La récolte des mirabelles dans les Vosges est directement affectée par la météo calamiteuse de ce printemps et les fortes chaleurs de l’été. Néanmoins les professionnels restent confiants.

Il aime les déguster au moment de la cueillette au pied de l’arbre. Mais cette année, Jean-Marie Houot a dû patienter avant de savourer ses mirabelles jaunes et rouges. Elles affichaient une verte pâleur il y a quelques jours encore… Pas assez pour faire perdre le sourire de ce producteur au sein de la SCEA Vergers de Gaudines et président de la coopérative des Coteaux Lorrains, mais tout de même. La météo de ces derniers mois lui reste un peu en travers de la gorge.  » C’est la première fois que le retard est aussi grave. D’habitude on débute la récolte entre le 7 et le 12 août, cette année on commence seulement en cette fin août puis jusqu’au 15-20 septembre pour atteindre la pleine récolte. Près d’un mois de retard !  » De mémoire de producteur, on n’avait jamais rien vu de tel. Et encore, en espérant que la pluie ne vienne pas abîmer les fruits sur les arbres.

Cette même pluie coresponsable, avec le froid, du retard de la floraison des arbres au printemps. Un phénomène dont ont souffert tous les producteurs vosgiens de mirabelles :  » La pluie empêche les insectes polinisateurs de voler d’arbre en arbre et entraine le pollen dans le sol. Et le froid a bloqué le mécanisme de fécondation. Il aurait fallu au moins 40 heures au-dessus de 15°C en avril, mais nous ne les avons pas eues !  » Et les chaleurs de cet été n’ont pas rattrapé la météo désastreuse :  » Au contraire, les mirabelliers se bloquent au-dessus de 28°C. « 

Pas de pénurie

Au final, Jean-Marie Houot redoute de ne pouvoir récolter que la moitié des fruits de ses 10 000 mirabelliers et de voir diminuer de 40 à 50 % son chiffre d’affaires de la récolte 2013. Une moyenne qui varie selon les endroits :  » On estime qu’environ 70 % des récoltes sont préservées sur le territoire vosgien, nuance Thierry Antoine, conseiller en arboriculture pour le département des Vosges. Les producteurs sont plus ou moins durement touchés selon les localités. A contrario, dans le secteur Mirecourt et Châtenois, il n’y a aucune perte, seulement des retards comme partout. « 

Pour les producteurs concernés, pas moyen d’ajuster le tir avec les stocks habituels de mirabelles surgelées déjà utilisés l’an dernier en raison d’une récolte minée par le gel.  » Avec cette seconde année consécutive de mauvaise récolte, il n’en faudrait pas une troisième. Ce serait mauvais pour le moral et pour le marché.  » Une réflexion est en cours pour solliciter le fonds national des calamités agricoles déjà activé l’an passé.

La mirabelle est délicate et exigeante mais donne des fruits parfaitement calibrés pour correspondre à l’IGP (Indication Géographique Protégée) dont bénéficie la production de Jean-Marie Houot : le degré de sucre et la coloration répondent à un cahier des charges très précis contrôlé par des organismes comme Ecocert. Le retard de la récolte n’impactera donc pas la qualité des fruits. Ni au final les volumes disponibles :  » On est pas dans un cas de pénurie, insiste Thierry Antoine. Sur l’ensemble de la Lorraine cette année, on a de quoi couvrir toutes les demandes.  » De quoi rassurer les consommateurs, qui devront simplement s’armer de patience avant de retrouver leurs fruits chéris sur les étals.

Hausse des prix ?

La Lorraine représente à elle seule environ 73 % de la production française de mirabelles (source Statistiques Agricole Annuelle 2011). Pas étonnant donc que dans les Vosges, la mirabelle représente 90% des cultures fruitières, soit 150 hectares de mirabelliers  » professionnels « , pour une production de 1 080 tonnes.


Si la mirabelle impose son timing au marché économique des grossistes et des industriels, il ne faudrait pas non plus qu’elle se laisse trop désirer. Hausse des prix à la rentrée ? Un risque, au regard de la flambée du prix des fruits et légumes qui ont tous subi de plein fouet le retard dû aux intempéries du printemps. L’abricot, star des fruits estivaux, a vu son prix grimper de près de 30 % cet été par rapport à l’année dernière. Mais pas de règle en la matière, puisque la cerise a chuté de plus de 12% par rapport à 2012.