Rachid Dahmane et Francis Mattioni, comme père et fils au Épinal HB.
© Jordane Rommevaux

Ils se connaissent depuis belle lurette et ont partagé quelques-unes des plus belles pages de l’histoire de l’ASPTT puis d’épinal Handball. Après une longue parenthèse, Francis Mattioni et Rachid Dahmane se retrouvent cette saison au sein de leur club de cœur, l’un comme entraîneur et l’autre comme joueur de l’équipe de Nationale 1 masculine. Nous les avons réunis le temps d’un échange… musclé et savoureux. Interview croisée de deux amis forts en gueule.

Francis, Rachid, comment avez-vous vécu vos retrouvailles à l’intersaison ?

F. M. – Ça m’a fait plaisir de revenir à Epinal et de retrouver Rachid. On n’a jamais été loin l’un de l’autre puisqu’on est restés en contact régulier par téléphone.

R. D. La dernière saison en tant qu’entraineur-joueur a été très compliquée. Si c’était à refaire je ne le referais pas. J’avais décidé de ranger les baskets, j’avais vraiment besoin de couper avec le handball. Le retour de Francis a largement contribué à me faire faire revenir sur ma décision. C’est un plaisir et c’est mérité pour lui.

Comment voyez-vous la saison en cours, qui a débuté par 3 défaites ?

F. M. – Elle sera difficile, c’est une évidence. On a recruté quelques joueurs et les anciens sont restés, ce qui nous permet d’avoir une stabilité dans le groupe. Ce ne sera pas simple mais si la mayonnaise prend assez vite on a une petite chance de se maintenir.

R. D. Je pense sincèrement que l’effectif de l’année dernière était plus fort. Maintenant, avec la nouvelle réforme, la poule de 12 et les matches aller-retour, le maintien est possible, à condition que l’on tire tous dans le même sens. Je ne suis pas inquiet.

Que représente pour chacun d’entre vous le club d’Épinal Handball, ex ASPTT ?

F. M. – J’y avais passé 26 ans avant de partir, ça fera 27 cette année. Ça représente beaucoup de choses, c’est là que j’ai tout appris et que j’ai fait mes débuts au niveau national. J’ai plein de bons souvenirs attachés à ce club. Des mauvais aussi mais ceux-là en général on les oublie.

R. D. – Je dirais que c’est ma deuxième famille. J’aurais pu tenter ma chance ailleurs, plus haut, mais j’ai toujours été fidèle à Épinal. C’est là où j’ai découvert le niveau national. Le club m’a aussi permis de faire la connaissance de certaines personnes comme Francis qui est devenu un ami.

Quel est votre meilleur souvenir ?

F. M. – Je dirais l’année où on est montés de Prénationale en N3 (2003-2004). Cette saison-là on n’a dû perdre qu’un seul match. On a surpris tout le monde et on s’est fait vraiment plaisir. Ensuite, on n’a fait qu’une année en N3 on est montés directement en N2.

R. D. Pareil. On a galéré pendant 5 ans… A un moment on s’est dit qu’on n’y arriverait jamais. On arrive en N3 et derrière on déroule on monte en N2. Il y a aussi l’année de la montée en N1 (2014) avec un Palais des sports plein à craquer. Ça faisait un moment que je voulais jouer à ce niveau donc c’est un très bon souvenir sur le plan personnel.

Vous souvenez-vous de vos premières impressions l’un par rapport à l’autre ?

F. M. – Je me souviens surtout de Rachid juste après la fin de ma carrière de joueur. J’avais commenté un match où il avait été assez exceptionnel. Ce jour-là je m’étais dit « celui-là il a vraiment un potentiel intéressant ».

R. D. – Hmmm… Oui, il ne doit pas s’en rappeler… Je m’entrainais avec lui et je me suis dit « celui-là il a un pète au casque ». Puis finalement on s’est rapprochés et aujourd’hui on est amis.

En quoi vous sentez-vous proches, fait du même bois ?

R. D. Je crois qu’on a la même mentalité, l’esprit de compétition et l’envie de ne jamais rien lâcher. Ce que j’apprécie vraiment chez lui, c’est son côté entier et franc du collier.

F. M. – Oui, on a tous les deux un caractère de chien (rire) ! Ce qui nous rapproche le plus c’est notre envie de gagner, de toujours donner le meilleur. Rachid, c’est la volonté, la hargne.

R. D. – On a déjà eu des explications musclées tous les deux. Mais je lui dois beaucoup en tant que joueur et en tant qu’homme. Il est comme un père pour moi. C’est lui qui a réussi à me canaliser étant plus jeune. Comme entraineur, il a toujours su me guider dans la bonne direction.

S’il fallait changer quelque chose chez l’autre, ce serait quoi ?

F. M. – Il faudrait qu’il soit un peu plus calme des fois, mais je dis la même chose pour moi !

R. D. Pareil, même si je trouve qu’il s’est assagi. C’est comme le vin, il se bonifie avec l’âge.

Avez-vous une anecdote concernant l’autre à nous raconter ?

F. M. – Ah oui j’en ai une. C’était un entrainement un vendredi soir et je participais car on n’était pas assez. Toute l’équipe faisait un peu n’importe quoi et j’étais vraiment en colère après Rachid. Sur un repli défensif, j’ai entendu un grand « crac » au niveau du tendon. J’ai terminé l’entrainement et je suis allé à l’hôpital. Il fallait m’opérer tout de suite car le tendon d’Achille était rompu. J’ai demandé au médecin d’attendre le lundi car le dimanche il y avait un match important contre Thionville, c’était l’époque où on jouait la montée en N3 justement.

R. D. – Ah oui, le tendon d’Achille, c’est signature à vie. Quand il aura 80 ans, dès qu’il regardera son tendon, il se dira « Rachid quoi ». Je me souviens d’un truc aussi… Je ne sais plus sur quel match, il appelle un joueur car il avait « merdé », il l’attrape et le jette dans la tribune. A la mi-temps, au vestiaire, il pousse un coup de gueule, prend une bouteille et la lance sur lui. Ce joueur est ensuite rentré sur le terrain avec le maillot plein de sang.

Comment le voyez-vous dans 10 ans ?

F. M. – Rachid, je le vois entraineur de l’équipe 1. Il l’a déjà fait. Il a du caractère, des compétences, de l’expérience, toutes les qualités pour faire un bon coach. L’erreur qu’il a fait l’année dernière c’est d’accepter d’entrainer en étant joueur.

R. D. – Moi je le vois bien dans les tribunes du Palais des sports, venir dès qu’il aura le temps voir les amis et boire une bière ou deux.

Du tac au tac, pouvez-vous répondre rapidement : vous préférez une défense 6-0, 5-1 ou 4-2 ? 

F. M. – 6-0.

R. D. – 6-0 aussi.

Roucoulettes, kung-fu ou chabala ?

R. D. – Kung-fu, car c’est vachement plus spectaculaire.

F. M. – Kung-fu aussi. Rachid en faisait quelques-uns à l’époque.

Paris-Saint-Germain, Montpellier ou Chambéry ?

F. M. – Montpellier car ils ont sorti quand même beaucoup de joueurs. Et ils n’ont pas le pouvoir financier du PSG.

R. D. – Je dirais Montpellier aussi car le PSG même avec les millions ils ne gagnent rien, comme au foot. Et le coach Canayer je pense que « handballistiquement parlant » c’est une grosse pointure.

Nikola Karabatic ou Mikkel Hansen (ou autre) ?

R. D. – Moi je dirais Hansen car quand on le voit jouer on n’a pas l’impression qu’il est à 100%. Il a un poignet, pfff… Côté français je dirais plutôt Daniel Narcisse.

F. M. – Moi je dirais Michaël Guigou car les grands, les forts ont un avantage sur les autres et donc c’est bien quand les moins grands sortent leur épingle du jeu.

Daniel Constantini, Claude Onesta ou Didier Dinart ?

R. D. – Moi je dirais Constantini car c’est la base de toute l’équipe de France, les Barjots, les Costauds tout ça. En clubs, je dirais Thierry Anquetil pour son caractère de chien.

F. M. – Oui je suis d’accord. Onesta il avait les meilleurs joueurs du monde, il n’a presque pas fait de coaching, il faisait de la gestion humaine.

Facebook, Twitter ou Instagram (ou autre) ?

F. M. – Minitel pour moi ! Je travaille chez Orange, donc Minitel.

R. D. – J’essaye de me mettre à la page par rapport aux gens qui m’entourent avec WhatsApp, Snapchat. Après il n’y a pas plus simple que les messages et les appels.

Bio Express

Francis Mattioni, 59 ans

Joueur : Saint-Dié, Epinal

Coach : ASPTT Epinal (1998-2009), Epinal Handball (2009-2010), Folschviller (coach adjoint, 2011-2012), Raon-l’Etape (2012-2015), Folschviller (coach adjoint, 2017-2019), Epinal Handball (2019-…).

Rachid Dahmane, 41 ans

Ailier : Au club d’Epinal depuis l’âge de 18 ans.

 

Les matches au Palais des sports :

  • Samedi 5 octobre :

N1M : 18h : Épinal – Belfort

N1F : 20h30 : Épinal – Cergy

  • Samedi 19 octobre :

N1M : 20h30 : Épinal – Ivry