Dans son ouvrage Mapuche, et fier de l’être, le reporter vosgien Claude Vautrin évoque la vision d’un peuple autochtone du Chili en lutte pour ses terres. Le journaliste aborde un combat contre l’ultra-libéralisme ambiant, en écho à notre société.

 » Pourquoi les Mapuche ? « , s’interroge Claude Vautrin en préambule de son livre. La question lui a souvent été posée. Pourquoi mener une enquête sur un peuple autochtone du Chili, alors qu’il y a tant de sujets à traiter ? Parce que justement, Claude Vautrin traque ce dont on ne parle pas. 

Longtemps grand reporter à La Liberté de l’Est, ancien collaborateur à 100% Vosges et fondateur de la revue Montagne des Vosges, il aime à qualifier le monde de  » village planétaire « . Qu’il soit dans les Vosges ou à l’autre bout du monde, il y a toujours une histoire, un combat que le journaliste veut raconter. Le parcours des Indiens Mapuche en fait partie.

C’est dans les années 1970 qu’il découvre leur existence. Près d’un million sur une population de 17 millions d’habitants, les Mapuche sont présents au Chili depuis des siècles : ni les Incas, ni les Conquistadors espagnols n’ont réussi à les soumettre. Mais leurs terres s’amenuisent, et les lois anti-terroristes portées par la dictature de Pinochet entraînent de nombreuses détentions arbitraires.

En 2008, les prisonniers politiques mapuche (PPM) entament une grève sous l’ère de la présidente socialiste Michelle Bachelet. Claude Vautrin décide alors de s’intéresser au conflit de plus près. Au printemps 2016, il s’immerge pendant un mois dans la communauté Melipeuco, dans le sud du Chili. 

 » Le journaliste a trop souvent tendance à traiter des faits bruts « , indique le reporter.  » Je pense qu’il est important de les resituer dans un contexte et de regarder l’être humain en quatre dimensions.  » D’un côté, il y a les revendications territoriales liées aux communautés Mapuche. De l’autre, il y a un combat implicite contre l’ultra-libéralisme. Depuis plusieurs années, le Chili multiplie les projets néfastes pour l’environnement.

Lutter contre l’ultra-libéralisme

En 2013, une loi accorde notamment la propriété des poissons de la mer du Chili à un cartel de sept entreprises, mettant ainsi à mal la pêche artisanale. Un état de fait inacceptable pour les Mapuche.  » Pour eux, l’homme n’est pas au centre de l’univers. Dans l’esprit Mapuche, tout est sacré « , explique Claude Vautrin.

Il se rappelle d’une excursion au bord d’une cascade. Son compagnon Mapuche avançait pieds nus, lui avait gardé ses chaussures. C’est pourtant Claude qui est tombé et a récolté quelques hématomes.  » Tu vois, tu n’as pas assez écouté la nature ! « , lui a glissé l’homme en souriant.  » Les Mapuche sont aussi là pour défendre une certaine vision de la vie « , explique le journaliste.

Si la lutte armée existe, elle n’est pas revendiquée par l’ensemble des communautés et fait face à une sévère répression. Mais en raison d’une grande désinformation, le Mapuche est vu comme un terroriste par une partie de l’opinion publique. Paradoxalement, leur meilleure arme, c’est le dialogue. Claude est lui-même devenu un  » werken « , un messager.  » Tout passe par la connaissance. Dit les choses justes, sans les interpréter « , lui a t-on indiqué. 

Le journaliste obtient alors une reconnaissance et une responsabilité. Celle de Claude Vautrin, est de s’être immergé dans une communauté, de raconter ce qu’il a vécu, mais aussi, en tant que reporter, de toujours garder un oeil sur le village planétaire.