Sébastien Schmitt, directeur régional BPI France.

Directeur régional de BPI France Grand-Est, Sébastien Schmitt traverse cette crise sanitaire et économique avec un optimisme rassurant. Solidarité, aides financières, soutiens aux chefs d’entreprise, il décrypte cette situation inédite et nous apporte sa vision d’avenir en Lorraine et dans les Vosges. Rencontre.

Monsieur Schmitt, pouvez-vous expliquer le rôle de BPI France (Banque Publique d’Investissement) auprès des entreprises pendant cette crise du Covid-19 ? Quelles sont les aides que vous apportez ?

Sébastien Schmitt – BPI France, comme l’ensemble de la communauté bancaire, s’est rapidement organisée pour épauler les chefs d’entreprise afin de passer cette crise et rebondir le mieux possible. C’est le rôle que nous avons sur le territoire. Nous avons rapidement pris trois mesures importantes. Première mesure : on a gelé les prélèvements des crédits des entreprises que nous soutenons. L’important est de laisser un maximum de liquidité aux sociétés car on ne sait pas quelle est la taille de la vague que nous avons à affronter. C’est ce que nous avons mis en place, une semaine après le début du confinement. Deuxième mesure : la mise en place d’un numéro vert, sorte de plateforme, où tous les chefs d’entreprise peuvent nous solliciter pour les accompagner à passer cette crise. En l’espace de trois semaines, 300 sollicitations ont été enregistrées pour le département des Vosges. Son objectif est d’apporter de l’écoute et de l’aiguillage sur ce que nous pouvons faire par rapport à leur problématique. Les appels se sont calmés depuis le début du mois de mai. Mais les 5 premières semaines étaient intenses et nous avons joué un rôle de « psycho-banque ». Troisième mesure : mise en place d’une boîte à outils financière liée au traitement de la crise, par le moyen d’une trésorerie pour aider les entreprises. On a apporté un soutien financier aux entreprises. Sur les Vosges, on totalise une quinzaine de millions d’euros. Une situation inédite dans la rapidité d’exécution. En général, en Lorraine on produit 250 dossiers de crédit par an, mais en 8 semaines, plus de 200 ont été établis. Nos équipes ont fait preuve de dévouement durant ses 8 semaines et se sont comportées comme des ninjas, avec une vitesse d’exécution rapide (rire).

Malgré tout, de nombreuses Start-up sont en difficulté. Quels sont les conseils à apporter à ses dirigeants  ? Combien de dossiers avez-vous financés dans les Vosges ?

S. S. – Il faut que les entreprises qui sont en difficulté analysent correctement leurs besoins en trésorerie, car ces dispositifs mis en place par BPI France et toute la communauté bancaire, sont des crédits. Et les crédits se remboursent donc il ne faut pas non plus se sur-endetter. Aller chercher un soutien financier, d’accord, mais il faut bien calibrer ces besoins pour passer idéalement car le jour où tout rentre dans l’ordre, il faudra rembourser. Une quarantaine de dossiers ont été traités dans les Vosges, ce qui équivaut à 15 millions d’euros d’aide. L’outil central, 2 200 PGE (Prêt Garanti par l’État) ont été instruits ou en cours d’instruction par la communauté bancaire sur les Vosges, pour un total de 241 millions d’euros, majoritairement à destination de l’industrie et du commerce. Les PGE mis en place par les banques sont couverts à 90 % par l’état. Donc, 24 millions d’euros ne sont pas pris en charge, il y a donc un vrai risque par les banques. En parallèle, les prêts rebonds ont été mis en place avec la région Grand-Est, sous forme d’une dotation pour que nous puissions apporter des liquidités sur le territoire. Un « dispositif crise » qui permet d’accorder des prêts de 150 000 euros à destination des TPE et PME. Le prêt rebond est un outil qui permet de servir les entreprises en complément d’un PGE. Il est plus patient dans le remboursement. Quand le PGE accorde un différé de remboursement d’un an, le prêt rebond accorde
2 années pour respirer.

Il y a des inquiétudes quant à l’avenir des PME et TPE. Conseillez-vous aux porteurs de projets de lancer leur activité maintenant ou d’attendre ? 

S. S. – Une de nos valeurs est l’optimisme. Psychologiquement, nous sommes déjà dans la phase de rebond. Notre direction générale travaille en étroite collaboration avec le gouvernement et nous lançons le plan tourisme pour accompagner les professionnels, tout comme le secteur automobile, ainsi que l’aéronautique prochainement. Dans notre discours, nous leur conseillons de se lancer car c’est le moment. Plus on laisse traîner cette phase de rebond plus ça risque d’être compliqué.

On parle du « jour d’après » pour les sociétés et les entreprises, pensez-vous que nous arriverons rapidement à tourner la page ? 

S. S. – Le « jour d’après », arrivera dès lors que la science aura trouvé un traitement pour soigner ce virus. Cela va recréer de la confiance partout dans le monde et ça se ressentira dans les Bourses mondiales. Ça sera là le début du jour d’après. Les entreprises qui ont continué à fonctionner pendant le confinement, avec la mise en place du télétravail et l’accélération du digital, ont démontré que les façons de travailler ont changé. On voit que les entreprises se sont rapidement adaptées et les retours sont globalement bons. On a pu analyser l’efficacité du télétravail. Il s’avère que ça fonctionne. C’est aussi cela le jour d’après. Enfin, la situation va profiter aux commerces de quartier car les gens changent de comportement d’achats. Les primeurs n’ont jamais aussi bien marché.

Pourtant la situation a poussé les Français à consommer autrement : drive, commandes sur internet… Est-ce préjudiciable pour le commerce
local ?

S. S. – Non, les commandes par internet ne vont pas entacher les commerces de proximité. Il faudra s’adapter et basculer dans le digital peut compléter l’offre. Il ne faut pas se cantonner uniquement à la commercialisation web, ni à l’unique vente en boutique. Il faut une offre multicanal. C’est aujourd’hui le moment de changer et de s’adapter. Il faut profiter de cette crise pour changer de méthodes. C’est très intéressant de voir ce qu’il va se produire dans les prochaines semaines et mois, vous verrez ! Je suis bluffé et admiratif par l’énergie et les ressources de ces chefs d’entreprise. Je reçois des dossiers de financement de chefs d’entreprise qui profitent de cette période de business ralentit pour réfléchir à l’après. Je trouve ça très positif. Les Vosgiens ont des ressources et ils vont le montrer même s’il y aura des dégâts. Restons optimistes et revenons au travail.

Quel message pouvez-vous apporter aux chefs d’entreprise en difficulté ?

S. S. – Nous sommes dans une crise sanitaire particulière. Par rapport à 2008, les mesures ne sont pas comparatives. La puissance est beaucoup plus importante. Les banques font le job et apportent des solutions rapides. Elles épaulent les chefs d’entreprise. Nous ne voulons laisser personnes au bord du chemin. Les banques et BPI France sont au côté des chefs d’entreprise avec toutes les institutions / partenaires économiques. Cette crise a le mérite de montrer cette solidarité entre tous les intervenants économiques. L’état nous donne les moyens de résister donc il faut encaisser cette crise le mieux possible et rebondir. C’est maintenant qu’il faut se mettre dans un état d’esprit de rebond. Dans une dynamique positive et optimiste.