Le Spinalien Laurent Bastien sera commissaire UCI au Tour de France.
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Exclusivité 100% Vosges, il y aura bien un Vosgien au départ du prochain Tour de France cycliste, qui devrait se dérouler entre le 29 août et le 20 septembre 2020. Le Spinalien Laurent Bastien sera l’un des quatre commissaire UCI, à veiller à la bonne marche éthique et sportive de la compétition. Rencontre avec un passionné de la Petite Reine.

Laurent Bastien, vous avez reçu une excellente nouvelle, il y a quelques semaines puisque vous avez appris que vous seriez l’un des quatre commissaires UCI pour le prochain Tour de France. Quelle a été votre réaction ?

Laurent Bastien Oui, je serai au départ du prochain Tour de France, fin août prochain, si tout va bien. Je suis très content de pouvoir être commissaire de la plus belle épreuve cycliste du monde. Je n’ai pas encore commencé ma saison puisque la plupart des épreuves sur route internationale débutent au moment où le confinement a été instauré. En fait, ma course de rentrée sera le Tour de France. Il y a pire (rire).

Vous attendiez-vous à ce qu’il soit décalé ?

L. B. – Décaler le Tour de France était la meilleure solution possible, selon moi. Que le Tour soit organisé est important pour tout le monde du cyclisme (équipe, coureurs, sponsors). C’est la course la plus importante au monde. Je le vois en comparant avec d’autres grands Tours. Le plus impressionnant est le nombre de spectateurs au bord des routes et l’enthousiasme. En montagne, les gens attendent des heures les coureurs et font 15 kilomètres pour retrouver le peloton plus bas. Cette année, nous serons 6 commissaires fédéraux et 4 commissaires UCI, sur le Tour.

Comment êtes-vous devenu commissaire sur les courses cyclistes ?

L. B. – Dans ma jeunesse, à la fin des années 1980, je suivais les performances de mon frère, Denis, sur les courses régionales et ça m’a vite passionné. Lorsqu’il a arrêté la compétition, j’avais 20 ans et j’ai voulu m’impliquer. J’ai pris une licence au Véloce Club Spinalien pour faire l’arbitrage des courses locales, c’est-à-dire faire le comptage et le chronomètre des coureurs à l’arrivée. Comme j’étais jeune, on m’a rapidement proposé de passer au niveau régional, puis national. La première épreuve importante à laquelle j’ai pris part, c’est l’Étoile Vosgienne à Épinal. Une course féminine organisée dans les Vosges, avec des championnes mondiales telles que Jeannie Longo. J’étais ardoisier à moto (consiste à indiquer le temps d’avance aux échappés par rapport au peloton, ndlr). Quelques années plus tard, la fédération m’a proposé de passer un examen national, puis l’examen de commissaire fédéral, qui m’ouvrait les portes sur les épreuves nationales.

Quel est le rôle du commissaire de course ?

L. B. – Il doit assurer la régularité sportive d’une épreuve. Les commissaires nationaux sont à moto. Les commissaires internationaux, eux, sont en voiture. Et depuis 2-3 ans, il y a un commissaire support TV qui scrute la course sur des écrans télévisés en direct. Il peut nous alerter sur différents faits de courses, afin de réagir rapidement et de débriefer en fin de course.

Concrètement, que jugez-vous ?

L. B. – Nous nous attachons à être garant de l’aspect sportif. Lorsqu’un incident touche un coureur, c’est le jury des commissaires qui fait un rapport et qui sanctionne. Nous scrutons également les fautes de coureurs sur un autre coureur. Par exemple, en sprint, il y a parfois des comportements litigieux ou des irrégularités que nous devons juger. Parfois, les fautes sont difficiles à analyser et les sanctions sont importantes.

On l’a vu justement sur le Giro 2019 avec le déclassement du champion d’Italie en titre…

L. B. Oui, j’étais commissaire UCI sur ce Tour d’Italie et il a fallu déclasser Elia Viviani. Une lourde décision. On a dû étudier les images à la seconde près. Il y avait faute mais il a fallu être scrupuleux pour tout analyser. C’est à la majorité des 4 membres du jury que la décision de déclassement est prise.

Gérez-vous également les voitures des directeurs sportifs ?

L. B. – Oui, nous devons gérer la position des directeurs sportifs par rapport aux coureurs. Un coureur qui va être lâché à la régulière par le peloton ne devra pas bénéficier des voitures pour faire son retour, nous devons faire barrage pour éviter cela. Aussi, à l’avant de la course, lorsqu’il y a des échappés, nous devons gérer les voitures intercalées entre les premiers et le peloton, pour éviter de favoriser l’un ou l’autre des coureurs. C’est notre rôle dans l’épreuve.

Contrôlez-vous aussi les ravitaillements ?

L. B. – Nous sommes vigilants à ce que les coureurs ne soient pas ravitaillés dans les 20 derniers kilomètres de course. En revanche, si les conditions climatiques sont difficiles (fortes chaleurs) où le dénivelé trop important (arrivé en haut d’un col), nous pouvons aménager ce règlement, pour permettre aux coureurs de bénéficier d’un ravitaillement tardif. En ce cas, nous prenons la parole sur radio-tour pour en informer toutes les équipes. En revanche, le ravitaillement fixe est décidé par l’organisateur.

Combien y a-t-il de commissaires internationaux en France ?

L. B. – 18 Français sont commissaires UCI pour les courses sur route. Au total, nous sommes 150 commissaires internationaux, dont une quarantaine travaille sur les courses World Tour et les jurys sont décidés par l’UCI. On ne sait jamais, en début d’année quelles courses nous ferons.

Comment conjuguez-vous vie privée et vie professionnelle ?

L. B. – Je suis responsable d’un bureau technique de maintenance. Je suis commissaire sur mes congés personnels. C’est un juste équilibre à trouver entre cette passion, mon travail et ma vie de famille. C’est une passion qui prend du temps. Nous ne sommes pas rémunérés. Nous sommes juste défrayés pour les déplacements et le logement.

Quels sont les grands Tours auxquels vous avez participé ?

L. B. – J’ai fait le Tour de France en 2000 et 2002, en tant que commissaire fédéral, à moto. Je suis passé commissaire UCI en 2003 et j’ai eu la chance d’officier sur le Giro 2019. En gros, ce rôle me prend une trentaine de jours de courses par an.

Quel regard portez-vous sur le dopage ?

L. B. – Nous ne nous occupons pas du contrôle anti-dopage mais je constate que le cyclisme moderne est plus propre qu’à l’époque EPO. On a retrouvé un cyclisme vivant. Le vélo est le sport le plus contrôlé. Les coureurs sont demandeurs d’un tel contrôle, pour retrouver une légitimité auprès du public. Le cyclisme est redevenu un sport très propre.

En revanche, votre rôle est de contrôler le matériel et les vélos des coureurs. Constatez-vous de la triche ?

L. B. – Ça a pu exister par le passé mais je ne pense pas qu’il soit encore en vigueur aujourd’hui. On ne peut présumer de rien mais je pense que nos contrôles sont efficaces. A l’époque, nous n’étions pas conscients de ce genre de tricherie mécanique avec un moteur électrique dissimulé. L’UCI a réagi mais je ne sais pas si ça a été beaucoup utilisé.

Vous êtes le président du club Route d’Archettes depuis 2 ans. Quel est votre parcours de cycliste ?

L. B. – Je ne faisais pas de sport jusqu’à mes 20 ans. En fait, j’ai été commissaire avant de faire du vélo.

Finalement, je m’y suis mis avec des copains et j’ai pris l’habitude de pédaler quelques centaines de kilomètres, toutes les semaines, sur notre territoire qui est idéal pour la pratique du cyclisme en amateur. Je ne déménagerai pour rien au monde car, sportivement, on a tout ce qu’on peut rechercher. J’ai davantage un profil de rouleur, j’aime faire des kilomètres mais je prends moins de plaisir dans les cols.

Êtes-vous fan d’un coureur ?

L. B. – Non, je ne suis pas fan mais plutôt admiratif et respectueux de leur performance, du premier au dernier. Si je devais en distinguer, ce serait les coureurs qui ont su dire non au dopage, alors que 80 % du peloton était dopé. S’il n’y avait pas eu cette période sombre, peut-être que David Moncoutié aurait remporté un ou deux Tour de France (rire). Avec des si…

Pour finir, quelle anecdote vous met encore des frissons ?

L. B. – Milan-San Remo 2011, j’étais commissaire l’année où Steve Chainel était en tête au pied du Poggio (l’ultime col de l’épreuve, ndlr). J’avais des frissons de me retrouver derrière lui, à suivre aux premières loges sa performance. C’était un moment indescriptible parce que se retrouver derrière un Vosgien à l’arrivée d’une telle course, ça fait quelque chose.

Parcours de commissaire de Laurent Bastien (56 ans) :

  • Commissaire régional à 20 ans

  • Commissaire national à 30 ans

  • Commissaire UCI à 39 ans