseils pourriez-vous apporter sur les petites choses à faire pour avoir le réflexe éco-responsable ?

R. M. Le compost est un très bon réflexe, même s’il est fait de façon maladroite. Il ne faut surtout pas y inclure de mauvaises herbes ou de plantes malades bien sûr. Plus simplement, il est utile de faire un pourrissoir avec les déchets de tonte au fond du jardin. Au bout d’un an ou deux, on peut le récupérer pour son jardin. Au moins, on fait un geste pour la planète. Un autre conseil simple que je pourrais apporter : planter le plus diversifié possible. Ce n’est pas la peine de faire 10 rangs de patates. Il vaut mieux en faire 1 ou 2 et consacrer les autres pour d’autres variétés. Au Moyen-Âge, les jardins comportaient en moyenne 60 variétés de légumes différents. Aujourd’hui, on se cantonne à ne faire que les légumes que nous connaissons. N’ayons pas peur d’essayer d’autres choses !

Les conseils jarinage de Roland Motte à retrouver sur : www.rolandmotte.fr