Jean-Paul Didierlaurent est venu dédicacer son 3e roman à la librairie "Quai des mots" à Epinal
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Le romancier bressaud signe son troisième roman : La fissure. Une histoire de maison qui craque et qui transporte un quinquagénaire un peu terne dans une vie, loin des Cévennes, riche et inattendue.

Nouvelliste avant d’être romancier, il y a longtemps que Jean-Paul Didierlaurent gagne des concours de nouvelles. Un jour, il s’est décidé à écrire un roman. Le liseur du 6 h 27 paru en 2014 a été une déferlante avec 350 000 lecteurs français (essentiellement des lectrices de tous âges, d’ailleurs, nuance le romancier) et des traductions dans 36 pays ! S’en est suivi avec une cadence de métronome Macadam, un recueil de onze nouvelles anciennes soigneusement choisies avec son éditeur, l’année suivante. Puis Le reste de leur vie, paru en 2016 et pour ce début d’année 2018, l’écrivain enchaîne avec La fissure.

« J’aime écrire de manière concise. Je ne vois pas trop de différence entre l’écriture d’un roman ou d’une nouvelle : je pars d’une trame, d’une colonne vertébrale, sinon, je ne démarrerais pas, j’aurais trop le vertige ! » Et comme pour l’écriture d’une nouvelle, l’auteur soigne particulièrement les chutes de ses romans. Grand admirateur de Stephen King, de Pierre Pelot, de la littérature noire de terroir, de Grégoire Delacourt, Jean-Paul Didierlaurent aime essentiellement la littérature contemporaine. S’il devait définir son nouveau roman, il évoquerait un mélange à la croisée du « roman picaresque, de l’humour, du fantastique ».

Une écriture à l’os

Méthodique, l’auteur écrit « chronologiquement chaque chapitre, l’un après l’autre ». Puis il se relit encore et encore : « je vais à l’os. Ça ne sert à rien d’en mettre trop. » Progressivement, il se laisse immerger par l’écriture, hanter par les personnages. Son héros, Xavier Barthoux, directeur commercial se complait dans sa petite vie tranquille. Il a une femme, un enfant, une résidence secondaire. Bien que son entreprise soit un peu défaillante, il n’est pas malheureux. « J’aime bien suggérer avec peu de mots. Le lecteur peut se faire son propre casting, c’est plus puissant que si on lui mâchait tout ».

Son héros a donc « la cinquantaine bien avancée, une moustache. Il est de la génération Mitterrand et avait 18-20 ans dans les années 1980. Il pourrait me ressembler. » L’idée a germé et « beaucoup tourné dans la tête » de l’auteur : au départ héros d’une nouvelle, il s’est transformé en personnage principal de La Fissure. Quant à la fêlure, l’idée est pratiquement tombée sur la tête de l’auteur : « quand j’ai acheté une maison, il y avait quelques fissures qui me perturbaient. Ca me polluait l’existence. Le jour où elles ont été colmatées, la vie a été plus belle ! » De là à imaginer un personnage qui voit sa vie partir en mille morceaux, il n’y avait qu’un pas.

Cette fissure agit comme un détonateur et ouvre les yeux du personnage qui subitement « voit sa vie différemment comme à travers un prisme. » Pour un temps, l’auteur a rangé son ordinateur : « c’est un moment que j’adore. Je me sens désoeuvré, dépossédé. J’ai hâte d’avoir des retours. » Humble, il explique : « un livre a deux auteurs : celui qui le lit et celui qui l’écrit. » Le quatrième roman est déjà à l’état d’ « embryon » dans sa tête. Il demande encore à « être nourri ». Il se pourrait qu’il se passe dans les Vosges, qu’il y ait des forêts, des montagnes, des fonds de vallées et des lacs : « ça me tient à cœur ! »

Muriele Charlet-Dreyfus