Paul de Montclos, président de Vosges Terre Textile.
© Garnier-Thiebaut
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Paul de Montclos a plusieurs casquettes dans la filière textile départementale. PDG de l’entreprise Garnier-Thiebaut, il est aussi le président de Vosges Terre Textile, un label qui garantit l’authenticité des articles fabriqués dans les Vosges. Rencontre.

Comment se porte le textile vosgien ?

Paul de Montclos – Comme je le dis régulièrement : « le textile vosgien va mieux mais ça ne veut pas dire que tout va bien ». Au sens où les entreprises vosgiennes ont toute du travail ou sont en voie de développement et d’investissement. Elles restent sensibles à la situation géopolitique. Je trouve qu’il y a une vraie dynamique positive qui s’est instaurée depuis une vingtaine d’années.

Le marché commercial a-t-il évolué depuis les années 2000 ?

P. M. La clientèle se tourne de plus en plus vers les produits de proximité et le made in France. Le label Vosges Terre Textile y a fortement contribué par le biais d’une forte dynamique de communication. Il y a quelques années, nous avons fait le constat que les Vosgiens savaient travailler et ils le faisaient bien, sauf qu’ils ne savent pas le dire. Cette récente dynamique rabat les cartes mais c’est vrai qu’il ne faut pas crier victoire, nous ne sommes pas à l’abri d’un grain de sable qui puisse enrayer cette reprise.

Comment ce label accompagne concrètement les entreprises vosgiennes ?

P. M. – Notre priorité à Vosges Terre Textile a été de fédérer et de réimpulser une nouvelle dynamique en communiquant autrement. Une image nouvelle et de qualité que nous affichons chaque année, comme par le biais de nos mini-films que nous avons révélé, il y a quelques semaines. Le label a permis de fédérer les entreprises de la filière et de travailler ensemble. De plus, ce nouvel élan à apporter une vraie dynamique positive auprès des travailleurs, qui ont retrouvé une certaine fierté à exercer dans le textile, ce qui n’était pas le cas à la fin du siècle dernier où l’image était morose, écornée par les nombreuses fermetures d’usines et la dynamique en perte de vitesse.

Comment va se traduire le partenariat signé avec la marque Je vois la vie en Vosges ?

P. M. – Lorsque le département nous a contacté pour la création d’articles griffés Je vois la vie en Vosges, j’ai immédiatement vu d’un bon œil ce partenariat et j’ai accepté car il fédère le savoir-faire du département. Le département aide les entreprises via leur réseau de communication et les entreprises font profiter de leurs expériences pour apporter des produits de qualité. C’est un équilibre intéressant. Je dirais même que c’est gagnant-gagnant ! Malgré tout, ce n’est pas avec ce genre de contrat que nous pouvons pérenniser les emplois. Ce type d’accord permet une valorisation des marques et du savoir-faire local.

Justement, les outils de production ont évolué rapidement. La modernisation des postes est-elle au détriment de l’emploi ?

P. M. – Les outils de production ont évolué évidemment, ce qui se traduit par une forte évolution de l’offre d’emploi. Il y a quelques années, les entreprises du textile recherchaient des personnes avec une certaine force physique. Aujourd’hui, ils recherchent davantage des pilotes d’automates que des manutentionnaires. Même derrière une machine à coudre, l’opératrice doit savoir la manipuler. Il peut y avoir un problème de décalage entre l’offre et la demande d’emploi, en ce sens.

« J’ai l’intuition que le circuit court peu sortir grandi et peut apporter une solution à cette crise »

Ce qui veut dire que les formations vers les métiers du textile ont dû s’adapter ?

P. M. – Exactement, ces métiers nécessitent des compétences complètement différentes de ce qui était important par le passé. Notre seule façon de devenir concurrentiel avec le marché international est l’automatisation et la digitalisation des postes, ce qui implique d’offrir des formations aux employés du secteur, pour être performant.

L’épidémie de Coronavirus qui touche principalement l’Asie, depuis quelques semaines, aura-t-elle des conséquences sur le marché du textile français, car 27 % des vêtements vendus en France sont fabriqués en Chine, selon l’institut français de la mode ?

P. M. – La crise sanitaire du moment est dramatique. Professionnellement parlant, elle peut rabattre les cartes de la filière textile. D’ailleurs, je suis persuadé que la filière vosgienne est armée pour faire face à cette crise. J’ai l’intuition que le circuit court peu sortir grandi et peut apporter une solution à cette crise.

Les ventes de produits textiles ont opéré un véritable changement depuis les années 2000 avec l’émergence du numérique dans notre quotidien. Est-ce au détriment des boutiques ?

P. M. – Le marché du numérique concerne principalement les entreprises qui ont vocation à vendre auprès du grand public et à grande échelle. Toutes les entreprises sont obligées de travailler avec des canaux de distribution les plus larges possibles. Je pense, personnellement, qu’il y a un équilibre à trouver entre les ventes en ligne et les ventes en boutique. Je crois en une cohabitation entre ces deux systèmes de ventes. On sent aussi dans cette mouvance des habitudes de consommation, une évolution des achats vers l’occasion, le recyclage et la transformation. Les Français sont de plus en plus friands de ce genre de commerce, au détriment de la pollution carbone rejetée à cause des multiples livraisons.

Justement, le gouvernement français attache de plus en plus d’importance à la pollution. Récemment, c’est le textile qui a été mis en cause avec les fibres plastiques microscopiques libérées par les vêtements au cours du lavage. Quelle est votre réponse à cette remarque ?

P. M. – Attention aux amalgames ! Le textile vosgien ne pollue pas. D’ailleurs, j’affirme qu’en France nous sommes les industriels qui polluons le moins avec des dépenses en électricité contrôlées, nous prônons les circuits courts et nous respections la réglementation forte imposée par le programme Reach (règlement qui sécurise la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne, ndlr). Le textile français n’est pas polluant, à l’inverse des produits importés. En revanche, les microparticules libérées au lavage sont une réalité qu’il faut endiguer. C’est le problème des textiles recyclés. Les matières en polyester et coton sont plus petites et s’échappent plus facilement dans l’eau. Il faut équiper les fabricants de machines à laver avec des filtres plus efficaces.

Les produits utilisés pour le lavage du linge est aussi pointé du doigt…

P. M. – C’est vrai et c’est pour cela que nous sommes fiers d’avoir été précurseur à Garnier-Thiebaut en ayant lancer la commercialisation de notre lessive biodégradable. Je reconnais qu’elle est plus chère mais elle est efficace et non polluante. La filière textile a des réponses à apporter. Il n’y aura jamais LA solution mais une multitude de solution à appliquer.

Stop aux machines à laver polluantes d’ici 2025

La France a lancé le chantier de l’installation de filtres à microfibres plastiques dans les lave-linges. Une première mondiale destinée à lutter contre la pollution des océans. « Un choix indispensable », a souligné la secrétaire d’Etat à la Transition écologique Brune Poirson, à l’issue d’une table-ronde où elle réunissait les constructeurs de machines à laver, des « innovateurs » qui travaillent sur des solutions de filtres, des ONG et des associations de consommateurs.

A compter du 1er janvier 2025, les lave-linges neufs vendus en France, aux professionnels comme aux particuliers, devront être munis de filtres destinés à empêcher le passage dans les eaux usées de fibres plastiques microscopiques libérées par les vêtements au cours du lavage.

Si la décision a été saluée par le monde écologiste, beaucoup s’interroge sur cette date d’application de la loi tardive car les microplastiques représenteraient 15 % et près du tiers des quelque 9,5 millions de tonnes de plastiques déversées chaque année en mer, selon des chiffres de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature).