Emmanuel Paysant est arrivé à la Souris verte fin 2016
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Née sur les ruines de l’ancien cinéma Palace il y a 5 ans, la Souris Verte fait son chemin sous l’impulsion du label SMAC (scènes de musiques actuelles) obtenu en 2018. Bien plus qu’une salle de concert, elle est aujourd’hui incontournable en termes d’animation culturelle et d’éducation artistique. Rencontre avec celui qui donne le la au 17 rue des États-Unis à Épinal, le directeur Emmanuel Paysant, l’invité de notre magazine de mai.

Emmanuel Paysant, la Souris Verte a 5 ans. C’est un premier anniversaire symbolique…

Emmanuel Paysant – Oui d’autant qu’il arrive au début de notre vie de SMAC puisqu’on a obtenu le label en juillet 2018. On a souhaité marquer le coup avec un programme d’animations pour tous les goûts qui se concentre essentiellement sur le mois de mai (voir par ailleurs).

Vous êtes arrivé à la Souris Verte fin 2016. Dans quelle mesure avez-vous vu pu satisfaire vos ambitions ?

E. P. – Quand j’ai intégré la Souris Verte, je voulais que ce soit un lieu vivant, une « ruche culturelle » portant un projet artistique et culturel de territoire ouvert à des différents partenaires et pas seulement une maison où on fait des concerts. Ma plus grande fierté est d’avoir réussi en peu de temps le développement du soutien à la création, de l’action culturelle et de la fonction ressource pour les pratiques amateurs. Mon rêve serait que La Souris Verte et son projet deviennent incontournables pour la filière musiques actuelles dans les Vosges, bien identifiée dans la région Grand-Est. Il reste du chemin à parcourir, mais l’envie est là et nous avons de beaux projets dans les cartons.

« Le Festival Break The Ice, j’ai adoré ! »

Au niveau événementiel, de nombreux moments forts ont jalonné ces derniers mois… Pouvez-vous nous en citer quelques-uns ?

Le 1er festival des cultures urbaines « Break The Ice » a attiré près d’un millier de personnes en mars 2019

E. P. – Ce qui me vient tout de suite à l’esprit, c’est le festival des cultures urbaines Break The Ice qui a eu lieu début mars. On a eu plus de 900 personnes sur la journée et le lieu s’est complètement transformé avec une rampe de skate, du graff, une expo, des jeux vidéos, de la danse et des concerts. J’ai adoré voir ce public cosmopolite s’approprier le lieu comme ça. En plus les associations locales étaient parties prenantes, c’était top ! Parmi les derniers concerts marquants, je citerais Electro Deluxe, Dubioza Kolektiv qui avait foutu un bordel sans nom et la chanteuse tunisienne Emel Mathlouthi qui nous a offert un grand moment d’émotion.

Revenons sur le label « SMAC » décerné par le Ministère de la culture. Qu’a-t-il changé concrètement ?

Le concert de Dubioza Kolektiv en novembre 2018 a marqué Emmanuel Paysant

E. P. – C’était indispensable pour se développer. En tant que « SMAC », la Souris Verte s’inscrit dans les réseaux professionnels locaux, nationaux et européens des musiques actuelles. Les tourneurs nous connaissent. Le label nous a apporté de la visibilité par rapport aux artistes, de la crédibilité vis-à-vis de tous nos partenaires et financièrement ce n’est pas neutre : c’est 100 000 euros par an de l’État et 80 000 euros des collectivités locales. Notre aire de rayonnement n’est plus seulement l’agglo d’Épinal, qui porte le projet, mais tout le département.

« Une ruche culturelle portant un projet de territoire »

La Souris Verte, c’est aujourd’hui une véritable pépinière de talents…

Remontada, l’un des 200 groupes qui répètent régulièrement dans les studios de la Souris Verte

E. P. – Oui. La partie concerts ne représente qu’un tiers de notre activité. La ressource de la Souris Verte en tant que lieu, ce sont les studios de répétition qui permettent la pratique des musiques actuelles et la progression des groupes. On est là pour les accompagner de leurs premières notes jusqu’à la professionnalisation. Notre équipe fait un premier diagnostic et derrière la région finance tout un système d’accompagnement avec musiciens, techniciens conseil et coaches scéniques. En 2 ans on est passé de 50 groupes actifs à 130, ce qui est remarquable pour une ville comme Épinal et on n’est pas au bout de nos possibilités.

Quels sont les principales caractéristiques de la scène émergente dans les Vosges aujourd’hui ?

Dog’N’Style, un des premiers groupes à « être sorti du marasme des studios », tourne à travers l’Europe

E. P. – C’est très divers. On a à la fois des groupes déjà confirmés qui ont une vie professionnelle et sur lesquels on peut résolument compter au plan régional et national comme Yakch’é, Dog’n’Style, Mr Yaz, Lolomis et des formations qui commencent à être en capacité de proposer un concert avec un répertoire de création. Il y a encore tout un travail à mener pour repérer tous ces groupes sur l’ensemble du département et leur permettre de devenir visibles au niveau régional. Un réseau de diffuseurs vient de naître et donnera lieu dès la rentrée 2019 à un programme de repérage en partenariat avec le Conseil départemental.

« Accompagner les groupes de leurs premières notes jusqu’à la professionnalisation »

L’action culturelle est également un volet important de votre activité…

Le jeune public et les scolaires bénéficient de l’action culturelle et artistique de la Souris Verte

E. P. – Absolument. Ce volet était très attendu dans le cahier des charges de la SMAC et en phase avec la vocation du lieu, à savoir l’animation et le développement culturel du territoire. Fin 2016 seuls quelques établissements scolaires et centres sociaux d’Épinal étaient concernés. Aujourd’hui notre action couvre une vingtaine de communes de l’agglo du nord au sud, avec notamment le développement de spectacles jeune public. Les scolaires bénéficient viennent à la Souris Verte, assistent à des concerts et participent à des ateliers d’écriture et de pratique musicale avec les artistes qu’on accueille en résidence. Les handicapés, les personnes âgées et précaires font aussi partie du public touché.

Et à la Souris Verte, l’image a également toute sa place…

E. P. – On est à Épinal, et à Épinal il y a les images (rires). J’ai donc voulu donner une forte orientation vers les arts visuels. On a noué un partenariat avec l’ESAL (École supérieure d’Art de Lorraine) qui produit des effets au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer. On peut parler de fertilisation mutuelle entre image et musiques actuelles. Je suis vraiment fier de ça. Les étudiants de l’ESAL redécorent la Souris Verte tous les ans, ils organisent des soirées. On commence aussi à accueillir des expos photos. On va mettre en place des soirées VJing –comme un DJ mais avec de l’image – en essayant d’avoir des musiciens en live.

« Chaque date est un combat »

Pour en revenir aux concerts, le petit bémol c’est l’affluence…

Deluxe s’est produit à la Souris Verte en février 2017

E. P. – C’est vrai. On a à peu près 13 000 spectateurs par an. C’est bien par rapport à d’autres salles comparables mais on peut faire mieux, et ça passe par l’éducation artistique et culturelle. On n’a pas 10 ans ni un public d’habitué donc chaque date est un combat, quel que soit le style proposé. Beaucoup de gens ne sont jamais entrés dans une salle de concert, ne connaissent pas le lieu ou ont un a priori sur ce qu’on va y trouver. Très souvent, tu dis la Souris Verte, on te dit « métal ». Alors que quand tu regardes la prog, c’est presque ce qu’il y a de moins ! Notre ligne artistique doit rester l’éclectisme avec des tarifs accessibles.

Pour terminer, pouvez-vous nous annoncer quelques têtes d’affiche pour le second semestre 2019 ?

E. P. – Ce que je peux déjà vous annoncer, c’estHilight Tribe le 27 septembre, le rappeur Youssoupha le 4 octobre, on aura une date dans le cadre du NJP avec Vaudou Game ou encore Tagada Jones le 29 novembre. Et bien d’autres !

 

Emmanuel Paysant en bref

Né à Champagnol (Jura), 47 ans

> Musicien trompettiste (1997-2014), accompagnement du chanteur Aldebert pendant 6 ans.

> Directeur d’école de musique et danse dans le Jura et le Doubs (1997-2008)

> Chef de projet, direction de la culture, Conseil général de l’Ardèche (2008-2015)

> Directeur Agence culturelle du département Vosges Arts Vivants (2015-2016)

> Responsable musiques actuelles pour Scènes Vosges (2016-2018)

> Directeur de la Souris Verte (depuis janvier 2018)

 

Les principales dates de la programmation en mai et juin :

> Jeudi 2 mai, 20 h 30 : Joyce Jonathan + Clea Vincent (pop)

> Samedi 4 mai, à partir de 17 h : Barathon : performances et concerts dans les bars de la rue des États-Unis et à la Souris Verte.

> Vendredi 10 mai, 20 h 30 : Too Many Zooz (brass house)

> Jeudi 16 mai, 21 h : Souad Massi (world)

> Samedi 18 mai, 20 h 30 : Foé (chanson pop)

> Samedi 25 mai, 20 h 30 : Marcel et son orchestre (ska-punk-rock).

> Vendredi 31 mai et samedi 1er juin : 4e édition du festival de la scène locale émergente Spin’It’Live

> Jeudi 20 juin, 20 h : Alela Diane (folk)

> Vendredi 21 juin, 20 h 30 : Truckks (Noise) + guests

Infos et billetterie : www.lasourisverte-epinal.fr

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La Souris Verte en chiffres :

> 3 SMAC en Lorraine

> 8 équivalents temps pleins

> 50 jours d’accueil d’artistes en résidence à l’année

> 75 ans : l’âge du spectateur le plus fidèle

> 200 groupes inscrits aux studios de répétition

> 2 500 personnes touchées par les actions culturelles

> 3 000 groupes et artistes proposés chaque année

> 13 000 spectateurs en 2018

> 800 000 euros : budget de fonctionnement de la Souris Verte