Bertrand Pierrat, gentleman driver.

À 65 ans, il n’a toujours pas l’intention de mettre le frein à main. Ni ses multiples mésaventures au volant, notamment un grave accident en 1979, ni ses responsabilités professionnelles n’ont eu raison de la passion du Romarimontain Bertrand Pierrat qui, après 45 ans dans les baquets, court toujours. L’œil alerte et le coup de volant intact, il poursuit sa trajectoire avec le plaisir comme moteur. Rencontre.

Revenons d’abord sur le Rallye des Canaries, finale du championnat d’Europe, fin novembre, qui ne devait pas être à votre programme…

B. P. J’ai été sollicité par mon Team belge BMA pour palier la défection d’un pilote russe. J’ai pris le départ avec 20 km d’essai et une auto que je ne connaissais pas (Hyundai i20 R5, ndlr), dans des conditions épouvantables. J’ai joué la sécurité mais je me suis fait plaisir et j’ai ramené l’auto intacte.

Remontons un demi-siècle en arrière, au moment où s’affirme votre passion pour la vitesse…

B. P. – Adolescent, je campais la nuit sur les parcours pour voir les rallyes. A 15 ans, à partir d’un numéro du magazine Système D, je me suis lancé dans la construction d’un kart à trois roues. J’ai coupé en 2 le scooter Lambretta de mon père, sans lui demander la permission, utilisé un siège de bistrot, un volant de DS, des tubes électriques… J’ai tout fait tout seul.

C’est grâce à vos performances skis aux pieds que s’ouvrent pour vous les portes du rallye en 1975. Et l’année suivante, vous faites sensation en terminant 2e au scratch sur le Rallye des Vallées…

B. P. – Je ne m‘attendais pas du tout à ça. C’était mon premier vrai rallye en tant que pilote, il y avait tous les costauds de la région. C’était déjà un miracle d’amener la voiture, une Ford Capri qui tombait toujours en panne, à l’arrivée. A l’époque j’étais en mode on/off, soit à fond sur l’accélérateur soit à fond sur le frein. A cette époque, avec rien on faisait tout.

Vous signez deux victoires scratch en 1978 sous la houlette du Pierre Renaud Racing avant d’être stoppé en pleine ascension, un an plus tard, par un terrible accident sur le Rallye de la Plaine…

B. P. – J’étais en tête avec une avance confortable et à la réception d’une bosse, la Porsche a pris feu. Je suis resté en vie car j’avais une combinaison, ce qui n’était pas obligatoire. Victime de graves brûlures aux membres inférieurs, j’ai été hospitalisé pendant trois mois. C’est une expérience de vie. Après une longue rééducation, j’ai mis de côté l’automobile et j’ai repris le ski en compétition.

Après un retour furtif, en 1985, vous décidez, non sans un gros pincement au cœur, de mettre le clignotant et de vous consacrer à votre vie professionnelle. Le break dure 20 ans…

B. P. – Je rêvais toutes les nuits de rallye, donc à mon moment donné, j’ai replongé. Je m’y suis remis en 2005, j’ai gagné un rallye mais mon auto n’était pas fiable. Je me suis donc acheté la Toyota Corolla avec laquelle j’ai gagné de nombreuses courses. C’est à cette époque que j’ai monté ma propre structure. Je n’ai plus arrêté, ou presque.

Vous avez pris part à tous les rallyes mythiques, Monte-Carlo, San Remo et bien d’autres. Quels sont vos plus beaux souvenirs ?

B. P. – Il y en a tellement. Pour 1 001 raisons, la victoire du rallye de Bulgarie en 2018, ça a été un très grand moment pour moi car j’avais arrêté pendant 5 ans sur une décision personnelle. Je suis revenu avec le mors aux dents, et on a gagné. C’est un grand souvenir. J’ai terminé tous les grands rallyes auxquels j’ai participé et quand on franchit la ligne d’arrivée, c’est toujours beaucoup d’émotions.

Qu’est-ce qui vous fait encore courir à l’âge de 65 ans ?

B. P. – J’ai l’impression de ne pas avoir pris une année. J’ai le même feu sacré, je suis comme un gosse quand je monte là-dedans. Je fonctionne avec une très grosse équipe, où je peux n’être que pilote sans m’occuper de l’intendance, un gentleman driver. Les tours de pistes, ce n’est pas mon truc. Je veux profiter de la vie, donc je fais les efforts pour être au départ de grandes épreuves. Je me régale.

Jusqu’à quand comptez-vous continuer ?

B. P. – Il me reste 20 ans à courir (rire). Je vais essayer de rouler au maximum avec les Porsche qui sont des voitures qui me conviennent davantage que les R5. Je ferai la Roumanie cet hiver, la Suède et puis je me tournerai vers des rallyes que je n’ai encore jamais fait avec des Buggy SSV.

Bio Express

Bertrand Pierrat

Né le 6 décembre 1955 à Remiremont (65 ans)

Consultant / Gérant d’une société d’achat-vente-location de voitures de course historiques

Dates clés :

  • 1968 : Première course et première victoire à ski à 12 ans
  • 1975 : atteint 178 km/h au championnat d’Europe de kilomètre lancé (ski) à Cervina
  • 1975 : 1er rallye (Rallye des Vallées) en tant que navigateur avec Jean-François Didier
  • 1976 : 1ère compétition en tant que pilote sur le Rallye de la Plaine au volant d’un buggy Volkswagen avec un pare-brise… gonflable
  • 1979 : Grave accident sur le Rallye de la Plaine
  • 1980 : Bertrand fait ses débuts en aviation
  • 1995 : Bertrand reprend l’entreprise familiale d’expertise
  • 2010 : Il convoie son nouvel avion, un Mooney, de Daytona, en Floride, à Dogneville, dans les Vosges, via le Québec, le Groenland, l’Islande, le Danemark et l’Ecosse (10 000 km, 32 heures de vol)
  • 2012 : Reçoit les insignes de chevalier de l’ordre national du Mérite

Principales victoires :

  • Rallye Sud-Alsace et Rallye
    des Vallées (1978),
  • Rallye Saint-Marcellin et Rallye Vosgien (2005),
  • Rallye de Lorraine (2008),
  • 4 succès en Coupe de France (2009)