Une centaine d’élèves et d’apprentis sont en formation en taille de pierre, sculpture, gravure à Remiremont.
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A Remiremont, le lycée CFA Camille-Claudel s’est taillé une solide réputation dans les métiers de la pierre. L’établissement propose un ensemble de formations unique en France, rehaussé par plusieurs distinctions prestigieuses récentes.

C’est la deuxième fois en trois ans que le lycée Camille Claudel de Remiremont voit un de ses élèves remporter la première place du prix national « avenir des métiers d’art  » de l’institut national des métiers d’art (INMA) à Paris. Deux ans après Pauline Heuze, lauréate en 2015, c’est le Mosellan Adrien Thouvenin, apprenti en brevet professionnel spécialisation monuments historiques, qui a été primé le 11 janvier. Un mois plus tôt, il avait remporté le premier prix régional Grand-Est à Metz.

L’objectif du concours est d’aider les jeunes talents à concrétiser leurs projets. « C’est tout à fait exceptionnel pour l’établissement, s’exclame le proviseur Pascal Villemin. Ces récompenses font la fierté de l’établissement, des professeurs, des élèves qui réussissent. C’est un coup de projecteur sur notre établissement, ça permet de parler des métiers de la pierre et de montrer qu’on peut y réussir et parvenir à l’excellence ».

Près de 600 postes à pourvoir

Le lycée-CFA Camille-Claudel compte environ 330 élèves et apprentis, dont un tiers pour cette filière. Une centaine de jeunes originaires de toute la France. C’est le plus gros centre et le seul qui regroupe l’ensemble des formations en taille de pierre, sculpture, gravure, marbrerie funéraire et de décoration. Cela va du CAP (taille de pierre, marbrier du bâtiment et de la décoration) au baccalauréat professionnel (art de la pierre), en passant par le brevet professionnel (spécialisation possible sur les monuments historiques) et le brevet des métiers d’art. Artiste du bâtiment, le tailleur de pierre qualifié est recherché, que ce soit pour les constructions neuves ou la réhabilitation du patrimoine ancien. Les débouchés ne manquent donc pas.

« La profession a un besoin en main d’œuvre de 550 à 580 personnes aujourd’hui, explique Pascal Villemin. Les jeunes qui sortent diplômés trouvent du travail assez facilement ». Certains sont embauchés dans des graniteries au niveau local et d’autres intègrent des entreprises de réhabilitation des monuments historiques sur l’ensemble du territoire. Pas de doute, l’âge de la pierre, c’est toujours d’actualité.

Trois questions à Adrien Thouvenin

26 ans, lauréat du premier prix régional et national Avenir des métiers d’art.

Quel est votre parcours ?

J’ai fait une licence d’art à Metz puis j’ai ressenti le besoin de travailler la matière donc je me suis réorienté. J’ai intégré le lycée CFA Camille Claudel en 2014 en taille de pierre : j’ai d’abord fait un CAP puis deux ans de mention complémentaire sculpture et je suis maintenant apprenti chez France-Lanord & Bichaton à Heillecourt. L’objectif est de passer un Brevet professionnel option monuments historiques.

Décrivez-nous cette œuvre qui a tapé dans l’œil du jury ?

J’ai réalisé une interprétation de la statue d’Eve, datant du XVe siècle, du sculpteur allemand Tilman Riemenschneider. Je suis passionné de la période médiévale, gothique. La statue, de deux mètres de haut, a été taillé dans un monobloc de grès rose. Ce n’était pas gagné d’avance, il y avait du stress. J’ai été très surpris de gagner.

Ces prix peuvent-il vous ouvrir des portes ? Comment voyez-vous l’avenir ?

C’est une belle ligne sur le CV et 4 500 euros de prix, mais je ne prévois pas de me mettre à mon compte. La formation m’a permis d’apprendre les bases du métier. De nombreuses années d’expérience et de travail sont nécessaires pour être considéré comme un ouvrier qualifié. J’aimerais travailler dans la restauration du patrimoine bâti, en taille de pierre ou sculpture.