Les poils : c’est plus le kiff !

Il n’y a pas que les adultes qui passent au rasoir ou à la cire. Certains jeunes n’arborent plus l’ombre d’un poil et ne jure plus que par le glabre, […]
Rédacteur 100 % Vosges

Rédigé par Bruno Veillon

Le 26 septembre 2015

Partager cet article

Il n’y a pas que les adultes qui passent au rasoir ou à la cire. Certains jeunes n’arborent plus l’ombre d’un poil et ne jure plus que par le glabre, partout : torse, aisselles, pubis… tout y passe, chez les hommes comme chez les dames.

 » La touffe, c’est un signe de laisser-aller pour moi « . En matière de pilosité, Lou, 22 ans, a une tolérance limitée. Adepte de  » l’intégrale « , la jeune fille a commencé à s’épiler à 17 ans, et depuis, pas de répit pour sa toison.  » Les poils, ça me dégoûte, autant tout enlever « , explique-t-elle. Peur d’être  » anormale  » aussi.



Chez les garçons, la tendance est elle aussi bien musclée. Torse doux, aisselles lisses et …  » le bas aussi « , Jordan, 24 ans, dit avoir  » toujours fait ça « .  » Je trouve ça plus propre, je préfère… pour moi et les filles aussi « .



À l’image des 15-30 ans, Lou et Jordan ont fait table rase de leur pelage originel. Seul épargné : le poil facial pour les hommes, la barbe que Jordan arbore avec une pousse de trois jours. 



 » Le dos, les épaules, les jambes, le torse, puis le ventre, ça existait déjà. Mais pour l’intime chez les hommes, la demande a au moins triplé depuis cinq ans « , confie Claire Philipponneau, esthéticienne dans un salon de beauté dont la moitié de la clientèle est constituée d’hommes.



 » L’intime « , un terme marketing pour parler du pubis avec la même pudeur qui amène certains salons à ne pas afficher les tarifs pour ce genre de prestation, même si elles sont bien proposées aux hommes. Avec une note salée, savoir-faire oblige. 65 euros dans le salon de Claire (pour un maillot intégral féminin, il faut débourser  » seulement  » 39 euros).



Rasoir, tondeuse, crème dépilatoire : les juniors n’ont pas toujours les moyens de s’offrir une épilation, mais la professionnelle, elle, ne jure que par la cire. Tout y passe,  » y compris le sillon interfessier « , précise-t-elle.



Quant aux filles, l’esthéticienne estime que la majorité des 20-30 ans sont passées à  » l’intégrale « .  » 70 % des moins de trente ans demandent ça à présent « . Et d’ajouter :  » Dès qu’elles ont quelques poils, les clientes se sentent moins nettes. Question de confort sexuel. Pour les hommes aussi d’ailleurs « .



Une tendance hygiéniste d’après le sociologue Christian Bromberger, auteur des Sens du poil (édition Créaphis) :  » On est entré dans une époque obsédée par les bonnes odeurs. C’est l’idée du net, de l’aseptisé, de l’inodore, une lutte contre l’animalité « , analyse-t-il.



Fini le  » ticket de métro  » qui venait différencier les femmes des petites filles. 



 » Cette génération opère une petite révolution  » selon l’expert : la bande de poils qui coupait encore l’enfance de la puberté a disparu. Les jeunes plongent dans  » un futur androgyne tels les héros de science-fiction totalement imberbes « , poursuit Christian Bromberger. Pour Michel Fize, chercheur au CNRS, spécialiste des questions de l’adolescence, de la jeunesse et de la famille, ciné X et imagerie publicitaire ont fortement contribué à ce glissement pour ces enfants de la  » Génération Youporn « . 



 » Il y a des canons qui viennent de l’extérieur, notamment de la sexualité sur internet. Regardez le mâle sportif tel qu’on nous le représente : nos grands nageurs médaillés sont tous épilés, même si c’est pour des raisons techniques au départ. 



Idem dans certaines publicités « , relève-t-il. Ce goût pour l’imberbe en a pris de court certains : Claire Philipponneau regrette le manque de formation aux épilations intimes masculines.



Elle qui doit s’armer d’  » une pince et d’une loupe pour ce travail minutieux  » lâche :  » Le problème, c’est que beaucoup de salons commencent à s’y mettre, mais les filles ne sont pas formées en école. Elles s’exercent sur le tas… Et un homme, c’est délicat « .

Rédacteur 100 % Vosges

Article rédigé par

Bruno Veillon

Le 26 septembre 2015

Partager cet article

Nos autres articles Actu