« Un collaborateur qui se sent bien dans son travail est un collaborateur impliqué, investi et motivé » disait Florence Servan-Schreiber, le 16 octobre à Epinal, lors des rencontres des clubs et réseaux d’entreprises. A Remiremont, Martial Demange, patron du groupe immobilier Avinim, a mis en place les vacances illimitées et rémunérées pour ses 9 collaborateurs il y a trois ans. Entretien.

Avec le recul, regrettez-vous d’avoir mis en place les vacances illimitées ?

Martial DemangeNon, bien au contraire. Ça fonctionne bien et ça n’a jamais posé de problème. Avec le recul, c’est un vrai plus. Ce qu’il ne fallait pas faire, c’est donner une semaine de plus ou un chiffre précis. Quand on met des limites, les gens veulent s’en rapprocher. Chacun a la liberté de décider et de se responsabiliser. Si on regarde les risques, on ne fait rien. Quand on l’a décidé, mes collaborateurs ne sont pas tombés de leur chaise. La transition s’est bien faite. Nos recrues doivent attendre deux ans pour pouvoir bénéficier de ces vacances illimitées.

Combien de jours de congés vos salariés prennent-ils à l’année ?

MD – Mes collaborateurs prennent des congés quand ils le souhaitent, en fonction de leurs besoins et des possibilités. En moyenne ils prennent 3 à 6 jours supplémentaires de congés payés par an (environ 6 semaines). Certains prennent moins, d’autre plus, et ils ne prennent pas le même nombre de jours chaque année. Mais sur plusieurs années on retrouve des chiffres équivalents. On ne s’attarde pas sur le comptage. C’est une question de confiance et d’organisation du travail. Il faut qu’il y ait toujours une forme de permanence dans les services (juridique, commerciale, technique), mais c’était déjà le cas avant.

« Un intérêt sur les performances »

Constatez-vous un mieux-être des salariés ? Sont-ils plus « productifs » ?

MD – Mes collaborateurs travaillent l’esprit tranquille. C’est simplement une contrainte enlevée, si on a un coup dur, un besoin par rapport aux enfants, à l’école. Il y a une liberté d’esprit, d’autonomie et de décision. Il est difficile de dire si ça a amélioré les performances. A minima, ça n’a pas impacté la productivité. On garde une bonne santé financière, jamais le client n’a été planté. On a gardé un effectif stable, il n’y a pas eu d’arrêt maladie lié au stress, pas de burn out. Je pense vraiment qu’il y un intérêt au bien-être des collaborateurs. J’étais le deuxième en France à mettre les vacances illimitées en place. Et si notre groupe immobilier a survécu après la crise, le système n’y est pas pour rien.

Le système est-il compatible avec les lois françaises ? Quelles évolutions législatives sont nécessaires ?

MD – Au départ, il fallait s’assurer qu’on ne se mettait pas dans l’illégalité. A l’époque je me suis interrogé. Il n’y a pas d’interdiction, ça peut rentrer dans un accord d’entreprise. Un point pouvait poser problème : le traitement à égalité des collaborateurs, en cas de rupture de contrat par exemple. Mais les vacances illimitées, ce n’est ni un acquis ni un droit et ça n’intervient pas dans le décompte des jours non utilisés à solder. J’ai sollicité le nouveau député de la circonscription Christophe Naegelen, qui a été reçu au ministère du travail à ce sujet. On lui a confirmé qu’il n’y avait pas de problème. L’intérêt c’est de faire remonter cette solution de management innovante au niveau de l’Assemblée.

Cette initiative a-t-elle vocation à faire des émules ?

MD – Si on peut être inspirant, c’est bien. Une troisième entreprise a mis en place les vacances illimitées récemment en France. Je suis beaucoup questionné par les dirigeants à ce sujet, ça risque de se développer. Aux Etats-Unis le système existe dans de grandes sociétés comme le groupe Virgin de Richard Branson. Mais ce n’est pas forcément toujours ce qu’il faut faire. Il y a plein de choses innovantes qui sont mises en place et qui ne sont pas connues. Je connais un autre gérant qui fait venir un ostéopathe par exemple. La problématique du bien-être au travail s’ancre au cœur des préoccupations dans les entreprises.