C’est incontestablement le Vosgien de l’année. L’écrivain Nicolas Mathieu a remporté en novembre dernier le Prix Goncourt 2018 pour son deuxième roman Leurs enfants après eux. Samedi soir à Épinal, sa ville natale, comme il l’avait fait quelques jours plus tôt à Golbey, où il a grandi, et à La Bresse, il a offert à son public un beau moment d’échange. En toute simplicité. Entretien.

Nicolas Mathieu, un mois et demi après la remise du Prix Goncourt, êtes-vous retombé de votre nuage ?

Oui je suis tombé de mon nuage dans un grand puits de fatigue (éclats de rire). Le moment d’euphorie s’est un peu dissipé et finalement c’est beaucoup de travail tout ça. Cela fait depuis septembre que je tourne comme ça, il est temps que ça se calme un peu (rires).

Golbey, La Bresse, Épinal, vous multipliez les rencontres avec le public vosgien… 

Oui j’ai mes bases un peu dans les Vosges quand même. Je sais que des gens sont contents, ils ont éprouvé de la fierté par rapport à l’obtention de ce prix. Je suis content moi aussi, et pour eux quelque part. Il est normal que je fasse le job.

« Le roman a pris une actualité particulière avec le mouvement social »

A l’heure de retrouver les lieux de votre enfance, auréolé de cette distinction prestigieuse, mesurez-vous le chemin parcouru ?

Non. Dire ça ce serait adopter une position de surplomb et d’orgueil qui n’est pas la mienne. Comme je vous le disais il y a quelques mois, je ne suis pas là pour faire l’apologie d’un territoire, ni pour faciliter le vivre ensemble, je ne suis pas le représentant d’un lieu. Je garde un rapport ambivalent par rapport à mon territoire d’origine, que j’aime et qu’en même temps j’ai voulu fuir.

Avec le recul, qu’est-ce qui selon vous a fait la différence en faveur de votre roman aux yeux du jury ?

Ce qui a fait la différence c’est une voix, c’est à dire quasiment rien (rires). Non je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que depuis l’obtention du prix, le roman a pris une actualité particulière avec le mouvement social (gilets jaunes). Les derniers événements ont démontré qu’il est arrivé à point, qu’il parle de lieux, de gens dont il faut parler, dont il faut se soucier, et que ça fait sens.

« On en vend des dizaines de milliers, c’est l’effet conte de fées »

Le roman primé bénéficie généralement de plusieurs centaines de milliers de ventes assurées. Vous confirmez ?

Oui c’est clair ! C’est l’effet conte de fées, on en vend on en vend, mais alors des dizaines de milliers, de fait. Oui ça c’est vrai.

On dit aussi parfois que le Goncourt est un livre qui s’offre facilement à Noël mais que peu de gens lisent. Qu’en pensez-vous ?

(Éclats de rire) C’est vrai qu’il se vend beaucoup pour Noël. Je signe pas mal de dédicaces en ce moment, y compris le dimanche parce que les gens font leurs cadeaux. Ce roman est quand même facile d’accès, il a une actualité, je pense qu’il est pas mal lu. Mais j’imagine en effet que c’est un cadeau facile à faire.

Vous nous disiez il y a quelques mois redouter le moment où il faudrait retourner dans sa chambre pour écrire, face à la page blanche…

C’est toujours le cas, de plus en plus. Je me demande à quel moment mes ravisseurs vont me relâcher et à quel moment je vais retrouver une vie normale.

Avez-vous un message à faire passer à nos lecteurs avant les fêtes ?

Non je n’ai pas de message particulier, je leur souhaite de bonnes fêtes comme à ceux que j’aime et à moi-même (rires).