© Andreas SOLARO / AFP
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(AFP) – Il y a 50 ans, Jil Sander fondait sa première boutique près de Hambourg, dans le nord de l’Allemagne, et créait des vêtements minimalistes appelés à redessiner durablement la garde-robe de la femme moderne et émancipée.

Et même si « la reine du minimum » a pris congé des podiums de défilés de mode en 2013, elle ne se repose pas. A 74 ans, elle s’est replongée dans ses archives à l’occasion de la première exposition lui étant entièrement consacrée, organisée à Francfort (ouest).

« J’étais agréablement surprise par le fait que de nombreuses formes ne me semblaient pas avoir vieillies », dit-elle à l’AFP, dans un rare entretien accordé via e-mail par la discrète styliste allemande.

Élégants manteaux, robes aux lignes sobres, produits cosmétiques ou collaborations artistiques: l’ensemble, loin d’une rétrospective, veut avant tout souligner la modernité de ses créations.

« Pour moi, Jil Sander est parmi les plus importantes artistes de mode de sa génération », déclare Matthias Wagner K, directeur du musée d’Arts appliqués de la ville, qui a convaincu la styliste de participer au projet.

L’exposition, qui s’est terminée début mai, a attiré plus de 100.000 visiteurs en six mois, l’un des plus grands succès du musée. Son directeur est désormais en discussions pour la faire voyager aux Etats-Unis et au Japon.

– Femme d’affaires –

Jil Sander a 24 ans quand elle crée son label à Hambourg, sa ville natale, en 1968. Sa motivation est née d’un besoin personnel de trouver des vêtements à la fois chics et confortables, qui faisaient cruellement défaut à l’époque pour les femmes d’affaires.

« Dans les années 60, vous ne pouviez pas trouver des pantalons décents si vous étiez une femme. Pour être prise au sérieux, je me suis dit que j’avais besoin d’une garde-robe moins décorative », raconte-t-elle.

Peut-être parce qu’elle était en avance sur son temps, le succès se fit attendre. Ce n’est que dans les années 80 et 90 que sa patte minimaliste, largement inspirée des looks masculins, rencontre un vrai succès mondial.

En 1999, elle cède la majorité de son entreprise à Prada. Mais après cinq mois, celle qui était encore présidente et styliste en chef claque la porte, en raison de profonds désaccords avec la direction du groupe de luxe italien. 

La maison Jil Sander changera deux fois de propriétaire par la suite. Elle est désormais aux mains du Japonais Onward Holdings, qui l’a achetée pour 167 millions d’euros en 2008.

La créatrice reviendra une dernière fois à la tête du label en 2012, avant s’en aller au bout de trois saisons « pour raisons personnelles ». Selon la presse allemande, elle voulait rester auprès de son amie Angelica Mommsen, atteinte d’un cancer, qui décédera en 2014.

– « Pas militante de nature » – 

Rangée dans le camp des féministes, Jil Sander ne se sent pourtant pas à l’aise avec cette étiquette. « J’hésiterais à me qualifier de féministe, parce que je ne suis pas militante de nature », dit-elle, ajoutant ne s’être « jamais sentie désavantagée » vis-à-vis de ses collègues masculins.

Mais les harcèlements et agressions sexuels dans le monde de la mode révélés dans le sillage du mouvement #MeToo la « troublent », dit-elle: « Il doit être possible de se comporter de façon respectueuse avec les mannequins. »

Même si elle n’a plus la main sur sa marque, pas question pour elle d’être inactive: « Mon esprit ne peut s’empêcher de jouer et d’expérimenter de nouvelles idées. »

Elle continue donc de courir les foires du textile et reste très « impliquée » dans l’art contemporain, de longue date sa source d’inspiration. Et ne peut bien sûr pas s’empêcher d’observer comment les femmes s’habillent aujourd’hui.

« Je suis heureuse de voir que les tenues ultra-sophistiquées ne sont plus populaires », dit-elle.

« Pas besoin de grandes toilettes. Savoir ce qui vous convient et porter des vêtements confortables qui vous vont bien, même s’ils sont basiques, suffit à créer beaucoup d’effet », explique-t-elle.

Célèbre pour ses collections de luxe, elle affirme que la qualité n’a pas à être chère. 

Les vêtements qu’elle a créés pour la marque bon marché Uniqlo entre 2009 et 2011 restent parmi ses préférés et elle dit continuer à beaucoup les porter. « Même si je commence à avoir désespérément envie de nouveaux » modèles.

source AFP-Relaxnews