Denis Dupoirieux planche sur le calendrier des courses hors stade 2019
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Depuis une dizaine d’années, les trails et courses nature ont le vent en poupe. Et la dynamique ne s’essouffle pas. Tous les week-ends, ou presque, des courses sont organisées dans les Vosges. Président de la commission ad hoc pour le comité départemental d’athlétisme, Denis Dupoirieux organise le calendrier des courses hors stade depuis une vingtaine d’années. Il planche actuellement sur celui de 2019. Interview.

L’Infernal Trail fête ses 10 ans ce week-end. Plus de 5 000 participants sont attendus. Que de chemin parcouru…

D.-D. « C’est probablement le plus beau trail du département avec celui de la Vallée des Lacs à , ce sont les plus importants en termes d’organisation. Coup de chapeau aux organisateurs. Avec les nombreuses courses proposées, tout un chacun peut y trouver son créneau. Il donne une très bonne image du département. L’Infernal a un peu de mal avec sa très longue distance, c’est vrai qu’il y a énormément de trails à cette époque. »

« 50 ORGANISATIONS, 120 À 130 COURSES HORS STADE À L’ANNÉE »

L’essor des trails et courses nature se poursuit. Est-on arrivé à un maximum en termes d’organisations ?

Tant au niveau des compétitions qu’au niveau de la pratique, je crois qu’on arrive à saturation, à un maximum. Le calendrier n’a jamais été aussi prolifique en termes de trails. On a 50 organisations environ sur l’année, on doit être à 120-130 courses. On aura du mal à aller au delà. On aura encore quelques nouveaux trails en 2019, à Uxegney par exemple au niveau du fort (en novembre). On était aux alentours de 8 000 coureurs en 2005-2006, là on a dépassé les 25 000 en termes de participation sur le Massif. Il ne faut pas oublier qu’on n’est pas dans un département très dynamique au niveau démographique. Globalement, les organisations stagnent en termes de fréquentation. Certains trails ont 250 coureurs et n’ont pas forcément ni l’ambition ni les structures pour grossir.

L’organisateur que vous êtes doit s’arracher les cheveux…

Mon rôle est de faire en sorte qu’il y ait un consensus entre les organisateurs et que les uns n’empiètent pas sur les autres. C’est compliqué aujourd’hui de trouver des dates inoccupées. Ce n’est pas un hasard si le Trail des Brosses s’est mis en novembre. D’avril à août, il y a des courses tous les week-ends. Le rôle du coordinateur c’est de faire en sorte qu’il y ait quelque chose d’équilibré et de rappeler aux organisateurs la réglementation. C’est le ministère des sports qui demande aux dirigeants de la FFA d’établir la réglementation. Un livret sort tous les ans, il est distribué aux organisateurs, charge à eux de le respecter. Cela concerne surtout le service secours et la sécurité à mettre en place.

« ON ARRIVE À 25% DE FEMMES DANS LES PELOTONS »

Comment les organisateurs peuvent-ils se démarquer au milieu de cette forêt de trails ?

Certains optent pour la diversification, avec par exemple des Run, des courses dans la boue, qui ne sont pas des compétitions. C’est bien en termes d’animation, mis ce n’est pas forcément ce que cherche le coureur pratiquant. Depuis 2017 il existe une réglementation des courses à obstacles (FFA) avec des contraintes et des normes au niveau des structures. Le problème sur les trails c’est qu’on retrouve des gens qui ne sont pas des sportifs réguliers. Certes ils se préparent mais ils ne sont pas à l’abri d’un petit pépin. Pour les habituels sédentaires, il est bien de passer par le toubib pour faire un petit bilan, notamment à partir de 40 ans. Aujourd’hui avec Internet, tout le monde s’improvise coach et préparateur physique alors qu’il y a plein de clubs où vous trouvez des conseils, etc.

Comment jugez-vous la prépondérance des courses hors stade aujourd’hui ?

Il y a plus de côtés positifs. Le trail pour les gens maintenant ça veut dire quelque chose. Ça a permis aussi d’amener beaucoup de gens à une pratique compétitive légère. Avec le trail on ne regarde pas le chrono. C’est surtout la participation féminine qui a augmenté. Il y a une dizaine d’années on avait très peu de femmes et maintenant on arrive à 20-25% dans les pelotons. Cette très forte augmentation sur les trails a engendré des retombées sur les courses sur route, je le vois à Thaon-les-Vosges sur la Ronde hivernale où on a 25% de femmes. Petit bémol : le non respect de la nature. Une minorité de traileurs ne se gêne pas pour larguer ses déchets. Il y a également le problème du débalisage.

« LES COURSES SUR ROUTE TIENNENT BON »

Pourquoi certains trails sont-ils contraints d’arrêter ?

Le vrai problème, c’est le bénévolat. Ce sont toujours les mêmes qui sont mobilisés. Il faut trouver les gens, toujours et encore, les motiver. On a un peu de mal au niveau des jeunes générations (15-30 ans). Quand il n’y a pas de renouvellement, certaines courses s’arrêtent, comme le Vermont Trail. A chaque fois, c’est un problème de bénévolat. Quelquefois les organisateurs transforment leurs épreuves. Je ne suis pas persuadé que ce soit une bonne chose de multiplier les trails actuellement. La Fédération a remis un challenge montagne. On avait une course qui entrait dedans, la Course des Chamois à Saulxures, qu’ils ont fait évoluer en Trail (6 communes). Ils ont laissé tomber en se disant qu’ils auraient plus de monde en trail, or ça n’a pas été le cas.

Les quelques courses sur route encore existantes sont-elles en péril ?

Non. Les courses sur route perdurent, on n’en perd plus. Sur la Ronde hivernale de Thaon, on dépasse maintenant les 1 000 participants. La route permet de s’étalonner, de se dire : « je vaux ce chrono là ». On est à un quart à peu près de courses sur route sur l’ensemble des courses hors stade. Il reste 6 courses sur route de 10 km estampillées label régional : Ronde hivernale de Thaon, Foulées de Saint-Dié-des-Vosges, Foulées Vosges Vittel, Foulées de Longemer, Tricolore Néocastrienne (Neufchâteau), Foulées Rupéennes (Rupt-sur-Moselle), auxquelles il faut ajouter les Foulées Golbéennes (5 et 10 km), Foulées de Bouzey (7 et 14 km), Foulées Bressaudes (3 et 7,2 km), Corrida des Abbesses (7,3 km) et un semi-marathon à Thaon (Ronde printanière) qu’on maintient pour qu’il y ait une offre.