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À seulement quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, nous avons rencontré Romain Mathieu, docteur en science politique et chercheur associé à l’IRENEE, Université de Lorraine. Le spécialiste a décrypté les grandes tendances du vote dans les Vosges de 2002 à 2015. Tour d’horizon.

Selon un sondage Odaxa, un électeur sur deux ne sait pas pour qui voter à la présidentielle de 2017. Il y a précisement 53% d’indécis. Romain Mathieu nous donne quelques éléments de réponse pour bien cerner ce qu’il se passe actuellement dans notre pays : « Il faut tout d’abord avoir à l’esprit que chaque élection se déroule dans un contexte et une temporalité qui lui sont propres ». Plusieurs éléments doivent être soulignés selon lui.

Les difficultés de la gauche et particulièrement du centre-gauche après un mandat perçu, par beaucoup, comme décevant. L’attitude distante d’un Emmanuel Macron envers le bilan de François Hollande ; la victoire lors de la primaire de la Belle alliance populaire d’un outsider et figure de proue des frondeurs, Benoît Hamon ; la percée sondagière d’un Jean-Luc Mélenchon, même s’il faut la prendre avec prudence, sont autant d’éléments qui confirment cette déception vis-à-vis du PS et les recomposition encore à gauche. D’autres éléments s’ajoutent au contexte particulier de l’élection présidentielle de 2017 : défiance vis-à-vis des acteurs politiques avec la succession des affaires pendant le dernier quinquennat (Cahuzac) et les affaires qui sont au cœur de la campagne présidentielle (Fillon, emplois fictifs du FN…).

Ces deux éléments confirment l’accroissement corrélatif du « tous pourris » comme nous l’explique Romain Mathieu. Pour toutes ces raisons, il semble inenvisageable de faire un pronostic du vote qui sera fait dans les Vosges, dans quelques jours. On peut néanmoins regarder les grandes tendances du vote des Vosgiens au cours des trois dernières élections présidentielles pour avoir quelques pistes…

Tropisme de la droite dans les Vosges

Le centre-gauche (principalement le PS) obtient dans les Vosges des résultats inférieurs à la moyenne nationale. L’écart est important : 2,47 points en 2002 ; 3,10 points en 2007 ; 3,9 points en 2012. Au 2nd tour, le candidat de gauche est battu dans les Vosges (2007 et 2012). Lors des trois dernières élections présidentielles, jamais un candidat de gauche n’est arrivé en tête, au 1er tour comme au 2nd tour. À l’inverse, les candidats de droite arrivent quasi-systématiquement en tête.

Les Vosges apparaissent ainsi comme un département nettement ancré à droite. Au-delà de cette orientation, l’autre point marquant est le niveau de vote en faveur du FN extrêmement élevé dans les Vosges. Alors que Marine Le Pen obtient 17,9% à l’échelon national au 1er tour de la présidentielle de 2012, elle obtient 24,18% des suffrages exprimés dans les Vosges. Dit autrement, elle fait quasiment jeu égal avec Nicolas Sarkozy (25,32%) et François Hollande (24,68%).

La distribution des élus du département atteste aussi de cet ancrage à droite : trois des quatre députés élus en 2012 sont membres LR ainsi que les deux sénateurs vosgiens ; 28 des 34 conseillers départementaux ont été élus sous une étiquette de droite ou de centre-droit et participent de la majorité départementale ; 7 des 12 conseillers régionaux élus dans les Vosges sont membres LR ; 7 des 10 plus importantes communes des Vosges sont administrées par une majorité de droite.

Qu’en est-il du taux de participation des Vosgiens ? « Il est légèrement plus important dans le département qu’au niveau national. La courbe d’abstention est quant à elle parallèle. Cette particularité de la participation peut s’expliquer par la dimension rurale du département » explique Romain Mathieu. La tendance du vote à droite va t-elle se confirmer lors du prochain scrutin ? Réponse le 7 mai.