Le Colonel Sacha Demierre, directeur du service d’incendie et de secours des Vosges.
© Jordane Rommevaux

Vosgien d’adoption, le Colonel Demierre est le plus jeune directeur du service d’incendie et de secours de France, nommé depuis 2 ans et demi dans les Vosges. Fin septembre, il était en préfecture des Vosges pour signer un protocole de prévention et de lutte contre les agressions visant les sapeurs-pompiers vosgiens, en compagnie du procureur de la république, Nicolas Heitz, du colonel du groupement de gendarmerie, Brice Mangou et de la commandante adjointe à la direction de la sécurité publique, Marie-Hélène Villaume.

Colonel Demierre, pouvez-vous préciser en quoi consiste ce protocole signé en préfecture ?

Sacha Demierre – Dans un contexte national d’augmentation des agressions de sapeurs-pompiers, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a instruit la nécessité que des protocoles soient signés dans chaque département. La recrudescence de ses incivilités nous a poussé à instaurer plus d’échanges entre les services de police et de gendarmerie, avant nos interventions. Au moindre danger ou risque, nous serons accompagnés. Nous aurons aussi la possibilité d’accueillir un membre des forces de l’ordre dans les ambulances, en cas d’agitation du blessé. Enfin, la signature du procureur de la république nous assure un réel soutien en cas d’agression aggravée ou de menace.

Les sapeurs-pompiers vosgiens subissent-ils régulièrement des agressions ?

S. D. – Malheureusement oui, de plus en plus ! Nous ne subissons pas de guet-apens, en revanche il y a une hausse des agressions faites par les victimes ou leur entourage. Régulièrement, nous devons gérer des personnes en état d’ébriété, sous l’influence de stupéfiants ou de médicaments, des personnes en conflit familial ou des violences conjugales… Ces agressions sont en hausse aussi parce que nous enregistrons une augmentation de 18 % de nos interventions en 8 ans.

De quels types d’agressions avez-vous à faire ?

S. D. – Nous avons autant d’agressions verbales que physiques. Ça va des insultes aux menaces de mort, en passant par les crachats, les gifles ou les coups de poing. Nous dénombrons 12 agressions en 2018 et déjà 13 cette année. Une expérimentation de caméras-piétons portées par les pompiers est actuellement en cours dans 10 départements en France. Elles pourront peut-être dissuader les agresseurs.

Quels sont les effectifs des sapeurs-pompiers dans les Vosges ?

S. D. – Nous comptons 2 900 pompiers volontaires, 146 professionnels, 80 agents administratifs et techniques et 400 JSP (Jeunes Sapeurs-Pompiers), pour 30 000 interventions annuelles. C’est un chiffre qui repart à la hausse car jusqu’à l’an dernier, nous perdions une cinquantaine de volontaires par an. Pour endiguer ces départs, j’ai créé une feuille de route de volontariat où nous proposons une formation fractionnée. Plutôt que de faire une longue formation (secours à personne, incendie…), nous leur proposons de faire le secours à personnes puis d’évoluer au cours des années suivantes, s’ils le désirent. Une formule qui semble plaire puisque nous avons gagné 130 pompiers.

Les JSP sont-ils les principales recrues ?

S. D. – Oui, une centaine de JSP devient volontaire, chaque année. D’ailleurs, les Vosges possèdent l’un des meilleurs taux de féminisation de ses effectifs en France. 25 % de nos pompiers sont des femmes, contre 18 % nationalement. C’est dû au fait que nous avons autant de filles que de garçons JSP.

Comment devient-on sapeur-pompier ?

S. D. – Les JSP comme les personnes de plus de 16 ans qui souhaitent devenir volontaires peuvent se renseigner sur le site internet (www.sdis88.fr) ou en poussant la porte de la caserne la plus proche. A l’issue d’une visite médicale, qui attestera de votre bonne acuité visuelle et auditive et de votre vaccination contre l’hépatite B, vous serez orienté vers une formation. Pas besoin d’être un super athlète pour devenir pompier.

Les sapeurs-pompiers se sont mis en grève, récemment, pour protester contre leurs conditions de travail, leur manque de reconnaissance de l’état et financier, ainsi que pour le maintien de leurs avantages pour la retraite. Les conditions se sont-elles dégradées ?

S. D. – Non, les budgets restent sensiblement équivalents puisque nous touchons chaque année 15 millions d’euros du Conseil Départemental et 12 millions d’euros de la communauté d’agglomération. Mais, avec l’augmentation du nombre d’interventions et le faible nombre de pompiers professionnels, il est parfois difficile de jongler avec le budget car nous sommes en parfaite autonomie. Nous payons tout : salaires, électricité, chauffage, essence, assurance… et tous les frais d’entretien et de renouvellement du matériel. Cette année, nous avons acquis 5 nouveaux véhicules infirmiers, ainsi que tout le matériel qui va avec. Notre fonction évolue avec le temps puisque nous devons désormais faire face à des événements qui ne nous subissions pas auparavant, comme les feux de forêts. Il faut donc évoluer avec ces nouvelles contraintes !