Pierre Rémusat en expédition avec son frère en Norvège.
© Frères Rémusat

Pierre et Thomas Rémusat sont deux frères originaires d’Anould. Naturalistes dans l’âme, chaque année, ils se lancent dans une aventure hors-norme à la découverte de la nature, de la faune, de la flore et de leurs spécificités. Leur dernier périple les a emmené sur plus de 600 km entre chemins et fjord norvégien, en 24 jours. Rencontre !

Pierre, Thomas et vous êtes des Vosgiens pure souche, originaires d’Anould. Comment avez-vous eu l’idée de vous lancer ce défi un peu fou de traverser la Norvège ?

Pierre Rémusat Il faut remonter à une bonne dizaine d’année. A l’époque, nous allions en forêt pour comprendre l’écosystème et comment se développent la faune et la flore de notre région. J’avais 10-12 ans et mon frère 5 ans de plus.

Vos parents sont naturalistes ?

P. R. Pas du tout. Mon père travaillait dans la grande distribution, à l’échelle nationale et ma maman est aide à la personne. Mais, c’est grâce à notre père que nous avons cette faculté à être curieux et à nous passionner de tout. Dès le départ, il nous a soutenus dans notre envie de découvrir la nature, immergés au cœur de la forêt et de la montagne.

Vous partiez avec quel matériel ?

P. R. Avec le strict minimum et nous avons rapidement eu la volonté de nous équiper en appareils photo pour rapporter à nos proches ce que nous avions vécu. On a rencontré Vincent Munier et son travail incroyable et ça nous a donné envie de sensibiliser, à notre tour.

C’est ce qui a amené votre livre sur les Vosges ?

P. R. – Nous avons dû mieux nous équiper, avec la volonté d’avoir une démarche artistique. Nous étions passionnés de nature avant la photographie. En fait, la photo a été un engrenage artistique, qui nous a permis de concrétiser un livre. C’est comme ça qu’est né Nuance Vosges où l’on part des noirs profonds jusqu’aux blancs immaculés de la neige. On montre le massif comme il l’est vraiment : brume, vent, tempête, neige… Tel que nous le percevons et surtout transmettre un message environnemental sur la préservation des espèces dans le massif. Le blaireau, le cerf, le chat forestier, avec des silhouettes ou des images assez furtives. Nous avons construit le livre avec une chronologie. On commence à minuit avec un cerf dans la Lune et on termine vers 18 h avec une pleine luminosité dans la neige.

Ce livre vous a permis de vivre de votre passion ?

P. R. – Pas du tout. C’est un livre qui a coûté très cher et nous nous sommes auto-édités. Ce livre n’a pas été rentable même si nous sommes rentrés dans nos frais, grâce aux 1 000 exemplaires vendus en 6 mois au prix unitaire de 39 euros. A l’époque, j’avais 18 ans et je me rendais en librairie moi-même pour présenter mon livre. En gros, on a tout fait de A à Z, des photos aux textes, en passant par le montage du livre et sa commercialisation.

Une première expérience encourageante qui a amené d’autres projets ?

P. R. – Dans notre second livre A la recherche du Silence, nous sommes partis en 2018 au Nord de la Norvège, pendant 18 jours, en autonomie complète, dans des conditions hostiles à – 45°C. L’objectif était de voir le bœuf musqué, qui est une espèce qui survit dans ces conditions. A l’issue de cette expédition, nous avons fait 2 livres en un : un côté artistique avec des images qu’on a pu retirer de cette aventure et un carnet de bord où on retrace notre épopée. Nous avons aussi fait un court-métrage pour visualiser le backstage de notre vie là-bas.

Quel a été le projet suivant ?

P. R. Nous avons voulu partir au Groenland, avec le céiste Matthieu Péché. Nous sommes proches de lui depuis quelques années et notre objectif était de faire un livre sur un sportif de haut niveau dans un milieu complètement différent de ce qu’il connaît, tout en lui montrant les problématiques environnementales de la fonte des glaciers, la faune en danger…. On a réussi à réunir de nombreux partenaires pour nous soutenir financièrement, mais Matthieu a accepté un job pour se reconvertir professionnellement, à sa retraite sportive. Notre projet est tombé à l’eau car nous ne voulions pas le faire sans lui. L’expédition se fera peut-être un jour, avec lui.

Vous n’avez rien fait en remplacement ?

P. R. Si, nous avions une forte envie de partir. Nous avons proposé aux partenaires de remplacer l’expédition par une traversée de la Norvège, avec 250 km de kayak et 400 km à pied. Une traversée permettant de s’enrichir d’une nouvelle expérience et de s’obliger à un objectif journalier de distance, en 27 jours.

Une telle aventure ne se prépare pas seul…

P. R. C’est pour ça que nous avons prévu une équipe logistique pour nous suivre et récupérer le kayak notamment. On l’a proposé à un ami, Romain Ganier, qui a accepté sous condition de faire la traversée avec son père, Jean-Luc. Ils sont donc partis tous les deux en Van pour gérer le matériel, pendant que nous vivions cette aventure extraordinaire, en septembre-octobre 2019. C’était la première fois qu’on déplaçait nos corps sur une telle distance. Nous avons eu des conditions optimales pour la pratique du kayak. Nous avions même un peu trop chaud car nous avions prévu des combinaisons résistantes au froid et on a eu près de 20°C, ce qui prouve qu’il y a un vrai problème climatique.

Des expéditions qui doivent vous donner des envies plus ambitieuses encore ?

P. R. On a une vision à court terme, sur la sortie du livre et sur les expéditions sur un ou deux ans. A moyen terme, sur les expéditions clés que nous voudrons faire. Et à long terme nous voudrions faire une grande expédition sous 7 ans, comme une expédition aux Pôles… C’est comme ça qu’est né le projet Cold Expédition : une grande expédition que nous ferons dans 10 ans sur le cercle polaire. Nous voulons sensibiliser sur l’impact du dérèglement climatique, sur les espèces animales ou végétales. En fait, Nuance et Silence sont les premières pierres de ce projet. Notre idée est de faire des expéditions chaque année pour sensibiliser sur chaque problématique environnementale, à une certaine culture, par différent canaux : le dessin, l’écriture et la vidéo. Finalement, la photo est presque devenue secondaire.

Le but est de rapporter et de sensibiliser ?

P. R. Oui, nous ne sommes pas moralisateurs du tout. On va présenter ce que l’on pense, ce qu’on a compris et ce que nous changeons sur notre quotidien. Si tout le monde faisait un petit effort, ça serait pas mal pour notre environnement.

Qu’est-ce que vous avez constaté de plus inquiétant ?

P. R. On a été très surpris par la chaleur et nous n’avons vu aucun renne. Des Norvégiens nous ont confié être contre le loup. C’est paradoxal, car ils sont proches de la nature mais ils n’apprécient pas la présence du loup car ils craignent leurs attaques envers les ovins et bovins.

Quel est le prochain défi ?

P. R. – Au Printemps dernier, je m’étais lancé l’objectif de traverser seul l’Europe, mais la Covid m’en a empêché. C’était une expédition entre Saint-Dié-des-Vosges et la mer Noire de 2 800 km au bord du Danube, en autonomie complète, à pied, pour analyser les barrages hydroélectriques, montrer les problématiques piscicoles, économiques, sociaux, environnementales… Sur les prochaines aventures, nous voulons avoir un but scientifique et faire des conférences pour transmettre nos aventures. Aller au contact des autochtones car ils font partie de l’écosystème que nous visitons. Nous aimerions faire la méridienne verte (relier le Nord au Sud de la France, ndlr) à vélo, rejoindre le Kamchatka, faire la migration des caribous dans le Grand Nord du Canada, la traversée du plus grand fjord du monde au Groenland, le transatlantique à la voile… des projets plus ou moins réalisables rapidement et qui se préciseront dans les prochains mois.

Fiche de présentation

  • Prénom/nom : Pierre et Thomas Rémusat.
  • Âges : 24 et 28 ans
  • Métier : Auteur, aventurier, réalisateur, photographe.
  • Premier ouvrage : « Nuances Vosges », Préface Vincent MUNIER, 2017
  • Deuxième ouvrage : « A la recherche du Silence », expédition hivernale, 2018
  • Troisième ouvrage : « Traverser. », Traversée de la Norvège d’Ouest en Est, récit d’aventure, 2020
  • Court-métrage : « A la recherchedu Silence », 10 minutes.
  • Long-métrage : « Traverser. », 58 minutes. 

Bande annonce de Traverser – La folle aventure des Frères Rémusat :